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Légionnaire toujours...

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Le Centenaire de la Légion.

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L'Afrique du Nord illustrée. 09/05/1931

 

Après avoir été à la peine pendant un siècle, tous les enfants de l'Europe, sinon du Monde, qui ont servi dans la Légion, sous les plis du drapeau tricolore et dont beaucoup dorment leur dernier sommeil, vont enfin être à l'honneur.

Nous avons déjà décrit le Monument aux Morts de la Légion dont la masse imposante se dresse dans la cour de la Caserne Viennot, face à la grille d'entrée. Ensemble harmonieux et d'un remarquable effet artistique, dont les légionnaires sont fiers parce qu'il est leur œuvre et qu'il symbolise leurs sacrifices et leur fidélité.

Au matin du 30 avril, un immense voile tricolore recouvrait le monument. Un gai et tiède soleil de printemps brillait dans le ciel promettant une heureuse journée. Dans la cour, les troupes, baïonnette au canon, se massent clans le fond et sur le bas-côtés de la sculpture. D'autres troupes sur deux rangs forment une double haie jusqu'à la grille d'entrée.

Il y a là tout le 1er Régiment Étranger, puis les importants détachements du 2e, 3e et 4e. La musique du 1er s'est massée à gauche du monument. Les premières, les nombreuses délégations d'anciens légionnaires se présentent avec leurs drapeaux et se groupent dans l'allée centrale. Puis, viennent ensuite de nombreux délégués de Sociétés d'anciens militaires, d'associations locales, de fonctionnaires, de conseillers municipaux et généraux, de conseillers d'arrondissement, le Conseil général d'Oran, de Tlemcen, de Mascara ; le Barreau en robe ; le clergé dont Mgr Bollon, évêque d'Alger et Mgr Durand, évêque d'Oran, de nombreuses sections de la Croix-Rouge, de l'U.F.F., etc...

Parmi les personnalités, citons encore, en nous excusant, vu leur nombre, d'en omettre quelques unes. MM. Galle, président des Délégations Financières; Menudier, maire d'Oran, et ses adjoints ; Brière, Parés, député ; Marlier, préfet ; Fouque, président du Tribunal de Commerce ; presque tous les Maires et de nombreux adjoints et conseillers du département.

Rassemblés au pied du Monument, on remarque de nombreux généraux en grande tenue et revêtus de leurs insignes et, au premier rang, les officiers généraux délégués étrangers qui ont tous appartenu à la Légion : le brigadier général Stanley Ford, attaché militaire américain; le colonel Szarvas, de l'armée roumaine ; le capitaine Godrington et le colonel Etheron, de l'armée anglaise ; le colonel Kosik et le commandant Preminger, de l'armée Tchécoslovaque.

Mais voici qu'un commandement vient de se faire entendre. Toutes les troupes, avec un ensemble parfait présentent les armes tandis que résonne la sonnerie « Aux Champs », que le Gouverneur Général, le Maréchal Franchet-d'Espérey, suivis de leurs chefs de Cabinet et d'officiers d'ordonnance, apparaissent à l'entrée de la cour et viennent, au milieu des acclamations, se placer au pied du Monument.

A ce moment, six avions du centre de La Sénia, auxquels se sont joints deux appareils venus de Colomb-Béchar, passent et repassent rapidement dans l'azur étincelant.

Une tribune tricolore a été aménagée à gauche du monument. Le premier, le colonel en retraite Forey, qui fut l'âme de ces réjouissances, y monte et, au nom de tous ses collaborateurs, grands et petits, de toute la Légion, adresse ses remerciements à ceux.' qui ont répondu à son appel, en particulier au Gouverneur Général et au Maréchal Franchet d'Espérey.

Puis il rappelle que ce fut le général Rollet qui eut l'idée d'élever un Monument aux

Morts de la Légion. Enfin, il expose par quels moyens le Comité parvint à accomplir la mission sacrée qui lui avait été confiée.

Au milieu des applaudissements, le premier orateur cède maintenant la place au colonel Nicolas, commandant le 1er Régiment Étranger. Celui-ci remercie tous ceux qui ont permis, par leur dévouement, l'édification du Monument, puis, en termes vibrants d'émotion narre l'épisode du combat de Camerone, dont la date a été choisie pour la célébration du centenaire. Une longue acclamation accueille cette péroraison.

C'est maintenant à M. Maurer, président de l'Union des Sociétés d'anciens légionnaires de France et de l'étranger, d'exprimer sa profonde gratitude au général Rollet et au colonel Forey.

« Combien il serait désirable, s'écrie-t-il, que toutes les mères, épouses et sœurs françaises sachent que ceux que nous honorons aujourd'hui ont droit à leur reconnaissance, puisque le sang versé si généreusement par ces nobles parias leur ont épargné tant de larmes et de deuils. »

« ...La France, ajoute-t-il, pas plus dans la vie que dans la mort, ne fait de différence entre ceux qui sont nés sur son propre sol et les étrangers accourus pour combattre sous les plis de son glorieux drapeau ! Tous sont égaux et tous sont honorés avec la même piété, puisque tous ont également bien mérité de la Patrie. »

Quatrième orateur, M. Valleur, maire de Tlemcen et vice-président du Conseil général d'Oran, excuse M. Saurin, empêché, puis apporte à la Légion l'hommage admiratif du Corps élu qu'il représente.

