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La Newsletter 17/01 de l'AALEME.

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A REDIFFUSER SANS MODÉRATION

LE LIVRE D'OR DE L'EXPÉDITION DU TONKIN DE 1873 A 1886

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. 10/07/1886.

LE LIVRE D'OR
L'EXPÉDITION DU TONKIN
DE 1873 A 1886

 

OFFICIERS TUÉS
Armée de terre

 

BEYNET, capitaine à la légion étrangère, tué le 6 octobre dans les combats du haut Loch-Nan.

MEHL, capitaine adjudant-major à la légion étrangère, tué le 16 décembre 1883, à l'assaut de Phu-Sa.

Moulinay, capitaine à la légion étrangère, tué pendant le siège de Tuyen-Quan.

GRAVEREAU, capitaine à la légion étrangère, tué dans la marche sur Lang-Son, le 5 février 1885.

Cotter, capitaine à la légion étrangère, tué à l'attaque du camp retranché de Bang-Bo, le 23 mars 1885.

BRUNET, capitaine à la légion étrangère, tué le 23 mars 1885, à l'attaque du camp retranché de Bang-Bo.

WEBER, lieutenant à la légion étrangère, tué à Kelung, le 5 janvier 1885.

BACQUÉ, sous-lieutenant au 4e bataillon du 2e étranger, tué le 7 mars 1885, devant Kelung, sur les palissades du fort Bambou.

BLESSÉS
Armée de terre

Bergounioux, capitaine adjudant-major au 3e régiment de la légion étrangère, blessé devant les palissades de Son-Tay.

Conte, capitaine au 3e bataillon de la légion étrangère, blessé à l'attaque de Son-Tay.

BÉRARD, capitaine à la légion étrangère, blessé lors de la marche sur Lang-Son de la brigade Négrier.

Naert, capitaine à la légion étrangère, blessé au siège de Tuyen-Quan.

BÉRARD, capitaine au 2e bataillon du 1er étranger, blessé le 23 février 1885 à l'attaque des ouvrages fortifiés de Dong-Dang*

Césari, capitaine au 2e régiment étranger, blessé d'une balle à la cuisse devant Kelung, le 7 mars 1885.

BOUYER, capitaine au 2e régiment étranger, blessé devant Kelung, le 7 mars 1885, à l'attaque des forts chinois.

COMIGNAN. lieutenant à la légion étrangère, blessé légèrement à attaque du camp retranché de Bang-Bo, le 23 mars i885.

Durillon, lieutenant à la légion étrangère, blessé devant Dong-Dang, le 24 mars 1885.

Lacroix, lieutenant à la légion étrangère, blessé dans la marche sur Lang-Son, le 5 février 1885.

Ruspoli, lieutenant à la légion étrangère, blessé dans la marche sur Lang-Son, le 6 février 1885.

Goeury, lieutenant à la légion étrangère, blessé pendant le siège de Tuyen-Quan.

CASANAVA, lieutenant au 1er étranger, blessé grièvement le 29 mars 1885, lors de la retraite du colonel Herbinger.

Vincent, sous-lieutenant à la légion étrangère, grièvement blessé pendant le siege de Tuyen- Quan.

DE LA LONDE sous-lieutenant à la légion étrangère, blessé devant Lang-Son, le 5 février 1885

PROYE, sous-lieutenant à la légion étrangère, blessé sur la brèche à Tuyen-Quan en repoussant un assaut.

Burel, sous-lieutenant au icr régiment étranger, blessé au siège de Tuyen-Quan, mars 1885.

CAMARON

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. 08/08/1925.

 

Nous devons la communication de cet article à l'obligeance de M. Daniel Halévy, qui nous explique ainsi comment il est venu entre ses mains « Quand on reçoit, par profession. beaucoup de manuscrits, de papiers d'inconnus on les lit avec un certain scepticisme. Une lettre, voici quelques semaines, retint mon attention par son tour imprévu. « Je suis sergent à la Légion étrangère », me disait-on. « Je vis avec des types bizarres je m'amuse à écrire leurs histoires. A tout hasard et sans grand espoir, je vous les envoie. » Quelle aubaine, un écrivain qui vit dans l'aventure et qui connaît, en fait d'humanité, autre chose que l'humanité littéraire! J'ai lu ces contes, je leur ai trouvé une saveur, un accent qui ne peut tromper. En voici un, et d'autres pourront suivre. D. H. »


Le 30 avril 1863, soixante-deux légionnaires. que commandaient trois officiers, ayant été attaqués au cours d'une reconnaissance; se retranchaient dans une ferme de Camaron, et y tinrent tête pendant dix heures à 2.000 Mexicains, leur tuant 200 hommes, en blessant une centaine, et ne se rendirent que lorsqu'ils eurent obtenu l'assurance qu'ils conserveraient leurs armes. Devant l'armée mexicaine étonnée, des décombres fumant sortirent une vingtaine d'hommes, emportant vingt-trois de leurs camarades blessés, et le seul officier qui leur restât, mortellement blessé lui aussi vingt sous-officiers et soldats gisaient dans la cour de la petite ferme.

