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2012


Défense : pour qui sonne le glas (3/3)

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Michel Cabirol 07/11/2012

 

Grandeur et décadence des armées françaises... Mercredi après-midi débute l'examen en séance des crédits de la mission Défense du projet de loi de finances (PLF) pour l'année 2013. Le PLF devrait en principe être voté le 20 novembre. En trois volets, voici les principales déclarations à l'occasion de leur audition à la commission de la défense de l'assemblée nationale du chef d'état-major des armées, l'amiral Edouard Guillaud, puis des chefs d'état-major terre, air, marine et enfin du délégué général pour l'armement. 

Après un premier volet sur les déclarations d'Edouard Guillaud, chef d'état-major des armées puis un deuxième volet sur les les principaux points évoqués par le chef d'état-major de l'armée de terre, Bertrand Ract-Madoux, le chef d'état-major de l'armée de l'air, Denis Mercier, et, le chef d'état-major de la marine, Bernard Rogel, voici les principaux propos tenus par le délégué général pour l'armement, Laurent Collet-Billon, lors de son audition à la commission de la défense de l'assemblée nationale au mois d'octobre :

• Sur le budget 2012

"L'été 2012 a été consacré à préparer la transition vers la nouvelle loi de programmation militaire (LPM) tout en essayant de préserver la marge de manoeuvre la plus grande possible dans un cadre budgétaire contraint. Tous nous participons, à des titres divers, à la définition des orientations stratégiques de la défense dans le cadre des travaux engagés par la Commission du Livre Blanc, qui précédera la nouvelle LPM. En application des mesures arrêtées en 2012, le niveau d'engagement du programme 146 Équipement des forces de la mission Défense a été ramené à quelque 7,3 milliards d'euros en fin d'année au lieu des 10,2 milliards prévus".

"Les besoins de paiement du programme 146, hors titre 2, sont estimés pour 2012 à 11,6 milliards d'euros pour des ressources envisagées à hauteur de 9,8 milliards, en escomptant la levée des 480 millions d'euros de réserves et en incluant 936 millions de ressources extra-budgétaires issues de la vente de fréquence. Le report de charge s'élèvera donc à la fin de l'année à 1,7 milliard, soit environ deux mois de paiement, en supposant la levée de la réserve réglementaire. Chacun peut donc noter l'aggravation du report de charge de quelque 200 millions d'euros par rapport à la fin de 2011(...) La situation budgétaire se tend donc un peu plus à la fin de l'année 2012. C'était prévisible".

"Le niveau d'engagement des études amont a été préservé en 2012 à hauteur de 720 millions d'euros, dont 53 millions pour le dispositif RAPID et le soutien aux pôles de compétitivité, en faveur des PME dans le cadre du soutien à l'innovation. Les besoins de paiement pour les études amont sont estimés à 756 millions d'euros, ce qui correspondrait à un solde de gestion de l'ordre de 85 millions d'euros dans l'hypothèse de la levée des 40 millions de réserves".

• Sur le projet de budget 2013

"Le budget pour 2013 est un budget de transition, qui s'inscrit dans l'attente des orientations du Livre blanc et de la nouvelle LPM. À l'instar de l'ensemble de la mission Défense, le budget de l'équipement des forces est stabilisé en valeur, grâce à des recettes extrabudgétaires, de l'ordre du milliard, qui proviennent de la vente de fréquences à des opérateurs de télécommunications. Ces recettes seront toutefois épuisées à la fin de 2013 et il n'y a aucune perspective de vente de fréquences supplémentaires. Cette stabilisation marque une inflexion dans la trajectoire budgétaire des opérations d'armement, qui s'écarte désormais nettement de la référence de la précédente LPM. L'absence de recettes extrabudgétaires conjuguée à la montée en puissance de l'agrégat nucléaire, dans la perspective du renouvellement des composantes de la dissuasion à l'horizon 2030, peut conduire à des restrictions dans les programmes dits à effets majeurs, c'est-à-dire les programmes classiques".

"Le contrat (avec Dassault Aviation, ndlr) stipule la livraison annuelle de onze Rafale. C'est la cadence minimale fixée au regard de la continuité industrielle et de la capacité des fournisseurs de Dassault à produire les équipements nécessaires. Si elle se produit, l'exportation du Rafale permettra d'alléger la charge à partir de 2017".

• Sur les consolidations industrielles

"Le rapprochement entre Safran et Thales reposait sur la volonté de ne financer qu'une seule source de technologie en matière d'optronique, les deux sociétés présentant des gammes complémentaires tout en étant parfois en concurrence frontale. La situation s'est crispée autour des savoir-faire de certains établissements des deux sociétés. Je ne crois pas que ce rapprochement aurait livré la direction du nouveau groupe à des financiers, compte tenu de la persistance d'une très forte mentalité ingénieur dans les deux sociétés : les ingénieurs continuent d'avoir la primauté à Safran comme à Thales. De plus, en cas de rapprochement entre EADS et BAE, il conviendrait également de s'interroger sur l'avenir des différents champions de notre industrie de défense : Thales, Nexter, DCNS, Safran. Les partenariats possibles en Europe sont peu nombreux (...). À mes yeux, l'État, actionnaire ou non, doit avoir la capacité d'intervenir au sein des sociétés de défense sur les orientations et les ventes d'avoirs stratégiques. Cette capacité entre dans le cadre des actions spécifiques, dont certaines ont été mises en place lors des privatisations de sociétés de défense - c'est le cas de Thales. La France possède également une action spécifique au sein d'EADS. C'est l'outil absolu, alors que l'État actionnaire est trop souvent un État qui met trop de temps à prendre ses décisions".

• Sur l'exportation

"Les perspectives à l'exportation sont maussades. Nous n'atteindrons pas le chiffre de l'an dernier non seulement parce que le marché se rétrécit mais également du fait que les Américains, qui préparent avec beaucoup d'activisme le repli de leur budget de la défense, sont présents sur tous les marchés, notamment en Asie".

• Sur les relations franco-britanniques dans la défense

"L'accord franco-britannique de Lancaster House a permis de lancer différents programmes : systèmes antimines, évaluation du Watchkeeper, première phase des études relatives aux drones de combat, réflexion sur la création potentielle de centres de compétences uniques pour la société MBDA, études amont communes pour plus de 50 millions d'euros par an par pays -, défrichement de nouveaux champs éventuels de coopération... Nous avons également passé en revue tous les programmes de missiles futurs, dont l'ANL Anti-navire léger, ndlr) ou des missiles air-sol en vue de remplacer par un missile entièrement européen les Hellfire, dont sont actuellement dotés nos hélicoptères Tigre et qui pourraient également doter nos futurs drones. L'évolution des rapports franco-britanniques est réaliste et pragmatique. On ne sent aucun coup de froid. Les Britanniques sont dans une phase attentiste au regard de nos choix budgétaires".

• Sur les drones

"S'agissant des drones, le ministre de la défense ne manquera pas de faire connaître ses options en matière de drones MALE. Si nous voulons doter nos forces très rapidement de moyens opérationnels, la seule source, ce sont les États-Unis, avec tous les inconvénients que vous avez mentionnés en matière de maîtrise des logiciels et de certains capteurs. C'est pourquoi nous travaillons sur la possibilité de distinguer la chaîne de pilotage de la chaîne de mission, de manière à doter ces drones de capteurs ou d'armements européens. Nous avons entamé à cette fin des discussions informelles avec l'industriel américain General Atomics, qui ne produit ni les capteurs ni les armements. Toutefois, la période électorale aux États-Unis ne favorise pas un aboutissement immédiat de cette démarche. Le Royaume-Uni et l'Italie possèdent déjà des drones de General Atomics. L'Allemagne a déposé en janvier 2012 une demande de FMS - Foreign Military Sale - pour l'acquisition de Predator. L'Allemagne et la France ont du reste engagé une réflexion, en cohérence avec nos travaux avec le Royaume-Uni, sur la possibilité d'entreprendre en commun une démarche d'européanisation des équipements et, progressivement, du drone. À plus long terme, c'est-à-dire au-delà de 2020, le calendrier dépendra de nos capacités budgétaires et des priorités que nous aurons définies. Les crédits dépensés dans le cadre du programme Talarion se sont élevés à quelque 30 millions d'euros. L'opération a été arrêtée parce qu'elle conduisait à un objet trop volumineux qui ne correspondait pas aux besoins de l'armée française. La première partie du travail sur Talarion portait sur la création d'un porteur. Or cette opération, qui aurait été intégralement réalisée en Allemagne, nous aurait conduits jusqu'en 2017. Se posait aussi la question de la participation de notre industrie à la réalisation des capteurs. Nous n'avons donc pas poursuivi cette opération. Cela n'a d'ailleurs laissé aucune séquelle dans les relations entre l'Allemagne et la France".


