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Ces «Gascons» d'ici et d'ailleurs

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Publié le 04/01/2013

Lot-et-Garonne, terre d'accueil : hier comme aujourd'hui, le constat est d'évidence. Depuis un siècle et demi, au fil des décennies, notre pays gascon a vu arriver de nombreuses populations originaires de (presque) toutes les régions du monde. Afrique du Nord et Asie du Sud-Est, bien entendu, conséquence principalement des conflits passés, et (ou) de la misère économique de ces régions. Mais aussi Européens du sud (Italiens, Espagnols, Portugais) et du nord (principalement Anglais, Néerlandais,Suisses) guidés par des motivations diverses, en recherche d'un emploi ou d'une terre à travailler pour les uns, ou tout simplement d'un ciel plus bleu pour les autres… Immigration volontaire ou contrainte, donc, pour les intéressés qui, pour la plupart, sont devenus Français, sinon Lot-et-Garonnais, Gascons…

Les décomptes préfectoraux attestent que le département compte à ce jour près de 8 000 étrangers possesseurs d'un titre de séjour, 7 893 exactement au 31 décembre 2012. Parmi ce nombre, deux nationalités sont majoritaires, à savoir les Marocains, dont on recense 5 101 ressortissants et les Algériens au nombre de 700. A ajouter à ces chiffres, les enfants résidants : 2 850 Marocains et 490 Algériens. Ce qui donne un total de 12 219 étrangers vivant sur le sol de Lot-et-Garonne, cela étant précisé que ces statitstiques ne tiennent pas compte des Européens intracommunautaires,lesquels n'ont pas obligation de détenir un titre de séjour.

Mais à l'arrivée, qu'ils aient gardé leur nationalité d'origine, qu'ils y aient accolé la Française ou qu'ils soient tout simplement devenus des nationaux, ces gens d'ailleurs et d'ici garderont toujours au cœur une petite tranche de leur différence, comme le montrent les parcours individuels ci-dessous retracés, ceux d'Ursula, originaire des Pays-Bas, Mohamed, le Franco-Marocain ou Cathy, au sang espagnol. Tous différents. Des différences qui plaisent…


Ursula Marquez, une franco-néerlandaise pas vraiment «hollandaise»

Le prénom, d'accord, on imagine. ça sonne bien l'Europe du Nord. Mais accolé à ce patronyme de consonance hispanique, on s'interroge. Pas si compliqué, pourtant : Ursula Marquez, originaire des Pays-Bas, née d'une mère allemande et d'un père néerlandais, s'est mariée à un Catalan espagnol, avant de devenir Française. Rien de plus simple . Elle est une enfant de l'Europe qui a porté sa prédilection pour notre terre gasconne, sans rien renier de sa riche histoire.

Installée depuis 1986 dans le petit village de Saint-Pierre-de-Clairac où, avec son mari Antonio, elle avait acheté une maison, Ursula y est restée après le décès de ce dernier. Elle y est aujourd'hui conseillère municipale et est, par ailleurs, présidente du comité de jumelage Agen-Dinslaken qu'elle avait initialement intégré pour faire office d'interprète. Plus Lot-et-Garonnaise qu'elle…

La petite Ursula a vu le jour, juste après-guerre, à La Haye. En bonne écolière néerlandaise, elle apprit très tôt l'allemand, l'anglais et le français, quasiment quadrilingue dès la sortie du collège. Jeune fille, la branche familiale du côté maternel lui donne l'occasion de travailler à Munich, dans le commerce et le tourisme. Son parcours l'emmène ensuite à Paris puis en Corse, où elle s'engage comme guide pour des tour-opérateurs. C'est sur l'île de Beauté qu'elle rencontre celui qu'elle épousera, Antonio Marquez, un légionnaire catalan espagnol. Accessoirement, cela lui donnera l'occasion de maîtriser une cinquième langue… Elle suit son homme dans ses affectations, à Djibouti où ils se marient, puis de nouveau en Corse, à Orange dans la Vaucluse et enfin à Agen, où Antonio effectue un stage à la caserne Toussaint. Ce passage en Lot-et-Garonne les fixera : «Nous sommes tombés sous le charme», dit-elle. À la disparition de son époux, il y a 15 ans, Ursula n'a pas hésité : «On avait pris nos racines ici. Je me sentais chez moi». Ses deux filles s'appellent Barbara et Sabrina. «Des prénoms qui passent dans tous les pays», relève la Franco-Néerlandais, qui sourit à l'évocation du patronyme de notre nouveau président. Hollandaise, elle ? «Pas vraiment !», glisse-t-elle malicieusement.

B.S.


Mohamed Bessri, un franco-marocain qui balance entre deux rives

Sur les quelque 7 900 Marocains résidant en Lot-et-Garonne (lire ci-dessus), Mohamed Bessri n'est pas le dernier arrivé, pas le moins solidaire de ses «frères» et probablement un de ceux qui se sont le plus impliqués dans des activités d'intégration pour favoriser le rapprochement des deux cultures. A la tête de l'Amicale franco-marocaine et président de l'Association départementale des travailleurs et commerçants marocains qu'il a créée dès 1980, l'Agenais s'est toujours préoccupé du sort de ses voisins «débarqués» comme lui en terre gasconne, d'abord et surtout pour y trouver du boulot.

Son boulot à lui, il l'a entamé à l'usine Pont-à-Mousson de Fumel, le premier jour de mai… 1 968. «Les autres commençaient à débrayer mais vous pensez bien que pour moi il n'en était pas question !». Un travail qu'il conservera pendant près de trente ans.