Entre tant de hauts faits, la légion a retenu cet épisode des guerres du Mexique pour en faire sa fête annuelle :

Le 30 avril est, chaque année, l'occasion de fêtes partout où vivent des légionnaires.

Ceux qui eurent l'honneur de servir sous la grenade à sept branches, profitent de cette occasion de se retrouver, des banquets réunissent des hommes qui, pour une journée, frémissent de tout le passé qu'ils ne cesseront d'évoquer.

Dans une salle d'honneur d'un des régiments étrangers, j'ai regardé les photographies qu'avaient envoyées de Strasbourg, de Paris, de Lausanne, d'ailleurs, les sociétés de vieux légionnaires. Sur les vestons, sur les tuniques des fonctionnaires de l’État, que de médailles, de croix. J'imaginais, en scrutant chaque visage, la marque qu'avait imprimée la légion, les ardentes années d'Afrique ou d'Extrême-Orient, et il me semblait voir dans tous ces yeux une flamme qu'on ne voit qu'à eux.

Dans les garnisons paisibles d'Oranie, comme dans les plus dangereux bleds marocains, comme au Tonkin, comme en Syrie, le 30 avril est synonyme d'un menu somptueux, de jeux et de pinard libéralement distribué.

J'ai vu fêter Camaron à Bel-Abbès en grande pompe, chambrées décorées, quartier illuminé, merveilleux concert, et j'avais été saisi par ce faste mais la grande émotion, qui étrangle, je l'ai ressentie au Maroc, dans le bled, à quelques kilomètres en arrière des premières lignes. En de tels lieux, la légion est chez elle et sa fête revêt un caractère qui la distingue de toutes les fêtes des régiments de France.

Il y en a quatre au Maroc, deux dans le Moyen Atlas, une autre dans le Grand Atlas, sur la route saharienne et l'autre à Bou-Denibe.

C'est la fête d'une compagnie montée que je décrirai ici. Les compagnies montées de la légion sont chargées d'assurer les services de reconnaissance et la, protection des convois.

Celle dont je veux parler est de formation toute récente. Un jeune capitaine, ex-hussard, qui a tous les goûts et toutes les qualités qu'il faut pour devenir un officier « vieille légion », l'a formée à son image, si on peut dire. Le recrutement lui a été assuré, pour la plus grande part, par des prélèvements opérés sur des effectifs du régiment étranger de cavalerie qui tient l'Est et le Sud-Tunisien. Après avoir choisi les mulets, et dans la proportion d'un mulet pour deux soldats chaque homme montant une heure et marchant la suivante avec le même soin qu'il eût apporté à remonter un escadron, le capitaine dressa et entraîna ses hommes comme il eùt fait ses cavaliers. Cavaliers, ils l'étaient d'ailleurs tous, et même un peu humiliés parce qu'on les avait obligés à descendre de cheval pour grimper à mulet. De la cavalerie, ils avaient l'esprit particulier qu'on voit à celle de France, panaché de l'esprit propre d'un ex-cosaque ou d'un ex-uhlan, car la plupart étaient russes ou allemands. Sur ce double esprit se greffait encore l'esprit légionnaire, naturellement, et il dominait..

Tout fut mené rondement. Au bout de six mois d'existence, la. compagnie, présentée au colonel, parut belle entre toutes celles du régiment, qui en a de remarquables. Elle quitta la vallée de la Moulouya, qui avait été son berceau, pour un secteur avancé. Elle s'établit à un passage important d'où elle pouvait aisément assurer la sécurité des convois qui vont aux avant-postes.

Elle y était depuis un mois quand j'y fus. Le camp, occupé auparavant par des troupes indigènes, avait changé d'aspect, depuis mon précédent passage. Il portait la marque de la légion, cet aspect qu'on retrouve partout où elle a travaillé, netteté des abords, rigoureuse propreté des voies, blancheur aveuglante des murs, coquetterie des arrangements jardinets, pyramide de pierre, mosaïque où se répète la grenade de la légion. C'est un camp coquet. Les gens qui l'habitent ne le sont pas moins comme le sont d'ailleurs tous les légionnaires qui aiment follement les couvre-pieds blancs, les bourgerons immaculés, les cravates en soie de parachute, les ceintures bleues et les culottes retaillées à l'anglaise.

Ajoutons que ceux-ci avaient des vêtements que le soleil n'avait pas eu le temps de blanchir, et qu'ils étaient d'anciens cavaliers. A mon arrivée, je n'avais pas laissé d'être frappé de cet air légèrement insolent qu'ils avaient tous, se promenant, les reins un peu raides,
et une badine à la main. Ils brûlaient de montrer aux vulgaires fantassins qu'ils étaient quoique à mulets des cavaliers, une sorte de cavalerie in partibus.

Dès te 29 avril, une vaste tribune s'élevait à l'extrémité du manège, avec une piste d'obstacles, qui n'est pas pour rire. Drapeaux et fanions flottaient un peu partout, et le logis du capitaine, les bureaux de la compagnie avaient leurs portes et leurs fenêtres encadrées de verdure piquée de quelques fleurs timides qu'avril avait fait éclore dans ce bled flamboyant.