Défense: pour qui sonne le glas... (2/3)

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Michel Cabirol 06/11/2012


Grandeur et décadence des armées françaises... Mercredi après-midi débute l'examen en séance des crédits de la mission Défense du projet de loi de finances (PLF) pour l'année 2013. Le PLF devrait en principe être voté le 20 novembre. En trois volets, voici les principales déclarations à l'occasion de leur audition à la commission de la défense de l'assemblée nationale du chef d'état-major des armées, l'amiral Edouard Guillaud, puis des chefs d'état-major terre, air, marine et enfin du délégué général pour l'armement.

Après un premier volet sur les déclarations d'Edouard Guillaud, chef d'état-major des armées, voici dans ce deuxième volet les principaux points évoqués par le chef d'état-major de l'armée de terre, Bertrand Ract-Madoux, le chef d'état-major de l'armée de l'air, Denis Mercier, et, le chef d'état-major de la marine, Bernard Rogel, lors de leur audition devant la commission de la défense de l'assemblée nationale au mois d'octobre :

Le chef d'état-major de l'armée de terre, Bertrand Ract-Madoux

"J'ai pu constater que ce budget avait été, à juste titre, qualifié de budget d'attente ou de transition par le ministre de la défense et le chef d'état-major des armées. Cette attente ne sera pas sans conséquence pour une armée de terre qui représente, comme j'ai coutume de le dire, 20% du programme 146, 20% de la préparation opérationnelle hors titre 2 (personnel) des armées et 20% de l'entretien programmé des matériels (EPM) des armées. Or dans ce processus de recherche d'économies de court terme, elle supportera, en 2013, une grande part des efforts du ministère. L'armée de terre supportera ces efforts, tout d'abord, dans le domaine des équipements dans la mesure où, sur les années 2012 et 2013, l'armée de terre devra contribuer à hauteur d'environ 40% du total des reports ou annulations en autorisations d'engagement ainsi que des crédits de paiement. Cet effort apparaît encore plus disproportionné pour la seule année 2013, avec une part dans la réduction des engagements estimée à 76%. Cela s'explique par ses nombreux petits programmes particulièrement propices aux économies de court terme et par le fait que plusieurs programmes majeurs tels SCORPION et le porteur polyvalent terrestre (PPT), n'ayant pas encore été notifiés, pouvaient donc être décalés".

"Les conséquences immédiates en seront notamment le décalage à l'été 2013 de la notification des travaux complémentaires d'architecture pour le programme SCORPION. Si cette mesure qui affecte le programme majeur de l'armée de terre est surtout emblématique, d'autres auront des conséquences capacitaires plus importantes telles que l'impossibilité de projeter plus de 4 hélicoptères Caïman (NH90, ndlr) jusqu'à fin 2016 ou la rupture capacitaire sur le segment des porteurs logistiques terrestres à partir de 2015".

"L'armée de terre supportera également une part importante des efforts du ministère dans le domaine des effectifs. Sa contribution ira ainsi au-delà de l'objectif fixé par la loi de programmation militaire (environ 2700 postes en 2013) en raison d'une accentuation de la pente de déflation, consécutive aux décisions contenues dans la lettre plafond de cet été".

"Récemment pointée du doigt sur les questions de masse salariale et d'avancement, souvent à tort, l'armée de terre saura, enfin, prendre les mesures qui s'imposeront pour maîtriser sa masse salariale. Mais il va sans dire que les révélations de l'été 2012, par médias interposés, ont été un choc. J'étais d'ailleurs lundi avec les représentants des officiers de l'ensemble des régiments réunis en séminaire. Ce sujet d'inquiétude était sur toutes les lèvres. Il dépasse bien évidemment la seule catégorie des officiers car la restriction de l'avancement, dont je rappelle qu'il se fait presque essentiellement «au choix», c'est-à-dire au mérite, aura un impact sur «l'escalier social» qui est la force des armées et qui permet, à chacun, selon ses capacités, d'accéder à des responsabilités supérieures. Je vous rappellerai ainsi que 70% des sous-officiers sont issus des militaires du rang et que 70% des officiers ne sortent pas directement des écoles de Coëtquidan".

"Il y a derrière mes propos l'inquiétude de voir la cohérence d'un outil efficace et aguerri, affaiblie par des mesures budgétaires de court terme et de voir les données budgétaires préempter les débats stratégiques en cours (...). La France possède aujourd'hui avec l'armée de terre un outil remarquable qui, malgré les réformes lourdes, n'a jamais fait défaut pour répondre à ses engagements opérationnels. Mais elle est dans une situation d'équilibre qu'il lui est de plus en plus difficile de préserver. Son format est tout «juste insuffisant», expliquait un récent rapport du Sénat. Il ne faut, en effet, pas oublier qu'en 2009, l'armée de terre, avec le même format, était en situation de «surchauffe» opérationnelle. Je pense donc qu'elle a effectivement atteint un seuil plancher au-dessous duquel elle ne pourra descendre sans renoncements capacitaires, renoncements qui lui feront perdre sa cohérence et son efficacité et pourrait affecter l'image de la France. Car c'est bien avec le volume de la force terrestre projetable (aujourd'hui 73.000 hommes) que doivent se raisonner les contrats opérationnels et non avec les effectifs de l'armée de terre au sens large (135.000 militaires et civils)".

"Je vous ai dressé, pour reprendre l'expression du chef d'état-major des armées, un panorama de l'armée de terre parfois sombre mais sans concession. Je ne peux vous cacher, non plus, que l'adhésion aux réformes s'érode sensiblement. En l'absence de perspective d'améliorations rapides, la lassitude commence à gagner les esprits".

"Toutes les difficultés de l'armée de terre ont une seule origine: la lente et immuable érosion du budget de la défense. Les intentions du Livre blanc de 2008 étaient pourtant bonnes, puisque l'effort a porté sur les équipements et nous sommes très heureux de ceux que nous avons reçus. Mais nous n'avons plus aujourd'hui les moyens suffisants pour les faire fonctionner, compte tenu de la réduction des crédits consacrés au fonctionnement, à l'entretien du matériel et la contraction de la masse salariale. Nous avons par exemple perdu, sur quatre ans, une année complète de crédits d'entretien programmé du matériel pour nos hélicoptères. Pour les autres équipements, nous avons perdu une part significative du budget. Dans le même temps, près de 4000 postes de maintenanciers ou mécaniciens ont été supprimés. Le Livre Blanc de 2008 nous avait été présenté comme la perspective d'une armée plus petite mais avec plus de moyens. Ce n'est en réalité pas le cas. Nous sommes aujourd'hui encore capables d'assurer les contrats opérationnels de 2008 mais plus de les soutenir dans la durée".

"Je n'ai pas parlé de rupture mais de risques de rupture capacitaire sur certains équipements. C'est notamment le cas pour les véhicules légers tout-terrain P4, les hélicoptères, les camions logistiques. Ces programmes sont souvent victimes de leur taille modeste. Nous pouvons déployer 30.000 hommes mais nous ne pouvons pas les faire tenir dans la durée sur le plan des munitions. La réduction des stocks nous interdit de fait la soutenabilité dans la durée. La Libye a affecté certains stocks, avec notamment la consommation de 425 missiles Hot par nos hélicoptères de combat. Il n'y a néanmoins pas de carence car nous disposons de stocks de crise et de guerre. Il faudra également lancer le programme MMP dans le domaine de l'antichar, le remplacement des MILAN étant impératif".

