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La création de la Légion étrangère en 1831

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le 08/03/2018 par Arnaud Pagès

 

Soldats engagés dans la Légion étrangère brûlant un village contaminé par le typhus, Agence Mondial, 1932 - source : Gallica-BnF

Dans les premiers mois de son règne, Louis-Philippe crée la Légion étrangère. Ce corps d'élite, qui regroupe les soldats non-français souhaitant combattre pour la patrie, n’a toujours pas d'équivalent dans le monde.

Suite à la révolution des Trois Glorieuses les 27, 28 et 29 juillet 1830, Louis-Philippe, proclamé « Roi des français » par la Chambre des députés le 9 août, est très rapidement confronté à la nécessité d'épurer l'armée. En effet, cette dernière regorge alors de nombreux éléments fidèles à l'Ancien Régime et de bonapartistes, tous opposés à la monarchie parlementaire qui vient d'être instaurée, et capables de se regrouper pour tenter un putsch.

De plus, l'industrialisation naissante a fait venir en France un nombre considérable de travailleurs immigrés, jetés sur les routes par le chômage, et qui demeurent sans emploi ici. Des Espagnols, Italiens, Portugais, Suisses, Belges, Allemands et Hollandais, vagabonds sans ressources pour lesquels il convient de trouver rapidement une solution. Ces étrangers, aux yeux d'un pouvoir encore fragile, sont générateurs de troubles potentiels.

Enfin, les trois jours de révolution ont également attiré des personnages brutaux, pas franchement intéressés par les affaires politiques, et qui souhaitaient seulement y participer pour satisfaire leur désir de violence.

Afin de contrôler et d'occuper ces populations disparates, Louis-Philippe décide de les regrouper dans une unité militaire qui s'appellera la « Légion étrangère ». Dans ce corps spécial de l’armée française, tous les éléments recrutés seront encasernés et solidement encadrés par des officiers aguerris.

Ce corps d’armée singulier cherche donc très vite à recruter les émigrés isolés et marginaux, comme en témoigne cette lettre de Casimir Perier, président du Conseil, publiée par Le Constitutionnel dans son édition du 17 avril :

« Les émigrés espagnols qui sont au dépôt de Bourges, et qui appartiennent à la colonne du Général Valdès, n'ayant pas voulu s'enrôler dans la Légion étrangère, et le préfet du département en ayant donné connaissance au gouvernement, voici l'ordre que le ministre de l'Intérieur vient d'envoyer au préfet de ce département :

Paris, le 3 avril 1831

Monsieur le Préfet,

L'inspection des dépôts d'Espagnols, de Portugais et d'Italiens a lieu en ce moment. Comme réfugiés, ces étrangers demeurent à la charge du département de l'intérieur. Il n'existe pour les Allemands que des dépôts militaires. Il paraît qu'un petit nombre seulement des premiers consent à faire partie de la Légion étrangère et élève des prétentions inadmissibles. »

La Légion est en effet ouverte à tous les étrangers, qu'ils soient repris de justice ou honnêtes soldats souhaitant combattre pour la France. Sa vocation est, dès le départ, de livrer bataille dans des conflits extérieurs, loin du territoire français. La Légion va ainsi incorporer dès ses premières heures les éléments considérés comme dangereux, délinquants ou criminels ayant fui leur pays, militants révolutionnaires adeptes du combat armé, ou mercenaires sans solde.

Mais contrairement à l'image d'Épinal, les premiers légionnaires ne sont pas pour autant tous des brutes épaisses, comme l'évoque cet article du Constitutionnel en date du 4 avril. Certains étudiants étrangers font partie de ce corps d'élite :

« Les étudians [sic] des universités d'Allemagne, qui font partie de la légion étrangère à Bar-le-Duc, ont reçu l'accueil le plus flatteur de la part des jeunes gens de Commercy.

Lors de leur passage en cette ville, une fête improvisée leur a été offerte. Les chants patriotiques de France et d'Allemagne, longtemps répétés en chœur et pour ainsi dire confondus ensemble, rappelaient la sainte alliance des peuples chantées par Béranger. »

 

Mais fatalement, constituée de nombreux éléments rétifs à l'autorité, la Légion connaît à ses débuts des cas d'insubordination. Les autorités appliquent alors la plus grande rigueur pour régler le sort de ces perturbateurs – peu nombreux au demeurant –, comme l'évoque le Journal des débats politiques et littéraires dans son édition du 20 mai :

« Des symptômes d'insubordination s'étaient fait remarquer depuis quelque temps dans le dépôt de la Légion étrangère, établi à Bar-le-Duc. Hier, ils avaient pris plus de consistance.

MM. Clavet-Gaubert, commandant de la place, et Salomon de Musis, chef de bataillon, ont pensé qu'il convenait de prendre des mesures énergiques, et de faire voir aux perturbateurs qu'en cas de besoin on pourrait déployer contre eux une force imposante. […]

Les fauteurs du désordre ont été saisis dans leurs compagnies, amenés sur le front du bataillon, et remis entre les mains de la gendarmerie, qui les a conduits à la prison de la ville. Ils vont être traduits à un conseil de guerre, et livrés à toute la rigueur des lois militaires.

Le calme le plus parfait règne maintenant dans la Légion étrangère : la grande majorité des militaires qui la compose est animée d'un très bon esprit ; elle désapprouve hautement la conduite des perturbateurs.

Cet exemple salutaire a coupé le mal dans sa racine. »

 

Aujourd'hui, la Légion étrangère continue de rassembler, 187 ans après sa création, de nombreux jeunes hommes venus des quatre coins du monde. Elle a participé aux guerres de Crimée, du Mexique, d’Indochine, aux deux conflits mondiaux, et s’est illustrée notamment dans les conquêtes sanguinaires des territoires colonisés. Ce corps d'élite, auréolé d’un prestige fantasmé devenu quasi-mythologique, compte à l'heure actuelle 8900 soldats, pour plus de 160 nationalités différentes.

En devenant légionnaires, ces derniers laissent derrière eux leur vie passée, changent de nom, et se dévouent entièrement à la France – quitte à devoir perdre la vie sur un champ de bataille.


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