A l'aube du grand jour, le réveil fut sonné en fantaisie, puis clairons, trompettes et fifres reprirent le « tin, t'auras du boudin » salué par des clameurs dans les chambrées où les hommes prenaient leur chocolat accompagné des beignets traditionnels.

Autour des cuisines, s'affairaient une bonne douzaine de cuistots surnuméraires, que bousculait le caporal d'ordinaire et le maître-queux, qui, pour ce jour, portait toque et tablier immaculé, et des espadrilles passées au blanc d'Espagne.

A huit heures, il y eut collation : des saucisses, du jambon, du pain de froment sans semoule et du vin blanc, qui est le suprême coup de l’étrier de la revue.

Elle fut splendide, un vrai spectacle. Les sections arrivèrent d'un pas rapide, aisé, exécutant avec précision les mouvements réglementaires pour la formation du carré. Quand les armes furent reposées, pas une crosse ne heurta le sol.

Le capitaine était tout de blanc vêtu, pincé dans ce dolman d'avant guerre dont la coupe est si jolie, et complète si bien le pantalon demi-hussarde, qu'on commence à voir de nouveau en Afrique. Un commandement il y eut quatre murailles jaunes avec une ligne bleue au centre : les ceintures de flanelles, une ligne verte plus bas les molletières, et une ligne noire étincelante au ras du sol. Au-dessus, il y avait l'éclair des baïonnettes et en tête de la section, le fanion vert de la compagnie.

L'adjudant s'avança, botté, sanglé, immense, un vrai cuirassier. D'une voix terrible qui sortait de sa moustache farouche, il lut le récit de la défense de Camaron, à cette troupe immobile et frémissante. Frémissante, parce que, si tous ne comprenaient pas, assez pourtant comprenaient pour que la communication s'établisse, serrant toutes les gorges, picotant tous les yeux.

Ensuite, repos et pendant ce repos, la lecture fut recommencée en allemand et en russe. C'eût été trop demander à ces hommes qu'exiger qu'ils restassent statues pendant près de trois quarts d'heure.

Le capitaine fit son petit discours pas de phrases, des mots de chaque jour, accessibles à tous. Il parlait de la légion, première infanterie du monde, de la jeune légion digne de la vieille, des camarades morts l'an dernier, à peu de distance, et dont tant de corps reposent dans le petit cimetière blanc du poste. La voix n'était pas forte, mais comme elle portait, claire, vibrante, dans le grand silence de dix heures, dans l'air cristallin et sonore. Tous comprenaient, et quand il cria pour finir « Vive la légion » on eut l'impression que ce même cri allait jaillir des bouches qu'on voyait trembler.

Après le défilé, le capitaine vint goûter la soupe que les hommes de corvée dont avait dû tripler le nombre, six au lieu de deux, emportèrent aussitôt. Des cris de joie accueillirent l'imposante suite des plats, et redoublèrent quand apparurent les pleins seaux du divin pinard, dont la couleur est un rouge presque violet, et la densité telle qu'on le couperait au couteau.

Gavés, tous s'étendirent sur les lits, pour digérer béatement en fumant le cigare à bague d'or qui leur donnait pour quelques instants une âme de bon bourgeois repu.

Les jeux dont le programme était fort varié devaient commencer à deux heures. A deux heures, les bancs étaient occupés par les légionnaires. A deux heures les trompettes saluèrent l'arrivée du capitaine qu'accompagnaient le toubib et l'officier des renseignements.
La présence des femmes de ces derniers, en toilettes blanches, sur l'estrade que le bureau arabe avait parée de ses glus beaux tapis, suffisait pour énerver ces deux cents hommes sevrés de chair blanche.

En tête du programme venait la voltige. Elle se fit sur un mulet sage, mais qui ne l'était pas au point de se tenir tranquille au bon moment. Les chutes furent nombreuses, au grand amusement des spectateurs. Il y eut des courses diverses les pieds dans un sac, en tenant un œuf dans une cuillère, à quatre pattes, jeux de soldats qu'on retrouve partout.

Le clou devait être une sorte de due! symbolique. Sur un pavois que soutenaient les plus costauds, se tenait un homme armé d'une lance dont la pointe était capitonnée de paille. Son écu portait une tète de mulet qu'encadraient en couronne ces mots « Ça marche becif » Cette devise veut être expliquée.

Lors de la création de la compagnie, le capitaine acheta un fanion vert sur l'un des côtés duquel il fit broder la grenade et le numéro du régiment, et, sur l'autre, l'inscription « Ça marchera becif ». Becif est un mot d'usage courant dans l'armée d'Afrique, il a à peu près le sens de « par la force » et se dit d'une chose qui sera sans qu'on puisse s'y opposer. Dans l'esprit du capitaine, il était un avertissement à ses hommes, une indication de la discipline qu'il voulait. Aussi il put, six mois plus tard, ayant en main une compagnie en ordre, modifier une syllabe et le fanion porta « Ça marche becif. »

Le légionnaire dont l'écu était timbré de la tête de mulet personnifiait la légion, et plus particulièrement la compagnie montée. En face de lui, son adversaire, hissé, lui aussi, sur le pavois, portait sur son bouclier une tête de mort couronnée de « Maroc ».