 

Le chef d'état-major de l'armée de l'air, Denis Mercier

"La première concerne le maintien de l'activité aérienne pour nos équipages. Elle est essentielle pour garder des compétences, préserver un niveau suffisant de sécurité aérienne et garantir le moral de nos aviateurs. Nous sommes confrontés à la difficulté de contenir les coûts de maintien en condition opérationnelle (MCO). En 2012, l'écart entre les ressources disponibles et les besoins d'entretien programmé des matériels aéronautiques de l'armée de l'air a atteint 300 millions d'euros. Cela se traduit par une pression de plus en plus forte sur la formation et l'entraînement des forces et en conséquence une érosion du capital des savoir faire opérationnels. Malgré les efforts que je salue du ministère sur le domaine, en 2013, le déficit d'activité sera d'environ 20% par rapport au besoin nominal d'entraînement des équipages. C'est acceptable dans un budget d'attente, mais nous approchons d'un seuil qui pourrait devenir critique. Notre cohérence repose sur notre capacité à trouver le bon équilibre entre notre format et les ressources dédiés à l'entretien programmé de nos matériels".

"Ma dernière crainte concerne la construction budgétaire. Les trajectoires financières actuellement envisagées nous amènent à court terme sous le seuil des engagements déjà passés. En poursuivant dans cette direction, nous serons amenés à annuler certaines commandes, avec des pénalités à la clé, et nous serons dans l'impossibilité de procéder aux nouvelles acquisitions, celles qui nous permettront de mettre en place des modes de fonctionnement source d'économies. Les drones, les MRTT, qui n'entrent pas encore dans la construction budgétaire, sont en position de vulnérabilité. La phase 2 de la quatrième étape du système de commandement et de conduite des opérations aériennes (SCCOA) n'est pas prévue dans le projet de loi de finances 2013. Ses reports successifs fragilisent notamment nos capacités de détection sur le territoire national".

"Le report de nombreux programmes d'équipement, décidés en amont des travaux du projet de loi de finances, pourrait aussi s'avérer préjudiciable à notre capacité opérationnelle. C'est le cas par exemple de ceux liés aux obsolescences du missile Aster30, du pod RECO NG, du simulateur Mirage 2000C, de la mise aux normes civiles des hélicoptères Puma et Fennec, de la rénovation des C130 et de la flotte de Mirage 2000D. Sur ce dernier point, je souligne que le Mirage 2000D au potentiel de vie encore élevé nous permettrait de disposer d'un avion, dont il nous faut déterminer le niveau de rénovation et le format, capable d'effectuer à moindre coût une large gamme de nos missions en complément du Rafale. Il existe un véritable risque de perte de capacités opérationnelles, mais aussi de capacités industrielles nationales dont les conséquences pourraient être irréversibles. Je milite pour l'étude de solutions de court terme qui permettent de conserver la réversibilité nécessaire à la préparation d'un avenir qui pourra être différent de celui d'aujourd'hui. Un avenir qui sera porté par le personnel s'il n'est pas tourné vers une simple diminution des formats mais bien vers un véritable projet".

"Aujourd'hui, le volume horaire de formation de nos pilotes est inférieur aux objectifs fixés : 160 heures au lieu de 180 pour les pilotes de chasse - et encore, certains ne volent que 120 heures. Le différentiel est encore plus marqué pour les pilotes d'avions de transport, qui devraient voler 400 heures par an, et qui n'en effectuent en moyenne que 250. Cette situation peut créer un vrai problème de compétences ; c'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons demandé et obtenu l'acquisition de huit CASA. Certes, la simulation permet de pallier une partie du problème, mais elle ne remplacera pas le vol".

 

Le chef d'état-major de la marine, Bernard Rogel

"La modernisation de notre outil est amorcée. Elle constitue la réponse à une urgence : les réductions, temporaires ou non, de capacité - rappelons que nous avons désarmé 20 bâtiments depuis 2009, et que cela continue - et l'âge de nos outils - près de 40 ans pour la frégate De Grasse, 34 ans en moyenne pour les frégates Georges Leygues, Montalm et Dupleix ou l'aviso lieutenant de vaisseau Le Hénaff - nous placent au bord d'une rupture franche. Seules deux frégates ont été livrées au cours des dix dernières années. Quant aux forces outre-mer, elles auront perdu leur capacité en patrouille et en bâtiments de transport léger (Batral) en 2016 si elles ne sont pas remplacées. Ne resteront plus que 6 frégates de surveillance et deux patrouilleurs pour 10 millions de km2 de zone économique exclusive (ZEE). Il n'est plus possible de retarder le renouvellement de la flotte".

"Si la disponibilité des bâtiments est satisfaisante, les crédits prévus ne permettent pas d'atteindre les objectifs de la LPM, avec, pour la flotte de surface notamment, une prévision de réalisation des heures de mer de l'ordre de 12% en dessous de l'objectif de la loi de programmation militaire (LPM) 2009/2014. Par ailleurs, nous sommes contraints d'immobiliser les sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) neuf mois avant leur période d'entretien majeur afin de respecter l'enveloppe allouée à leur maintenance. Afin d'optimiser la disponibilité, nous menons aujourd'hui une réforme importante d'organisation sur l'entretien de la flotte, nommée Dispoflotte 2015, pour gagner toutes les marges possibles. Celle de l'aéronautique est quant à elle préoccupante. Elle a conduit à réduire de 9% l'activité au deuxième semestre 2012. C'est la conséquence d'un déficit de financement d'environ 20%. Le risque est, au-delà d'un taux de disponibilité en retrait, d'affaiblir le potentiel des flottes car les stocks de rechange ne sont plus recomplétés. Là encore, toutes les solutions d'optimisation sont recherchées avec la structure intégrée de maintien en condition opérationnelle des matériels aéronautiques de la défense (SIMMAD) pour limiter les conséquences des contraintes budgétaires".

"Les crédits d'équipements d'accompagnement font l'objet d'une forte contrainte financière, qui pèsera en grande partie sur les munitions, repoussant d'une année la perspective de reconstituer les stocks. 2012 aura déjà été une année de forte réduction en matière de munitions d'infanterie et aéronautiques : cette situation doit être comprise comme une solution transitoire dans l'attente d'une nouvelle LPM, qui permettra par ses arbitrages de lever, ou tout au moins de mieux cibler, les efforts d'économies".

"S'agissant des équipements, nous avons besoin de l'ensemble des composantes pour remplir les missions qui nous incombent. Pour prendre une image, votre question équivaut à demander à un bricoleur de choisir, dans la composition de sa caisse à outil, entre le marteau et le tournevis pour intervenir sur une panne qu'il ne connaît pas encore. C'est un choix impossible ! Nous sommes dans une phase de renouvellement urgent, mais qui était prévu dans la loi de programmation militaire (LPM). C'est le cas notamment pour les frégates de premier rang et les patrouilleurs. Encore une fois, si nous ne faisons rien, il ne nous restera plus que 6 frégates de surveillance outre-mer : comme ces patrouilleurs n'étaient pas considérés prioritaires dans le dernier Livre blanc, on a assisté à une réduction temporaire de capacité (RTC), qui nous conduit aujourd'hui à désarmer tous les P 400 - lesquels ne pourront être prolongés - et les Batral, sans les remplacer tout de suite".

"Le contexte financier rend les choses difficiles : nous devons réduire la dette, qui est un enjeu majeur, faute de quoi la défense pourrait être la première touchée. La question est de savoir combien de temps va demander l'effort demandé à la défense, ce qui déterminera les réponses capacitaires. Si cet effort dure trois ou quatre ans, on retardera des programmes et on continuera à réaliser des trous capacitaires, mais on pourra garder une dynamique positive avec l'espoir de réinvestir ensuite. S'il devait au contraire prolonger une dizaine d'années, nous serions obligés de faire des choix capacitaires, qui impliqueraient d'établir des priorités entre les missions".


Défense: pour qui sonne le glas... (1/3)

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Michel Cabirol 06/11/2012

Grandeur et décadence des armées françaises... Mercredi après-midi débute l'examen en séance des crédits de la mission Défense du projet de loi de finances (PLF) pour l'année 2013. Le PLF devrait en principe être voté le 20 novembre. En trois volets, voici les principales déclarations à l'occasion de leur audition à la commission de la défense de l'assemblée nationale du chef d'état-major des armées, l'amiral Edouard Guillaud, puis des chefs d'état-major terre, air, marine et enfin du délégué général pour l'armement. 

Dans ce premier volet, voici les principales déclarations de l'amiral Edouard Guillaud, chef d'état-major des armées, lors de son audition devant la commission de la défense de l'assemblée nationale :

• Sur le modèle défini par le Livre blanc de 2008 :

"Le modèle défini par le Livre blanc de 2008 n'est plus soutenable, malgré les efforts que l'État a consentis pour la défense et ceux des armées pour s'optimiser. Depuis 15 ans et la fin de la conscription, l'outil de défense est dimensionné en moyenne à 32 milliards constants en valeur de 2012. Le nouveau budget triennal programme 29 milliards pour 2015, soit quasiment 10% de moins. C'est clairement un changement de portage".