En 1974, il procède à un regroupement familial après s'être marié l'année précédente à Casablanca. Avec Fatima, ils auront cinq enfants dont Mohamed est fier aujourd'hui de la réussite. Il énumère : ingénieur dans l'aéronautique, secrétaire dans la fonction territoriale, travailleur social…

En plus de quatre décennies sur le sol lot-et-garonnais, notre homme n'a pas fait que travailler dur. Il s'est aussi impliqué dans la vie locale avec notamment un engagement qu'il revendique au-dessus des autres : bénévole au Secours populaire, à Agen, depuis 14 ans. Le Franco-Marocain, qui a épousé sa deuxième nationalité dans les années 80, avait même été approché en 2008 sur la liste municipale du maire sortant Alain Veyret, inscrit en 27e position.

Aujourd'hui, Mohamed Bessri poursuit son engagement bénévole caritatif, continue des soutenir ses compatriotes dans le besoin et, à l'occasion, s'occupe de ses quatre petits-enfants. «Mes enfants sont un peu plus Français que moi ! Moi, je reste quelque part un Berbère».

B.S.


Cathy, la franco-espagnole, dit «merci» à la République

Au fil des années, de nombreux Espagnols, par vagues successives, se sont retrouvés dans le département et y ont fait souche. Cathy Joly est de ceux-là, qui sont arrivés dans les années 60. «J'avais déjà 13 ans quand nous sommes arrivés avec mes parents dans le Villeneuvois. Et la première chose que ma mère m'a dite : dès demain, tu vas à l'école». Pour Cathy, ce fut le début d'une nouvelle vie : «J'ai eu la chance d'avoir un instituteur remarquable, M. Charles Charrier, à l'école de La Sauvetat-sur-Lède. Il a immédiatement compris que j'avais déjà reçu une éducation à l'école en Espagne et que mon seul problème était l'apprentissage de la langue française». Si bien qu'un an plus tard, à l'heure du certificat d'étude, Cathy Joly l'obtiendra et sera classée parmi les meilleurs élèves du département. Alors c'est vrai que pour Cathy, comme pour beaucoup d'autres, l'école a été la chance de s'intégrer à la communauté, «et c'est sûrement grâce à cela que je suis devenue institutrice. Mais c'est aussi grâce à mes parents, et je ne suis certainement pas la seule dans ce cas, qui se sont sacrifiés pour que leurs enfants aient une vie meilleure», et quand elle parle de sacrifice, le mot n'est pas innocent. «Je suis persuadée que mon père est mort de chagrin de ne pas être compris et de ne pas pouvoir se faire comprendre». Mais cela ne s'est pas fait sans mal. «Les enfants sont souvent cruels car ils répètent ce qu'ils entendent à la maison. J'étais au début considérée comme une «bête curieuse» car je ne parlais pas leur langue, et nous venions «manger le pain des Français». C'était une véritable blessure que d'entendre ces mots. Mais à partir du moment où j'ai su maîtriser la langue, beaucoup de problèmes se sont rapidement réglés». Pour Cathy Joly, le principal problème qui frappait ces immigrés espagnols «c'était surtout un problème de communication. Connaître la culture, la langue, les mœurs de l'autre, voilà le premier pas qui mène vers l'intégration. Quand on ne possède pas la langue de son pays d'accueil, c'est comme se retrouver en prison».

F. P.


À Sainte-Livrade, le «petit Vietnam» existe encore

La commune de Sainte-Livrade-sur-Lot a reçu, dès 1954, une population venue du Vietnam désormais partie intégrante de la vie de la commune. Les habitants du Cafi, ceux qui y vivent encore, qui y ont vécu ou qui y ont encore des attaches, tous ont chacun leur vision de ce pan de leur vie. Mathieu Samel est de ceux-là, un porte-parole officieux de cette communauté qui vit ici depuis près de 60 ans. «Il faut bien évidemment replacer l'arrivée de ces Vietnamiens, mais aussi Tamouls, Cambodgiens ou Laotiens dans le contexte géopolitique de l'époque. Nos parents, ceux qui ont décidé de partir en France suite aux accords de Genève, n'avaient que très peu de conscience politique. Ils sont arrivés en France avec l'espoir d'être accueillis dans un pays de liberté». Pour beaucoup, la réalité fut toute différente : la vie dans un camp de réfugiés se retrouve «soumise à la loi de l'arrêté de mai 1959 qui instituait un règlement de type militaire dans la vie quotidienne…». Mais, et toujours d'après l'analyse de Mathieu Samel, «nos parents, même des années après, ont toujours gardé l'espoir d'une vie meilleure pour leurs enfants. Mais le fait qu'à l'intérieur du Cafi les services sociaux étaient présents, qu'une école ait été ouverte dans le périmètre, que les pratiques religieuses se déroulaient à l'intérieur, tout ceci n'a pas permis l'intégration ou même l'assimilation rapide que ces réfugiés appelaient de leurs vœux. Pour preuve, Livradais et réfugiés ont rapidement appelé le Cafi le «petit Vietnam». Quant à la vie quotidienne du Cafi, les choses ont évolué, de nouveaux logements pour ceux qui y vivent encore, la mise en place d'un pôle de mémoire car cette population fait partie intégrante de l'histoire du département, et par-là même de la République, mais aussi et pour beaucoup, surtout une forme d'intégration qui passe par la culture au sens large du terme, car quel habitant du Livradais ou de ses environs n'est jamais allé faire un tour au Cafi, qui pour rencontrer des ami(e) s ou tenter de découvrir certains secrets de la cuisine traditionnelle, ou tel autre car il s'intéresse à la vie locale? De nombreux problèmes ne sont pas encore réglés, et comme le dit encore Mathieu Samel, «la conscience collective ne semble pas encore prête à assumer ses contradictions».

F. P.

Bessy Selk


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