Et le combat commença, avec des alternatives de défaillances et d'avantages, puis, quand le Maroc se fut bien défendu, sur une bonne pointe de son ennemi, il chut.. De véritables hurlements de joie saluèrent la victoire de la légion, conquérante du Maroc. Pour ceux qui ne savent pas, on peut dire que si elle ne fut pas seule dans ce long combat, elle y fut, sans conteste, toujours au premier rang.

Le soleil descendait, le vin agissait. Le concours de ventriloquie et de grimaces n'eut que peu de succès.

La fête reprit à la nuit. Des lampions multicolores illuminaient la place comme dans une fête de village. Dans la nuit silencieuse et claire une mélodie russe s'éleva, chantée par un groupe d'hommes qui mettaient dans cet air de route la nostalgie que cette fête ravivait;
Prière, tantôt sourde, soumise, tantôt passionnée et suppliante, qui paraissait faite de beaucoup de sanglots et finissait soudain brusquement dans un cri. Personne n'applaudit. Obscurément, tous sentaient que cela n'était pas une chanson quelconque à laquelle convenait des claquements de main, mais quelque chose de très haut, comme l'évocation soudaine d'une patrie et tous ces gens qui n'en avaient plus en furent pour quelques instants troublés.

Vêtu de la blouse nationale, mollets bottés, un danseur parut. Agile, gracieux. il s’avança sur les pointes, 'les bras à demi croisés. Ce furent alors des bonds, des entrechats, une mimique, qu'accompagnaient de- discrètes musiques, et un chœur reprit à mi-voix, sautillant, virevoltant, avec de soudains abandons.

Les Allemands, groupés autour d'un vieux sergent, serviteur de quinze années, que je vis pleurer ce jour là, chantèrent voix merveilleusement justes, admirablement fondues, qui indiquaient les plus fines nuances. Ils chantèrent sur un air de chez eux des paroles qu'un légionnaire, dont on ne sait pas le nom, composa, et que personne n'ignore de ceux qui parlent allemand dans les quatre régiments.

En voici la traduction, à qui il manque : et le rythme et cette puissance des mots qui est intraduisible

Au Maroc, à l'abri des rochers,

Un légionnaire veille

Son camarade que la balle a mortellement blessé.


Celui qui va mourir dit :

Mon camarade, cher camarade,

Une prière, une prière à toi qui va retourner au pays,

Au pays que je ne reverrai plus.


Va dans le petit village, tout en haut.

La dernière maison est neuve, toute blanche,

Entre et prononce mon nom.

C'est là qu'habite la fiancée qui m'attend.


L'anneau qui est à mon doigt,

Prends-le,

Prends l'anneau d'or qu'elle me donna.

Porte-le lui comme un dernier gage d'amour.

Sur ses boucles blondes, mets ce baiser, mon dernier adieu.


Dans le petit village, près de l'église,

Vit un vieillard, aux cheveux d'argent,

C'est mon vieux père qui m'attend,

Apporte-lui mon dernier adieu.

Dis-lui, dis-lui bien que son fils est tombé fièrement.


Dis-lui, dis-lui bien que comme moi,

Avec la même ardeur,

Tous les légionnaires meurent,

Mais faiblir ou reculer, cela ils ne le font jamais.


Simple mots, mais lourds de tout le sens que leur donnait ces morts reposant à deux pas, et cette assurance qu'avaient ces légionnaires de dire, peut être bientôt, à l'ami fidèle, les mêmes paroles.

Pour dissiper l'émotion, il ne fallut rien de moins que 'le « Tin, t'auras du boudin » dont l'effet est certain. Avec les accents les plus singuliers, le refrain fut clamé « Pour les Belges, y en a plus, pour les Belges, y en a plus parce qu'ils sont trop tireurs au c.. » La gaîté était revenue. Un accordéon joua le premier air de danse, Danube bleu. Les couples se formèrent dans l'ombre bleue, sur le sol dur, ces hommes tournèrent jusqu'à une heure avancée de la nuit. Des lambeaux de mélodie flottaient, apportés et repris par le «vent qui balaie, toutes les nuits, la plaine des chacals glapissaient. Et parfois, de l'est, arrivait la détonation claire d'un coup de fusil, suivi de l'éclatement sourd des grenades.

Sur la terre nue, aux sons de l'accordéon, qui est l'instrument le mieux fait pour saisir et émouvoir des simples et pour donner aux plus fins une mélancolie dont ils ont quelque honte, les couples dansaient, sans joie. La gaîté ne dure jamais longtemps à la légion. Les
visages détendus reprennent vite le masque. Pour ces hommes, les jeux mêmes sont de nouvelles raisons d'éveiller le cafard qui feint parfois de s'assoupir.

Manue.

La Légion Étrangère

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. 22/11/1913.