• Sur le recul des crédits à la défense cette année :

"En tenant compte des lois de finances rectificatives et du gel de crédits supplémentaires intervenu en juillet, les crédits de 2012 sont désormais en recul de 1,2 milliard par rapport à l'annuité initialement prévue. Conjugué à l'écart cumulé de 1,9 milliard de la fin de 2011 et sans préjuger des conditions de la fin de gestion de 2012, le recul dépassera les 3 milliards à la fin de l'année".

• Sur le gel des recrutements et le moral des troupes :

"D'autres risques concernent le domaine des ressources humaines. Les économies décidées imposent de geler le recrutement de 2000 personnes en 2012 et de diminuer de nouveau, en 2013, des mesures catégorielles. Le taux de retour des économies dégagées par les déflations s'établit, selon le ministère, à 33% en 2011 et à 20% en 2012. Selon le projet de loi de finances, il atteindra 30% en 2013, soit beaucoup moins que la norme en vigueur qui est de 50%. Le moral est déjà fragile, je l'ai souligné en juillet. Ce ne sont pas ces mesures qui vont l'améliorer».

• Sur le renouvellement des équipements :

"Les économies réalisées sur les équipements représentent 850 millions. Au total, la diminution des engagements atteint 5,5 milliards en 2012 et 2013, dont près de 4,5 pour les seules opérations d'armement, le reste se répartissant entre les petits équipements des armées et l'infrastructure. Sur deux ans, elle représente plus de la moitié d'une annuité du titre V. Ces décalages, qui préservent les choix futurs, impliquent dans l'immédiat des aggravations ou de nouvelles réductions temporaires de capacité, sans parler de la prolongation d'équipements à bout de souffle : les cloisons intérieures de certains avions sont dans un triste état ; dans la coque de certains navires, l'épaisseur du métal n'est plus que d'un centimètre en comptant les couches de peinture ; le châssis de certains blindés montre des faiblesses..."

• Sur la capacité à soutenir le rythme de l'effort budgétaire d'ici à 2015 :

"Au résultat, la divergence cumulée entre les ressources prévues aujourd'hui et la programmation initiale atteint 10 milliards pour 2013-2015, soit presque une année de masse salariale du ministère hors pensions ou la totalité du programme des six sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) Barracuda. Si l'on prolonge la tendance actuelle, on obtiendra en 2020 un écart de 40 milliards en valeur de 2012, soit 130% du budget total d'une année. Un tel écart n'est pas de l'ordre de l'ajustement. Il nous impose de revisiter nos ambitions. Pour mémoire, l'effort de défense était, aux normes OTAN -c'est-à-dire hors pensions et hors gendarmerie-, de 2% du PIB en 1997, avant de se stabiliser ces dix dernières années entre 1,6% et 1,7%. En 2012, il est de 1,55%. À l'horizon de 2015, il dépassera à peine 1,3%. Compte tenu de la situation des finances publiques, le modèle en vigueur n'est plus soutenable. Nous devrons donc penser autrement".

• Sur les gisements d'économies potentiels:

"Les déflations d'effectifs de la LPM en cours s'étalent jusqu'en 2015. Aller au-delà impliquerait des dissolutions de structures et d'unités de combat supplémentaires. On ne peut donc considérablement réduire la masse salariale. Deuxièmement, les marges de manoeuvre sur le fonctionnement courant sont désormais réduites à leur plus simple expression. Vous qui êtes au contact des réalités locales, interrogez les commandants d'unités ou de bases de défense. Ils vous diront que la fin de l'année sera difficile. Même si l'on décidait de nouvelles restructurations, seules à même de générer des effets d'échelle, elles ne produiraient pas d'économies à court terme, puisque toute réforme commence par un investissement. Troisièmement, l'activité opérationnelle est 10% à 15% en deçà des objectifs de la LPM, selon les capacités et les matériels. Le ministre de la défense a obtenu que les crédits soient plus importants en 2013, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir: leur niveau actuel n'est pas loin de remettre en cause le choix d'une armée polyvalente et homogène, garantissant réactivité, souplesse d'emploi et endurance. Quatrième contrainte, les crédits d'entretien du matériel, en retrait de 550 millions sur les prévisions initiales pour 2009-2012, croissent en 2013, mais, en raison de l'arrivée de nouveaux matériels, ils devront ensuite être soutenus si nous ne voulons pas dégrader davantage une disponibilité technique déjà moyenne. Celle des matériels déployés en opérations est bonne, mais nous en sommes réduits à déshabiller Pierre pour habiller Paul. En ce qui concerne le maintien en condition opérationnelle (MCO) de nos matériels, nous avons réussi à faire autant avec moins de moyens; nous ne ferons pas mieux avec encore moins. Dès lors, les seuls nouveaux gisements d'économies sont externes. Ils se situent notamment dans les contrats de MCO que nous passons avec nos industriels, dont les marges, pointées par la Cour des comptes et l'inspection des finances, peuvent dépasser 50%. Nous devrons négocier avec eux, quitte à le faire assez brutalement".


Armée française : la ruine en héritage ?

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Publié le

Il semble que la phase d’autodestruction de notre défense soit désormais irrémédiablement engagée

L’Afghanistan a-t-il été le chant du cygne de l’ère des opérations extérieures de l’armée française ? A prendre au mot le concept de “betteravisation” qui fait florès dans nos états-majors (entendre retour au pays et fin de l’époque expéditionnaire), tout connaisseur de la chose militaire est porté à le croire. Coupes continues des crédits, purge massive des effectifs, cession gratuite du patrimoine immobilier, des milliers de militaires qui ne sont plus payés depuis des mois… La situation de la Défense est entrée dans une phase critique qui pourrait déboucher sur une crise sociale, capacitaire, et des vocations sans précédent historique. L’institution militaire sera vraisemblablement la principale victime de la politique ultra-récessive poursuivie par le gouvernement Ayrault, qui, en cela, ne fait que parachever les décisions prises sous le mandat de Nicolas Sarkozy. L’armée de terre sera la plus touchée, mais la Marine et l’armée de l’air auront aussi leurs lots.

L’affaire Louvois
Le volet le plus sensible politiquement et médiatiquement est d’abord celui des soldes non versées lié aux dysfonctionnements chroniques qui affectent le logiciel bien mal-nommé Louvois, du nom de l’énergique ministre de la guerre de Louis XIV. Problème récemment qualifié d’“invraisemblable” par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, lui-même. Dans la continuité de la politique de rationalisation budgétaire actée par la Révision générale des politiques publiques (RGPP), le ministère de la Défense a décidé la mise en place de plusieurs systèmes d’information de “ressources humaines” (SIRH). Dans l’armée de terre, ce système d’information a été baptisé Concerto. Louvois (Logiciel unique à vocation interarmées de soldes) est la déclinaison du volet “salaires” de l’ensemble des SIRH des armées (Rhapsodie pour la Marine, Orchestra pour l’Armée de l’Air, Agorha pour la Gendarmerie). Problème : ce logiciel vendu à prix d’or et dont la maîtrise d’oeuvre et la maintenance sont assurées par l’entreprise Steria, ne fonctionne pas. Depuis le raccordement de Louvois à Concerto et le basculement unilatéral de la gestion des soldes en octobre 2011, les ratés du système perdurent et se multiplient : frais de déménagement non remboursés, indemnités de campagne non perçues, soldes non versées, ou versées avec six mois ou un an de délai, ou alors versées de manière aberrante (seul un cinquième du salaire est perçu), autant d’accrocs dus à la pléiade de bugs qui affectent Louvois. La conséquence directe est une précarisation radicale des familles : une manifestation de femmes de militaires a eu lieu l’année dernière, première du genre, mais le mouvement a vite été étouffé par les pressions exercées sur leurs maris. Résultat : certains militaires, qui attendent le versement de leurs soldes, sont ruinés, interdits bancaires et sont obligés d’emprunter pour rembourser des crédits déjà contractés alors même qu’ils ne sont plus payés ! Dans les cas les plus extrêmes, leurs femmes divorcent pour acquérir un statut de femme seule et toucher des allocations.