M. le Maréchal Franchet-d'Espérey lui succède et termine son discours longuement applaudi par ces mots :

« Honneur et fidélité fut la devise offerte à tous ces hommes. Partout la Légion a répondu « Présent » et sur les traces de ses pas vainqueurs, le soleil ne se couche pas. La gloire de ce corps illustre suffit, dans le coeur des siens, à remplacer l'image de la Patrie perdue. La Légion a conquis, dans les rangs de l'armée nationale, une place de choix. Troupe étrangère sous le drapeau français, son aîné, elle est devenue française. L'esprit de la Légion ne mourra pas ! »

Avant de terminer, le Maréchal, chaleureusement applaudi, donne lecture d'un télégramme de M. Maginot qui s'associe au nom de l'Armée française à l'hommage rendu aux glorieux morts de la Légion étrangère.

C'est à M. Carde que fut dévolu le soin de compléter ces nobles harangues.

En termes excellents, empreints d'émotion, le Gouverneur Général brosse un prestigieux tableau de l’œuvre accomplie par les légionnaires pendant un siècle puis termina en évoquant la Grande Guerre :

« Lorsqu'en 1914, à l'appel de la Patrie en danger, nous vîmes nos splendides régiments d'Afrique se jeter dans un élan sublime au combat pour barrer la route à un ennemi plein de superbe et de jactance, ne le trouvions-nous pas dans nos zouaves et nos chasseurs d'Afrique, les vertus de nos vieux légionnaires, qui, par une sorte d'atavisme, renaissent en nos soldats algériens de la Grande Guerre, démontrant ainsi à l'Univers étonné, que les enfants de l'Algérie savaient, comme leurs pères, vaincre et mourir. »

Les troupes se retirent pour défiler devant le Monument aux accents entraînants de la « Marche de la Légion ». Défilé impeccable. En tête marche martialement le général Rollet, suivi des 1er, 2e, 3e et 4e étrangers précédés de leurs officiers. On remarque tout particulièrement les sapeurs de la Légion vêtus du long tablier blanc et portant la hache. En arrivant à la hauteur du monument, les officiers, d'un geste large, saluent de l'épée. Le Gouverneur Général et le Maréchal félicitent ensuite chaudement le général Rollet pour la belle tenue de ses troupes.

Après la cérémonie, M. Carde se rend à l’École d'Agriculture pour la visiter. Au seuil de l’établissement, il est reçu par M. Brémond, directeur qui le pilote dans les différentes salles.

Mais l'heure du banquet officiel offert par la Légion approche. Près de quatre cents convives se trouvent réunis dans le cadre verdoyant des glacis ou se trouve le garage Falcon dans lequel aura lieu le banquet.

A la droite du Gouverneur Général, qui préside, prennent place : le Maréchal Franchet-d'Espérey et M. Biière, député ; à sa gauche, le Prince de Monaco et M. Parés, député. Remarqués, en outre, toutes les personnalités et autorités civiles et militaires déjà citées.

Avec sa façade pourpre et sa salle ornée de fleurs, de plantes vertes et d'oriflammes, le garage transformé en réfectoire, offre un aspect enchanteur qui fait honneur aux organisateurs. Dehors, par les larges portes vitrées l'on aperçoit la fraîche verdure de la promenade du Ruisseau.

Au Champagne, le Général Rollet vivement acclamé se lève pour prendre la parole.

D'une voix mâle et vibrante, il dit sa gratitude à tous ceux qui ont bien voulu honorer de leur présence les Fêtes du Centenaire de la Légion dont il salue les délégations venues, au nombre de 27 de différents pays. Il exprime sa joie en recevant de nombreux télégrammes des légionnaires de l'active en détachement au Tonkin. en Indo-Chine, dans le Levant, au Maroc en Tunisie, sur les contins du Sahara.

« J'ai l'honneur, le droit et le devoir dit-il de crié bien haut ma fierté d'être légionnaire et, aujourd'hui, le premier d'entre eux…

Je lève mon verre à la France que les légionnaires ont servie et serviront toujours avec honneur et fidélité. »

Après ces paroles couvertes d'applaudissements, la « Marche de la Légion » est exécutée par des musiciens du 2e étranger qui ne cessèrent sous la direction de M. Giaccardi, et durant tout le repas, de se faire entendre dans des morceaux et dans des chants en français et en allemand d'une remarquable exécution.

Puis un représentant des volontaires étrangers de là Grande Guerre rappelle que 45.000 d'entre eux; accoururent pour défendre notre pays dans les rangs de la Légion…

M. Maurer, président des Anciens Légionnaires, expose la genèse du groupement qu'il a l'honneur de représenter.

« La Légion, précisa-t-il, c'est la Démocratie avant la lettre ».

M. Bellat, maire de Bel-Abbès, exprime toute la reconnaissance de la ville pour les légionnaires qui ont fondé cette cité actuellement en pleine prospérité.

M. Carde enfin brosse un prestigieux tableau de l’œuvre à la fois guerrière et colonisatrice accomplie par la Légion depuis un siècle.

Il remonte même à l'origine des Corps étrangers qui combattirent sous les ordres de nos rois. Il rappelle les mercenaires de l'Helvétie, les régiments Irlandais de Fontenoy, les heures vibrantes de la Révolution de 17S9, du Consulat et du 1er Empire, les légions Batave, Germanique, Suisse, Italienne, Irlandaise, Hellénique, les lanciers de Poniatowsky et le régiment de Hohenlohe.

Il ressuscite également, la prise d'Alger, l'émir Abdelkader, les combats de Sidi-Chabal, de la Macta, d'Arzew et Mostaganem, Miliana où les légionnaires perdirent 462 hommes sur un effectif de 750 unités. De là il passe à la Crimée, au Sud Oranais et plus récemment à l'échauffourée du Djihani (1929) où un peloton de légionnaires complètement encerclé tint pendant quatre heures, après avoir perdu les 23 de ses hommes.

En achevant, son exposé, écouté religieusement par tous, M. le Gouverneur Général dit quelle dette de reconnaissance l'Algérie a contracté envers la Légion.


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