 

Depuis qu'il y a au monde des nations organisées en sociétés et des armées pour les défendre, il y a eu des mercenaires et depuis qu'il y a des mercenaires dans les armées, ils en furent toujours les meilleures troupes. Il peut y avoir à cela des motifs psychologiques obscurs et profonds, dont la place n'est pas ici mais cette constatation historique est brutale et sans exception, depuis les légions romaines et les lansquenets allemands jusqu'aux Suisses de la monarchie des Bourbons. La Légion étrangère de France ou mieux de l'Afrique française couronne cette vérité universelle d'un illustre exemple.

Les Français l'aiment assez obscurément, car ils la connaissent fort mal la Légion n'a plus le droit depuis les dernières grandes guerres, d'opérer en Europe; et comme les sympathies du public ne s'expatrient pas facilement, la Légion apparaît comme une force, héroïque bans doute, mais mystérieuse et vague, dont les exploits éclatent soudain comme des fusées brillantes, puis s'éteignent et s'effacent à l'horizon incertain de nos possessions lointaines. Notre Légion et ses actes se concrétisent en quelques noms populaires : Saussier, Dominé, Villebois-Mareuil, Négrier, et c'est tout. Nul de nous n'en sait plus long.

Et quand la Légion est, comme présentement, attaquée par des ennemis extérieurs, ennemis acharnés, mais dénués de preuves et de bonne foi, nous ne savons que nous indigner, et crier « Ce n'est pas vrai » Nous devinons le mensonge, mais nous ignorons la vérité.

La voici.

La voici, autant du moins que peut la connaître un homme qui, simple soldat et sac au dos, a vécu, en Afrique et en Indo-Chine, la vie, violente et imprévue, du légionnaire, et qui, par un hasard heureux, promu officier sur les champs de bataille asiatiques, a, sans changer de régiment non plus que de compagnie, commandé aux hommes, de qui, la veille, il était le camarade, et de qui il conserva. à travers les années, les aventures et les grades, le dévouement sans phrases et l'affection bourrue.

•••

Le légionnaire vient d'un peu partout: et si le règlement ordonne qu'on lui demande, à l'arrivée, sa nationalité,on n'exige pas que la réponse soit véridique on ne lui demande aucuns actes civils, certificats ou papiers quelconques; on ne lui réclame que sa signature sur sa feuille d'engagement, une bonne santé, et une robuste constitution.

Par ailleurs la vie commune à la caserne, le dur frottement de l'existence en campagne aux colonies, permettent, grâce à d'inévitables indiscrétions, à quelques abandons irréfléchis, et à l'observation des tics ethniques,de pronostiquer, plus ou moins exactement, l'origine des légionnaires. Les statistiques de Bel-Abbès et de Saïda, les deux portions centrales des deux régiments, ne sont ni plus vraies ni plus fausses que les statistiques du reste de l'univers. Voici ce qu'elles disent

Depuis une trentaine d'années, l'effectif total du corps comprend 45 % d'Alsaciens-Lorrains, 12 % d'Allemands, 8 % de Suisses, 7 % de Belges, 5 % de Français, d'Espagnols et d'Italiens, 4% d'Austro-Hongrois et de Hollandais (qui ont aussi une Légion étrangère, casernée aux viles de la Sonde), quelques Anglais et quelques Asiatiques mineurs. Cette statistique explique, à elle seule, les colères allemandes. C'est peu, en effet, que 1,200 hommes, plus ou moins déserteurs ou insoumis, sur 60 millions de Germains, servent à la Légion. Mais que les Alsaciens-Lorrains réfractaires y dépassent le chiffre de 5,000, voilà qui paraît insupportable, non seulement parce que ce chiffre étonnant, que j'affirme hautement être plutôt inférieur à a réalité, indique l'amour entêté de l'Alsace-Lorraine pour la France, mais aussi, et peut-être surtout, parce qu'il manque combien le traitement des simples soldats dans les armées allemandes effraie les jeunes hommes, plus doux et civilisés, des bords du Rhin.

Et je vide tout de suite, pour n'y plus revenir, cette querelle scandaleuse. L'insoumis de langue allemande afflue à la Légion et il y affluera toujours, malgré la campagne actuelle, peut-être à cause d'elle. Car cet insoumis voit de ses yeux comment les recrues allemandes sont traitées dans les casernes de l'Empire, et il entend de ses oreilles comment nos légionnaires sont traités en Afrique et dans nos colonies. Il l'entend dire dans les nombreux Verein d'anciens légionnaires, qui existent dans les principales yilles de l'Allemagne, et avec lesquels j'ai entretenu de cordiaux rapports, au moment où j'ai créé à Nancy la première société française d'anciens légionnaires. Ces Verein savent la vérité, ils ne se gênent point pour la dire elle est tout à l'honneur de nos cadres d'officiers et de sous-officiers. Les chefs de l'armée allemande la connaissent aussi, et ils savent, quand l'occasion s'en présente, rendre aux galons et aux rubans français qui ornent des bras et des poitrines allemandes, l'hommage qui convient. Et.ce m'est un devoir de déclarer que j'ai entendu vitupérer contre la Légion étrangère et ses cadres par des journalistes allemands, par des parlementaires allemands, par des étudiants allemands et par des savants allemands. Par des officiers allemands, jamais.