L’affaire des soldes pourrait, à condition de se cantonner à une lecture de surface, ne relever que d’un simple bug. En réalité, le problème pourrait aller bien au-delà du raté informatique et concerner aussi la trésorerie de l’Etat. Les capacités d’emprunt auprès des marchés s’épuisant avec la crise, la priorité va au paiement des salaires des institutions syndiquées et dotées d’une forte capacité de nuisance médiatique (Education nationale), à l’inverse exact des militaires. Officiellement 10 000 dossiers sont en attente de traitement dans l’armée de terre (chiffre reconnu par le ministère). En réalité l’ensemble de la chaîne des soldes (troupe, sous-officiers et officiers) est impactée (120 000 bulletins de soldes touchés) et le chiffre réel pourrait atteindre 30 % des effectifs totaux. Pire, ces ratés touchent en majorité des militaires qui sont sur le point de partir en opérations ou qui en reviennent (60 % des dossiers). Là encore, impossible de faire la lumière sur le nombre exact de militaires touchés puisque le ministère n’en a aucune idée précise et vient de lancer un appel aux parlementaires pour faire remonter les doléances. Le ministre Le Drian a parfaitement conscience du scandale même s’il feint de le découvrir avec sa prise de fonction, puisqu’il était chargé des questions de défense auprès de François Hollande pendant la campagne présidentielle. Si Bercy ne freinait pas, le ministère aurait évidemment débloqué des fonds spéciaux pour gérer l’urgence, ce qu’il commence à faire. L’annonce récente d’un plan d’urgence et la mise en place d’un numéro vert suffiront-elles ? Les services concernés sont déjà débordés par le flot des plaintes et, faute de compétence technique, n’ont d’autre choix que d’intimer la patience.

Sur le fond, une autre hypothèse – conditionnelle – pourrait être émise : les ratés de Louvois pourraient relever d’une stratégie mise en place par les grandes entreprises de conseil qui ont vendu ces logiciels de gestion intégrée pour démontrer au gouvernement l’incapacité des services de l’Etat à faire fonctionner des systèmes aussi complexes et obtenir une externalisation totale de leur gestion (Louvois est géré en interne par les services de ressources humaines du ministère qui sont épaulés par des équipes de Steria). Paradoxe ? L’Etat envisagerait de confier la totalité de la gestion du parc informatique du ministère à Steria. Aucune sanction financière n’a pour l’heure été prise contre l’entreprise, ce qui ne laisse pas d’interroger, tout comme l’absence de réactivité du contrôle général des armées, pourtant censé superviser et auditer ce type de dossier. Dans un contexte aussi opaque, il est de toute façon impossible de détailler avec exactitude les responsabilités de chacun. Seule une commission d’enquête parlementaire serait en mesure de le faire.

On notera que seul l’ex-chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Paloméros, constatant ces défaillances à répétition, a eu le courage de refuser le passage à Louvois. Il est depuis parti servir au sein de l’OTAN comme commandant suprême allié à Norfolk.

Le dépérissement des PME de Défense
La situation financière critique du ministère de la Défense recoupe également le problème des délais de paiement (9 à 18 mois en moyenne) aux PME de Défense (qui ont souvent pour seule clientèle l’Etat). La conséquence est que les PME n’ont pas les fonds de roulement nécessaires pour survivre à de tels délais et que la crise faisant, les banques ne prêtent plus. A cela il faut ajouter la perspective d’une contraction inéluctable des commandes de l’Etat liée aux coupes budgétaires dans les équipements. 211 millions d’euros avaient déjà été annulés sur la mission Défense 2011 pour rembourser une partie des 460 millions d’euros dus à Taïwan dans l’affaire des frégates après le rendu de l’arbitrage international. Pour le budget 2013, plus de 1,8 milliard pourraient être annulés ou décalés sur un total de 5,5 milliards. Il est à craindre que le tissu industriel des PME de Défense, déjà précarisé et très faiblement soutenu par l’Etat (à l’inverse de la politique pratiquée en Allemagne), risque à court terme la mort clinique. L’autre incidence de cette rétractation budgétaire est que l’effort de recherche et développement de programmes indispensables à notre autonomie stratégique, comme celui d’une capacité “drone”, va être dramatiquement entravé, entraînant l’achat sur étagères de Reaper américains.
 
Le “dépyramidage” et le gel des avancements
Autre dossier brûlant : le gel de 30 % des avancements. Matignon a enjoint début septembre, via une lettre de cadrage, le ministère de la Défense d’impulser une politique de dépyramidage brutale de la structure de ses effectifs et pour ce faire de réduire du tiers les volumes d’avancement de ses personnels militaires sur les trois prochaines années. C’est l’autre bombe à retardement avec l’affaire des soldes : plus de perspective d’avancement au grade, plus d’augmentation salariale pour un tiers des militaires. Du jamais vu. Une politique de dépyramidage courageuse consisterait à acter une loi de dégagement de cadres (trop de colonels et de généraux en proportion par rapport aux officiers subalternes, sous-officiers et troupe) et à ponctionner dans les avantages du régime spécial de la 2e section (5 500 généraux en retraite dite “active”, soit l’équivalent d’une brigade de réserve, pour seulement 95 rappels annuels). Le ministère ne s’y risquera sans doute pas car, contrairement à un sergent ou à un lieutenant, les généraux ont un poids politique (en interne) et une telle option susciterait des mouvements de solidarité redoutables dans un milieu pourtant sociologiquement marqué par l’individualisme.

Au final, on ne peut que constater avec dépit l’inefficacité totale de la politique de rationalisation engagée avec la RGPP de 2008. Au lieu de baisser comme prévu, la masse salariale de la Défense a augmenté : à mesure que le ministère ponctionnait dans les effectifs opérationnels, il a embauché des hauts fonctionnaires civils (+1 438 depuis 2008) comme le rapportait la Cour des comptes en juillet dernier.

Le bradage du patrimoine immobilier
Il faut également ajouter à ce triste constat le dossier du patrimoine immobilier de la Défense. Le gouvernement envisage en effet d’offrir sur un plateau les emprises parisiennes du ministère à la Mairie de Paris via une cession gratuite ou une décote de 100 % (en partie déjà opérée sur le budget 2013) pour y construire des logiciels sociaux et complaire aux demandes de Bertrand Delanoë. Ces recettes extrabudgétaires liées à la vente de l’immobilier (rue Saint-Dominique et autres emprises dans le cadre du transfert vers Balard), qui représenteraient entre 350 et 400 millions d’euros, étaient pourtant censées compenser les coupes dans les crédits d’équipement.
 
L’empilement des réformes non menées à terme et celles à venir
A ce contexte déjà tendu, il faut ajouter les problèmes liés à l’empilement des réformes depuis 2008. Une réduction de 55 000 personnels de la Défense avait déjà été actée par le Livre blanc passé. La Défense supportera ainsi 60 % des réductions de postes dans la fonction publique pour l’exercice 2013 : 7 234 supprimés sur les 12 298 au total. De surcroît, la refonte de la carte régimentaire (dissolution de dizaines de régiments, parfois décidée en fonction de calculs purement politiciens) qui a abouti à la création des Bases de défense, censées centraliser au niveau régional la gestion logistique et financière des emprises, et qui a été menée en fonction de postulats purement technocratiques, a abouti à créer des usines à gaz et à promouvoir un chaos gestionnaire. Les BdD ne fonctionnent pas et il est également prévu de réduire leur nombre initialement prévu (90).

Sur les difficultés non digérées des réformes passées vont enfin se greffer celles des réformes à venir et qui seront entérinées par le Livre blanc à paraître en février prochain. Si pour l’heure, ces perspectives ne relèvent que des secrets d’alcôve qui agitent les couloirs de la Commission du Livre blanc, elles semblent déjà quasi actées : le gouvernement projeterait de supprimer une annuité budgétaire complète sur la période 2014-2020, c’est-à-dire pas moins de 30 à 40 milliards sur les 220 milliards prévus sur la période par le Livre blanc¹ précédent . Une purge budgétaire qui serait corrélée à un projet de réduction de 30 000 postes opérationnels dans les armées (la quasi-totalité dans l’armée de terre, 3 000 dans la Marine et 2 000 dans l’armée de l’air)². Ce qui porterait les effectifs terrestres d’ici peu à un volume équivalent à celui de l’armée de terre britannique (80 000 hommes). Jamais l’armée française n’aura connu un volume de forces aussi faible dans son histoire depuis la Révolution.

Un format d’armée mexicaine
Aucune des lois de programmation militaire décidées par les gouvernements de droite et de gauche, et qui sont pourtant censées fixer le cap stratégique des armées et sanctuariser les investissements budgétaires, si cruciaux pour maintenir un modèle d’armée cohérent, n’ont été respectées depuis la professionnalisation de 1996. L’horizon d’un tel processus est clair : un effondrement radical des moyens humains et matériels de nos forces, un format d’armée mexicaine (l’armée de terre compte actuellement 173 généraux en 1re section pour un effectif de moins de 110-120 000 hommes, là où le Marines Corps n’en recense que 81 pour un effectif quasi double de 220 000) avec une haute hiérarchie civile et militaire à peu près épargnée en raison de considérations politiques (puisque c’est elle qui exécute les réformes), un taux de disponibilité des matériels extrêmement faible, des forces incapables de se projeter hors des frontières et des programmes militaires vitaux qui ne pourront être pleinement financés (drones, renouvellement véhicules terrestres, développement d’une capacité de cyber-défense).
 
Le décrochage géostratégique de la France
La parade, qui consiste à tout miser sur un modèle d’intervention indirecte (formation à l’arrière de forces étrangères avec l’appui de notre aviation et de petits contingents de forces spéciales, comme ce qui est prévu au Mali et ce qui a été fait en Libye) et le renseignement, ne suffira pas à empêcher le décrochage brutal de notre influence géostratégique. Il se pourrait surtout que le Livre blanc acte définitivement l’idée de smart defense et de mutualisation des capacités nucléaires avec l’Angleterre (qui en tirera tous les bénéfices), achevant de décapiter ce qui restait de souveraineté stratégique à la France après la réintégration dans l’OTAN. La route du désastre est donc parfaitement balisée.

Comment expliquer cette pression extrême sur le budget de la Défense ? Très simplement par le fait que l’armée est la seule institution publique à ne pouvoir compter sur un contre-pouvoir syndical et que le politique se sent, en conséquence, autorisé à toutes les oukases. On pense notamment au scandale de la campagne double refusée jusqu’en 2011 aux militaires ayant servi en Afghanistan.

Voilà plus de soixante ans, le général de Gaulle avertissait déjà dans un discours fameux : “La Défense ? C’est la première raison d’être de l’Etat. Il ne peut y manquer sans se détruire lui-même !” Il semble que cette phase d’autodestruction soit désormais irrémédiablement engagée. Si le politique choisit la facilité et s’entête dans ce processus de désossage budgétaire de notre puissance militaire, et si le haut commandement n’y trouve rien à redire, il ne restera bientôt à nos forces, en lieu de drapeau et de fierté, que l’héritage de la ruine. On pourra alors graver au frontispice des régiments les mots de Shelley flétrissant l’orgueil du roi Ozymandias : “Rien à part cela ne reste. Autour des décombres / De ce colossal naufrage, s’étendent dans le lointain / Les sables solitaires et plats, vides jusqu’à l’horizon.”

¹ Le Livre blanc 2008 tablait sur une enveloppe budgétaire de 377 milliards d’euros d’investissement sur la période 2009-2020, avec une progression nette du budget entre 2015 et 2020 (160 milliards ayant été virtuellement consommés sur la tranche 2009-2013).

² Ces 30 000 postes ne pourraient représenter qu’une première tranche et suivis de 30 000 autres sur les dix prochaines années, ce qui rapporterait le volume des forces terrestres à un seuil critique de 60 000 hommes.

³ Pour 2013, les programmes touchés sont les suivants : le camion blindé PPT, l’Arme individuelle du futur (remplaçant du Famas), le VLTP (successeur de la P4), le programme-cadre Scorpion de modernisation des forces terrestres et des GTIA.

⁴ Le ministère de la Défense précédent ayant en effet refusé de qualifier l’engagement en Afghanistan de “guerre” jusqu’en 2011, les militaires partis en Opex n’ont pu prétendre aux bénéfices du dispositif de la campagne double. Parmi les régimes d’opérations qui ouvrent un droit à une bonification des cotisations de retraite, on distingue communément la campagne double (6 mois de service valent 18 mois au titre de la pension) de la campagne simple (6 mois valent 12 mois) et de la demi-campagne (6 mois valent 9 mois). Ce n’est ni le lieu ni la durée de l’engagement qui détermine le régime de campagne mais sa “nature”.

Par Georges-Henri Bricet des Vallons


Castelnaudary Cérémonie du Souvenir français

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03/11/2012

L'association du Souvenir français était rassemblée hier en présence des élus devant l'ossuaire 1914-1918 pour rendre un hommage aux défunts de toutes les guerres, et particulièrement les Chauriens, morts pour la France. (Photo Rumeau). Le message du président général du Souvenir français a été lu par le Lieutenant-Colonel Jean-Paul Bustos, président de l'amicale des anciens de la Légion Étrangère de l'Aude. Après la bénédiction par le nouveau curé de Castelnaudary, André Lautré a entonné "Aux Morts pour la patrie". Patrick Maugard, Philippe Greffier et André Taurines ont déposé une gerbe pour la Ville et la communauté de communes, tout comme Hélène Giral et Jacqueline Besset pour la Région. Une gerbe a ensuite été déposée au carré de la Légion. Hier a donc commencé le mois des commémorations qui se poursuit dès ce lundi avec l'inauguration de l'exposition sur la Grande Guerre, Bir-Hakeim et un historique sur le 4e RE depuis son arrivée à Castelnaudary. La triple exposition proposée par le Souvenir français sera visible du 5 au 18 novembre, de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h. 


Les officiers de notre armée jaune

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Publié le 02/11/2012

IL Y A CENT ANS, DANS LE FIGARO - Tous les week-ends, Le Figaro explore ses archives de l'année 1912. Le 29 octobre, un chroniqueur militaire s'indigne du projet de confier le commandement de troupes basées en Indochine à des «Jaunes».

Retrouvez chaque week-end sur lefigaro.fr un fragment de l'actualité d'il y a un siècle, tel que publié à l'époque dans nos colonnes. Une plongée dans les archives du journal pour revivre les événements historiques, culturels ou sportifs… comme si vous y étiez.

Article paru dans Le Figaro du 29 octobre 1912.

Un tirailleur annamite, vers 1915. (Illustration tirée du livre  L'Indochine française , de Paul Doumer)

Un tirailleur annamite, vers 1915. (Illustration tirée du livre L'Indochine française, de Paul Doumer)

Les cadres de notre armée indigène indochinoise, voilà le côté vraiment délicat, difficile, presque insoluble, de la question. En ce qui concerne les troupes, nous avons déjà fait, avec les tirailleurs tonkinois, avec les artilleurs auxiliaires, et surtout avec les milices, de fort longues et utiles expériences. Mais tous ces contingents indigènes avaient pour chefs des officiers et des sous-officiers français, les meilleurs que l'on pouvait trouver, et qui les encadraient énergiquement.

Or, le général commandant les troupes de l'Indochine préconise, pour l'armée indigène qu'il veut créer, des cadres indigènes, comme sous-officiers et comme officiers, et il ne prévoit de cadres français qu'à la tête des grosses unités, bataillon, escadron ou régiment, et dans les états-majors et le haut commandement. Et ici, nous sautons, à pieds joints et éperdument, dans l'inconnu.

Très modestement, mais très nettement je dois le dire: j'ai conduit au feu, en Indochine, des soldats de la légion étrangère, puis des troupes mixtes, puis des indigènes encadrés de Français. En toute conscience, vers cet inconnu qu'on nous propose, je ne ferais pas le premier pas.

Est-ce à dire qu'un Annamite, pris tout jeune et solidement instruit à la française, n'est pas capable de faire un officier, et même un officier français, c'est-à-dire le meilleur de tous? Si, parfaitement. Et il y a des exemples. Au risque de blesser leur réserve toute mandarinale, je citerai le commandant Chan, qui sort de Saint-Cyr, qui s'est acquis une belle réputation en Afrique, et qui est en 1912 à l'état-major du gouvernement de Paris; et je citerai aussi le charmant et héroïque lieutenant Dohu, devenu célèbre comme aviateur au Maroc. Ce sont deux Annamites de race pure et de sang sans mélange. Je connais certes, dans l'armée française, d'aussi beaux officiers qu'eux: je ne crois pas en connaître de plus beaux.