Le légionnaire, qui est de toutes les patries, n'en a donc, quand il entre à la Légion, aucune. Lorsqu'il y a passé du temps, il reconnaît alors une patrie. Et ce n'est pas, si généreux qu'ait été son geste, la France. C'est la Légion elle-même, et, dans la Légion, le chef direct.

Le légionnaire n'a ni nom ni âge à la compagnie de dépôt, à Oran, où il débarque, il donne sur lui-même les renseignements qu'il veut, et il se compose ironiquement la personnalité qui lui plait, et qu'on lui consent volontiers, si elle ne jure pas essentiellement avec les signes extérieurs de son individu.

Quand je suis arrivé à Saïda, en 1886, j'ai donné à mon capitaine un nom patronymique qui m'appartenait bien, mais qui, désuet dans ma famille depuis plus de trois siècles, me cachait à merveille. Et les petits Alsaciens de seize ans se disent tout d'abord Helvètes et prétendent, en bombant le thorax, être majeurs.

Et j'ai vu, à Oran, le fourrier du dépôt s'impatienter devant une recrue qui disait s'appeler Muller « Voyons disait-il. Voilà le huitième Muller qu'on engage aujourd'hui ! Ça va faire du « cornard et on ne s'y reconnaîtra plus. Ça ne vous ferait rien, mon garçon, de vous appeler autrement ? » Et comme l'interpellé souriait sans rien dire, ce qui est la façon légionnaire de répondre aux questions oiseuses, le fourrier, incontinent, le baptisa d'un autre nom, que j'ai oublié.

Le légionnaire n'a point de passé. En se déracinant de son pays natal dans pour passer le Sud oranais, il est désormais, de ce passé, le seul confident. Il en devient le tombeau. Car le légionnaire, avant d'échouer, barque désemparée sur la mer humaine, dans ce port âpre qu'est la Légion, a tout connu, sauf une seule chose qu'il recherche et qu'il trouve l'oubli.

Déceptions d'ambition, manies d'inventeurs, excès de prodigues,désespoirs d'amour, ruines scandaleuses, dettes criardes, passions mortelles, folies d'aventures, ils ont tout connu, tout goûté, et, un jour, tout rejeté. Et leur individu leur fait horreur, et leur personnalité leur pèse, et ils ne veulent plus vivre. Ils se renient dans le passé et se renoncent dans l'avenir. Et ils entrent à la Légion, qui leur promet l'effacement certain et la mort probable. Rien, ni l'amitié, ni l'ivresse, ni même la mort, n'ouvrent des cœurs si hermétiquement clos et des lèvres si jalousement scellées. S'ils le veulent, et ils le veulent presque tous, ils' sont là, ignorés, perdus, confondus pour toujours dans la foula informe, où rien ne les atteint plus, pas même le souvenir, pas même le remords. Ils trouvent là, non pas une nouvelle vie, mais un recours contre leur vie ils y attendent de mourir, en tâchant de tromper, par l'action violente, la longueur des jours. Et, jusque dans la guerre, ils jouissent de la paix de l'âme éteinte. Dans ce cloître militaire, où ils ne sont plus que des matricules, le collectif anonyme étreint souverainement et couche, au cercueil de la discipline, ces morts volontaires, que protègent contre la vie extérieure, aussi bien que la croix monacale, les plis de l'étendard.

Et, tout de même, ce sont des hommes.
L'âge, même oublié, la vie, même honnie, leur ont fait des vertus et des vices qui ne sauraient disparaître, et que la règle légionnaire transforme. Cette règle, nette, claire, âpre, infiniment juste, et, en certains cas, singulièrement généreuse, plie les caractères en une même formule,et identifie extérieurement, dans l'obéissance aux chefs et l'indifférence de la mort, ces tempéraments si divers.

Ainsi, tous ces étrangers, étrangers à nous, étrangers entre eux, communient vite à un seul et même type, le type' légionnaire. Et ils sont tous pareils les uns aux autres, dans tout ce qui se voit, s'entend et se fait.

Tout pareils, sauf dans cette cellule intérieure, si profonde, si noire, si murée, que personne, pas même eux, n'y pénètre jamais plus.

Albert de Pouvourville.

LE GÉNÉRAL SAUSSIER

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. 07/08/1886.

 

RÉCITS MILITAIRES
LE GENERAL SAUSSIER

VIR EST
(Ciceron)

I


Nous voulons retracer la vie d'un véritable homme de guerre. Aucune pensée politique n'entrera dans ces lignes que nous n'aurions pas tracées, si la modestie du général Saussier n'avait organisé une sorte de silence autour de son nom.

Après les grandes manœuvres de notre armée les officiers étrangers qui y avaient assisté, portant des jugements sur nos généraux en chef, proclamaient Saussier le premier de tous. Ils lui donnaient donc, en cas de guerre, le commandement suprême de nos armées.

Cependant, cette vie si remplie n'a pas été écrite. Dans quelques biographies rares, incomplètes, il est présenté comme un homme politique, et comme un officier général ayant à son actif plus de trente campagnes, et des blessures sans nombre.

Les campagnes et les blessures sont vraies et font connaitre la bravoure du soldat. Ces renseignements sommaires ne suffisent pas pourtant, ni à l'armée française, ni aux armées étrangères, pour juger le généralissime, sa portée, son caractère, et, suivant l'expression de Napoléon Ier, son tirant d'eau. Car, dit il, dans ses Mémoires, tel général en a jusqu'à la cheville, tel autre jusqu'au genou, et quelques-uns par-dessus les épaules c'est le petit nombre.

Après avoir lu ces pages, on pourra mesurer le tirant d'eau du général Saussier, et peut-être pensera-t-on que les officiers étrangers,après nos grandes manœuvres, ont été clairvoyants.

II


Le général Félix-Gustave Saussier appartient à une vieille famille républicaine de la bourgeoisie champenoise. Il est né à Troyes en 1828. Enfant, sa vocation militaire se devinait facilement. Ses passe-temps favoris consistaient à écrire des combats héroïques, fabuleux, dont sa jeune imagination faisait des poèmes enfantins.

Après de bonnes études à Paris,Saussier fut admis à l'Ecole militaire de Saint-Cyr. Il y fut sous-officier et en sortit sous-lieutenant dans la Légion étrangère. Le nouvel officier avait choisi ce corps pour servir en Afrique et y demeurer longtemps.

Nous passerons sous silence quelques rencontres à l'épée qu'il eut à Saint-Cyr même, et surtout dans la Légion, dont les officiers, toujours dans les camps, ne mettaient pas volontiers la lame dans le fourreau. Ces rencontres étaient dans les goûts de Saussier qui fut en ce temps de jeunesse, le type d'un mousquetaire de Louis XIII, brave, loyal et généreux.

Voilà donc Saussier nommé sous-lieutenant en 1850 et partant en expédition. Bientôt il est rompu au métier, et comme il aime ce beau métier de la guerre, comme il en éprouve les sublimes émotions, le jeune homme se transforme vite en vieux soldat. Ses chefs le placent haut dans leur estime, ses camarades lui font une belle place, et ses soldats l'aiment en l'admirant.

Les combats n'empêchent pas l'étude, et Saussier entreprend des travaux topographiques pour la province de Constantine, travaux remarquables qui lui valent les félicitations officielles du ministre de la guerre.

Lieutenant en 1854, il part pour la Crimée. Au mois de janvier 1855, il est cité à l'ordre du jour du corps expéditionnaire pour avoir défendu victorieusement la tranchée qu'il commandait devant Sébastopol.

Le lieutenant Saussier est criblé de coups de baïonnette et le maréchal Canrobert, alors général en chef, lui remet lui-même, dans la tranchée, la croix de la Légion d'honneur. Saussierse se hâte de sortir de l'ambulance, et quelques mois après, le grade de capitaine le récompense d'un nouveau fait d'armes.

En quittant la Crimée, le capitaine Saussier retourne en Afrique. Ce fut en ce temps que, donnant carrière à son goût aventureux, il se livre avec passion à ces grandes chasses dont les récits ont fait battre tant de coeurs. Il prend part à l'expédition de la grande Kabylie et y reçoit une grave blessure à la jambe. Il a voulu repousser une charge des Arabes qui se précipitent sur un soldat blessé pour emporter une tête de plus, et le capitaine veut sauver son soldat, mais lui-même est entouré et ses hommes l'arrachent à l'ennemi. Voilà les charmes de la guerre.

En 1859, le capitaine Saussier, qui a versé son sang en Afrique et en Crimée, s'embarque pour l'Italie, comme il s'embarquera plus tard.pour le Mexique.

III


Tous nos officiers savent la part, glorieuse que prit là Légion étrangère à la campagne d'Italie elle y perdit son colonel, M. de Chabrière. A Magenta et à Solferino, la compagnie Saussier combattit vaillamment. D'Italie Saussier revient en Afrique. A peine avait-il dressé sa tente qu'il reçut l'ordre de se rendre au Mexique, toujours dans les rangs de la Légion. C'est au Mexique, si l'on peut ainsi dire, que Saussier laissa mesurer sa taille. Sans pouvoir citer tous ses faits d'armes nous en rappellerons quelques-uns.