Mais ils sont de bons chefs parce qu'ils ne sont pas dans leur pays natal, et qu'ils ne commandent pas à leurs compatriotes.

Et ces deux parfaits officiers, aptes à toutes les besognes, n'en craignent absolument qu'une, que d'ailleurs on n'aura pas la maladresse de leur confier: celle d'aller commander en Indochine une troupe de leurs compatriotes d'origine, les indigènes, ou de leurs compatriotes d'élection, les Français.

Et cela se comprend de reste. Le troupier français, en Indochine, n'est pas élevé à considérer, moins encore, à estimer l'indigène. Et son raisonnement simpliste -que rien ni personne ne cherche à corriger- est que le premier des Jaunes vient tout de suite après le dernier des blancs. Qu'un Annamite, de race et de sang purs, surgisse soudain, pourvu des galons et de l'autorité d'un officier français, qu'adviendra-t-il? Les officiers français, qui sont disciplinés et courtois, et qui savent tout le prix de la valeur intellectuelle, traiteront, avec l'amitié et la sympathique déférence qui conviennent, l' «officier» de sang jaune. Mais le troupier blanc? Ce troupier qui obéit facilement, en France, à un officier pourvu de galons, quelle que soit sa couleur, et parce qu'il a des galons, obéira- t-il, du même cœur, à un officier jaune, dans un pays jaune, et sous le regard des Jaunes? On me permettra d'en douter.

Mais, dira-t-on, si cet officier jaune n'a que des Jaunes à commander? Et bien! ce sera encore, j'ose l'affirmer, bien pire. Il obtiendra certainement, et avec enthousiasme, l'obéissance des autochtones. Mais j'entends d'ici les réflexions narquoises et insolentes, qu'un tel spectacle inspirera à la foule, «Comment, dira-t-elle, voici l'un des nôtres devenu officier, c'est-à-dire supérieur à des soldats et à des sous-officiers français, et pouvant toujours exiger d'eux le respect et l'obéissance, et nous avions crainte de ces soldats? Mais puisque plusieurs d'entre nous leur sont supérieurs, combien peuvent le devenir? Et combien davantage leur sont égaux? Nous avions bien tort d'avoir peur, et de les croire si savants et si forts.»

On devine la conclusion que, au jour possible toujours, d'un mécontentement politique, les Annamites pourront tirer -et certainement tireront- d'un tel raisonnement, justifié par une telle situation. Or, je le demande en toute franchise, sommes-nous en mesure -en mesure militaire et sociale- de supporter victorieusement cette conclusion, et les actes qu'elle pourra inspirer? Qui donc osera répondre affirmativement à cette interrogation? À coup sûr, ce n'est pas moi ; ce n'est très probablement pas le général Pennequin lui-même.

En vérité, on peut élargir les anciennes conventions de l'encadrement étroit des Jaunes, et au pourcentage des Blancs en armes vis-à-vis des Jaunes en armes; mais le vieux principe, qui fut toujours à la base de nos institutions militaires lointaines, demeure ici intangible: il ne doit se présenter, dans la vie publique, et dans l'armée moins encore qu'ailleurs, aucune circonstance -aucune- où un Jaune puisse être, en Indochine, officiellement appelé à commander un blanc, et un blanc à obéir à un Jaune, au nom de nos lois et de notre discipline.

J'ajoute, à tout cela, une considération du domaine moral, qui a bien aussi sa valeur: nous n'avons pas, nous n'aurons jamais, vis-à-vis des Annamites, la supériorité du nombre ni l'avantage de l'acclimatement et de l'endurance. Mais nous compensons largement ces infériorités par notre science militaire, nos canons, nos inventions modernes et par cette façon de mystère qui s'attache encore à ces inventions.

Or, quand nous aurons, dans nos écoles, créé des officiers indigènes d'infanterie et d'artillerie, nous leur aurons dévoilé tous les secrets de notre supériorité; et nous aurons nous-mêmes dissipé le mirage merveilleux de nos poudres sans fumée, de notre TSF et de notre aviation. Et dès lors, notre supériorité même sera perdue. Et nous tomberons d'autant plus bas que nous tomberons de plus haut. Un dieu, quand c'est un dieu déchu, ne vaut plus même un homme.

J'en ai dit assez pour montrer le péril où l'on s'engage. Et je n'ai pas la place pour développer d'autres arguments tout aussi prenants et vainqueurs, et dans le même sens.

Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait rien à faire. Il y a, au contraire, beaucoup à faire et beaucoup à perfectionner. Le recrutement régional, l'instruction des cadres indigènes inférieurs, la création d'écoles pour les enfants de troupe, la mise en valeur des contingents annuels dont je parlais l'autre jour, voilà de quoi, et pendant longtemps, suffire à notre ardeur. Mais prenons bien garde de ne jamais porter, dans nos réalisations militaires, nos théories indigènes d'assimilation, d'association, de collaboration, et d'égalisation. Ces théories n'engendrent, en France, que d'éloquentes, et verbeuses, et vaines rhétoriques: elles engendreraient, en Indochine, les dangers les plus graves et les plus immédiats.

Par Albert de Pouvourville


Bug du logiciel de paye : le doute persiste sur le paiement des soldats

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02/11/2012

L’adjudant Tuvignon a brisé le silence. (Archive A. B.)

Le bug informatique du logiciel LOUVOIS, destiné à gérer la paye d’une partie de l’armée, connaît des bugs informatiques aux conséquences parfois dramatiques. Devant la situation, le ministre des Armées, a ordonné le déblocage de 30 millions d’euros.

Le doute persiste dans les rangs après l’annonce du ministre de la Défense. Jean-Yves Le Drian a ordonné le déblocage de 30 millions d’euros de trésorerie immédiatement mobilisables pour régler les retards de paiement des soldes de certains militaires.

Depuis plusieurs mois, le logiciel LOUVOIS, destiné à gérer la paye d’une partie de l’armée, connaît des bugs informatiques aux conséquences parfois dramatiques. Ils visent particulièrement les militaires en intervention à l’extérieur et les primes. Avec pour conséquences des soldes tronquées, des prélèvements farfelus ou des primes jamais versées.

Le ministre a reconnu que 125 000 erreurs

L’Alésien Pierre-Henry Tuvignon était sorti de son obligation de réserve pour dénoncer cette situation ubuesque (Midi Libre du 12 octobre). Cet adjudant de la Légion étrangère, aux 22 ans de carrière dans l’armée, blessé en Afghanistan, avait un retard cumulé de soldes et de primes de 10 000 €, entraînant de graves difficultés financières pour sa famille.

"Un caporal en Afghanistan a reçu 120 000 € le mois dernier. Il ne sait pas ce qui va se passer"

L’Alésien Pierre-Henry Tuvignon

Cette annonce du ministre de la Défense le conforte dans sa décision d’avoir brisé le silence auquel tout militaire est assujetti, mais le laisse dubitatif. "Je suis content de cette prise en compte du problème mais je reste méfiant. J’attends de voir ce qui sera réellement fait, confie le militaire. Au départ le ministère affirmait que 10 000 personnes seulement étaient concernées.

"Le logiciel LOUVOIS est hors de contrôle"

Le ministre a reconnu que 125 000 erreurs avaient été comptabilisées sur 130 000 militaires gérés. Elles vont de quelques centimes d’euros à une solde complète. Cela prouve que le problème est majeur. J’ai touché mon mois d’octobre, mais je sais déjà que pour novembre je devrais n’avoir que la moitié", poursuit le Gardois.

Le militaire redoute surtout la poursuite des ratés informatiques. "Le logiciel LOUVOIS est hors de contrôle. L’ancien ministre avait affirmé que tout serait réglé en septembre 2011. Un an après, la situation a empiré. Un caporal en Afghanistan a touché 120 000 € le mois dernier. Il a voulu tout rembourser tout de suite mais ce n’était pas possible.

Frais bancaires et préjudice moral

Aujourd’hui il ne sait pas ce qui va se passer, comment les prélèvements vont être effectués et de quels montants. On est dans le flou total. À Agen, une famille de militaire fait l’objet d’une mesure d’expulsion de son logement parce qu’elle n’arrive plus à payer son loyer. Pour l’instant rien n’est réglé."

Reste également tout le contentieux lié au dédommagement du préjudice subi par les militaires victimes de ces bugs informatiques. "Il y a toujours la question des frais bancaires engendrés par ces erreurs et le préjudice moral. J’ai posé la question à la commission de recours des militaires. Je n’ai toujours pas de réponse. Mais pour aller au tribunal administratif et faire valoir mes droits, il faut d’abord passer par cette commission", commente Pierre-Henry Tuvignon.

Au final c’est la paye de 400 000 personnes

Dans l’annonce faite lundi, le ministre veut régler pour Noël les problèmes de retards et d’erreurs dans le paiement des soldes des militaires. Par ailleurs, Jean-Yves Le Drian a demandé deux audits sur le système LOUVOIS, les premières conclusions devant arriver pour décembre.

Enfin l’entrée dans le système de l’armée de l’air et de la gendarmerie, prévue en mars et septembre 2013, a été repoussée "d’au moins deux mois, plus si nécessaire". Au final c’est la paye de 400 000 personnes qui doit être gérée par ce logiciel. De quoi faire frémir plus d’un militaire.


Un SDF de 59 ans, ex-légionnaire, mort de froid dans la rue à Paris

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28 octobre 2012

Des SDF dans une rue à Paris, le 27 octobre 2012 (Photo Kenzo Tribouillard. AFP)

Un bouquet de chrysanthèmes a été déposé dimanche sur le trottoir de la rue Kellner, à Paris (XVIIe). C'est là qu'est mort dans la nuit, probablement de froid, Bernard, un SDF de 59 ans, ancien légionnaire dont la santé s'était détériorée, se souviennent les habitants du quartier.

"C'est un coup de froid. Moi j'ai rien vu", reconnaît son dernier compagnon d'infortune, Florent, qui a passé la nuit à côté de lui devant le numéro 14, dans le renfoncement d'immeuble où ils s'étaient installés depuis au moins deux ans, sans se douter du drame qui se jouait.

Florent ne savait presque rien de lui, sauf qu'il avait perdu sa femme à un moment donné et que cette dernière fumait beaucoup. "Je sais pas d'où il venait, mais il était gentil. Des fois, il buvait un peu trop", dit le SDF, petit et mal rasé, enfonçant son bonnet sur sa tête.

Bernard ne voulait pas aller en centre d'hébergement, se souvient Jean-Luc, un fonctionnaire qui dit le connaître depuis 45 ans et venait le voir régulièrement dans ce quartier populaire du nord de Paris. "Je l'ai connu légionnaire. Un grand bonhomme comme ça, en galon, ça marque. Mais il a plongé dans l'alcool, comme d'autres", raconte-t-il.

C'est Jean-Pierre, un autre habitant du quartier, qui a découvert le décès: "Je suis passé ce matin, J'ai dit +bonjour+, personne n'a bougé. Je suis repassé plus tard. Là Florent a bougé, mais Bernard, il avait un visage bizarre, tout blanc. J'ai demandé à un monsieur d'appeler les pompiers".

Un colosse à barbe rousse

"Il m'avait raconté qu'il était né dans la rue, que sa mère avait accouché sur le trottoir, avenue de Saint-Ouen", non loin de là où il est décédé, explique Bill, jeune chauffeur de taxi habitant l'immeuble attenant.

Le SDF, reconnaissable à sa barbe, sa moustache et ses cheveux roux, était dans le quartier depuis "au moins douze ans", selon plusieurs témoignages.

Robin, qui habite l'immeuble voisin et voyait le SDF tous les jours, est atterré. "C'était quelqu'un de sympa. On est marqué, forcément", dit-il, soulignant que "des commerçants l'appelaient même Monsieur Bernard".

"C'était quelqu'un d'érudit, il avait la tête sur les épaules", affirme-t-il, même s'il "buvait son coup de rouge ou de rosé qu'il allait chercher au Franprix".

Les joueurs de pétanque se souviennent aussi de ce grand gaillard qu'ils fréquentaient peu: "Il était sans arrêt alcoolisé, mais il ne faisait pas d'esclandre", raconte l'un d'eux.

Bernard se confiait peu, mais tous connaissaient son passé de légionnaire. "On l'appelait +le légionnaire+", raconte Omar, qui se souvient qu'il s'installait "tous les jours sur son banc et écoutait sa radio. On lui apportait régulièrement des piles".

Ces dernier temps, "il fallait l'accompagner à son banc. Son état s'était dégradé. C'était un colosse avec une grosse voix, mais il avait perdu peut-être 20 kilos en deux mois. Il y a deux jours, il claquait des dents. Ma femme lui avait descendu une couverture", raconte Robin.

Au pied d'une poubelle, vêtements, couvertures et valises sont entassés. "Ce sont les affaires de Bernard", dit Florent, qui ne veut rien récupérer de ce qui reste de la vie de son compagnon de misère.


La Légion se souvient

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Publié le 24/10/2012

Dépôt de gerbe au monument aux morts pour ne pas oublier ceux qui ont défendu

la patrie./Photo DDM, A. P.

L'Amicale des anciens de la Légion étrangère a organisé une réunion d'information dans la commune de Villeneuve-la-Comptal le dimanche 14 octobre.

Après avoir honoré les morts pour la France du village en déposant une gerbe au monument, les participants se sont rendus à la salle des fêtes pour écouter le lieutenant-colonel (ER) Bustos, président de l'amicale, présenter le village, en traçant son historique avec brio, parlant du château depuis son origine, du moulin et de Clément Ader notamment.

Mme Studer, maire, l'a remercié d'avoir choisi Villeneuve-la-Comptal pour cette réunion et d'avoir permis aux personnes présentes d'apprécier le village et ses environs, complétant l'historique en rappelant qu'un projet était en cours pour mettre en place une table d'orientation à l 'endroit où Clément Ader a fait ses premiers essais, rappelant qu'avec les collines du vent, le moulin, ce site sera inclus dans les guides touristiques de la commune.

Un déjeuner convivial et une tombola faisant de nombreux heureux, ont clôturé cette journée.

Conseil municipal. Il se réunira jeudi 25 octobre, à 19 h 30, salle de la mairie.

La Dépêche du Midi


De toutes les couleurs sur un tapis vert et rouge

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Publié le lundi 22 octobre 2012

Les cours de boxe à la salle du 1R.E.C. comptent de plus en plus d'adeptes

Le brigadier-chef Riadh Sarhaoui (à gauche) montre aux élèves quelques

mouvements sans "forcer" : c'était juste avant le combat devant avoir lieu

ce samedi à ... London. Photos T.J.

Le cliché colle à la... peau. Dans un précédent article sur le même sujet, il était question de l'odeur des salles de boxe chère aux Audiard, Gabin, Ventura et toute l'éclectique clique. Ce mercredi soir 19 heures tapantes ou plutôt frappantes , les mêmes images revenaient, avec une version plus "années dix des 2000", à coups de kick boxing. Une discipline pieds et poings non pas liés mais en toute liberté, même si la discipline, ainsi que le répète inlassablement le brigadier-chef Rhiad Sarhaoui répond à des règles très précises, à respecter scrupuleusement. Et humblement. Comme à la... Légion. Le champion, très... respecté tant que membre de la "PM", au quartier Labouche et aux alentours, rappelle sa devise, même s'il brille sur les rings internationaux : "Boxeur d'accord, Légionnaire d'abord". C'est peut-être ce qui attire en premier lieu des "jeunes des quartiers", ballottés, hésitant parfois entre deux voies , l'une étant dangereuse car jouant avec la Loi.

Certains reviennent chaque soir de la semaine, et ils arrivent de partout : Fourchevieilles, l'Aygues, la Tourre, mais aussi Courthézon ou d'autres communes... ceinturant Orange. Durant près de deux heures, ils sautent, soufflent, suent, se scrutent, s'éreintent. Exutoire d'exultation et d'exaltation, exécution de gestes précis où souplesse et rudesse s'entremêlent ardemment.

Sur les tapis de la salle du 1er R.E.C. du lundi au vendredi pas moins de 80 personnes se succèdent, qu'elles soient civiles - dont de jeunes adolescents - ou militaires - une trentaine de légionnaires viennent ici parfaire leur condition physique et leur sens du... combat.

Une satisfaction pour Rhiad Sarhaoui et tous ceux qui enseignent le kick boxing ou la boxe anglaise au quartier Labouche. Chez les képis blancs, ont n'a pas peur des bleus.

Tristan Jaureguy


Page 5 sur 34

Traduction

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