Un poste avait été créé à Paso del Macho sur la route de la Soledad à la Cordova, pour en assurer la sécurité, car nos convois et nos détachements y étaient sans cesse attaqués. Saussier, qui commandait deux compagnies et quelques cavaliers dans ce poste, s'aperçut que les ennemis insaisissables qui battaient la campagne autour de lui se ravitaillaient à Cotosta, ville située à dix-huit lieues au sud, sur le Rio Blanco. Il prend le parti audacieux d'aller avec sa petite troupe attaquer les Mexicains dans leur poste. Il les en chasse quoiqu'ils fussent trois ou quatre fois supérieurs en nombre et s'établit à leur place. L'ennemi, en se répandant au dehors convoque tous les batteurs d'estrade de la contrée et revient en forces considérables bloquer les Français dont la situation devient très critique. Ces événements se passaient un mois après la glorieuse mais terrible affaire de Camerone où une compagnie de la Légion, aux ordres du capitaine Danjou, avait été assiégée dans une hacienda et s'était fait massacrer jusqu'au dernier homme plutôt que de se rendre. Deux colonnes furent envoyées de la Soledad et de la Cordova pour dégager nos soldats, mais avec un faible espoir d'arriver à temps pour les sauver. Saussier, qui ne se dissimule pas combien sa situation est difficile, use d'un stratagème. Cotosta est située sur la rive gauche du Rio Blanco; en face, de l'autre côté du fleuve, la route de la Soledad, point le plus voisin occupé par les Français, mais qui ne peut être atteinte qu'en traversant le fleuve soit en bateau, soit par deux gués situés à 500 mètres à droite et à gauche de la ville et fortement gardés par l'ennemi. En arrière de Cotosta est la route de Cordova. Le capitaine Saussier fait ostensiblement réparer quelques vieilles barques abandonnées par les Mexicains, construire des radeaux et il simule même, sous le feu de l'ennemi, un embarquement de sa troupe. Les rebelles quittent alors la ville, passent les gués avec précipitation et viennent se poster sur la route de Soledad pour empêcher le débarquement des Français. Ces derniers reprennent pendant ce temps la route de Cordova, par laquelle ils étaient venus et regagnent presque sans perte Paso del Macho, en avant duquel ils rencontrent une des colonnes de secours. Cet acte de témérité valut quinze jours d'arrêts de rigueur et le grade de chef de bataillon au brave capitaine Saussier.

A la fin du siège de Oajaca, ville dans laquelle un grand nombre de Mexicains se sont vigoureusement défendus pendant assez longtemps, Saussier commandait la tranchée. Le conseil de guerre fut réuni pour décider s'il y avait lieu, les travaux d'approche étant terminés, de tenter une attaque de vive force et de la diriger sur un bastion désigné sous le nom de bastion de la « lanterne », à cause d'une lanterne qui pendait au dehors de l'ouvrage et servait de signal à l'ennemi. Le conseil fut d'avis que la position était encore trop fortement occupée pour donner l'assaut, tandis que le commandant Saussier, major de tranchée, soutenait qu'il n'y avait plus personne dans le bastion de la lanterne, et qu'il fallait s'y jeter immédiatement. Ne pouvant faire prévaloir son opinion, Saussier sort sans bruit de la salle, pendant qu'on y discutait encore. Il va enjamber sa tranchée, se rend seul au bastion de la lanterne, qui heureusement pour lui était évacué selon ses prévisions, coupe avec son sabre la corde qui retenait le signal des Mexicains, s'en empare et revient avec son trophée qu'il dépose sur la table autour de laquelle le conseil délibérait, en disant « Voilà la preuve que le bastion est abandonné. »

La croix d’officier de la Légion d'honneur fut la juste récompense de cette action d'éclat.

Nommé lieutenant-colonel en 1867, peu après son retour du Mexique, Saussier quitta avec regret sa chère Légion. Mais les fatigues de ses campagnes et surtout les cinq années qu'il venait de passer dans les terres chaudes avaient profondément altéré sa santé, et l'air natal lui était devenu indispensable.

Il consacra les premiers loisirs de garnison qu'il ait eus en France, depuis sa sortie de Saint -Cyr, à l'étude des questions militaires qui, à cette époque, préoccupaient vivement tous les officiers clairvoyants. La guerre le trouva colonel du 41e d'infanterie depuis un an, et son régiment fit partie de l'armée de Metz. A Borny, le 14 août, le général en chef l'envoya secourir la gauche du 4e corps violemment attaqué au château de Colombey. Il soutint pendant quelques heures les efforts acharnés de l'ennemi qu'il finit par repousser.

A chacune des batailles qui furent livrées sous Metz, le colonel Saussier donna de nouvelles preuves de sang- froid, de coup d’œil et d'intrépidité. Mais la charge à la baïonnette exécutée par son régiment à Saint-Privat, qui arrêta de ce côté les progrès des Prussiens, lui valut particulièrement les honneurs d'une citation à l'ordre de l'armée.

Hélas Les prodiges de valeur accomplis par nos troupes à Metz ne devaient sauver ni la ville ni l'armée de la capitulation. Elle eut lieu le 28 octobre 1870, et ce jour-là plus d'un cœur français épargné dans les combats par le plomb ennemi reçut un coup mortel. Le colonel Saussier, ne pouvant croire à la réalité d'un pareil désastre, adressa au commandant de son corps d'armée, avec quarante-deux de ses officiers, la protestation indignée que voici.

Quealea,. 28 octobre 1870;

Au Maréchal Leboeuf, commandant.le 3e corps d'armée, à Saint-Julien,

Les officiers soussignés du 41e régiment de ligne, quoique n'ayant pas encore reçu la communication officielle d'une capitulation sans conditions, croient néanmoins devoir considérer comme vrai cet immense désastre. Ils se font un devoir de protester de la façon la plus solennelle contre la reddition entière d'une armée, qui n'a pas encore été battue par l'ennemi. Ils vous prient de vouloir bien être assuré de leur concours, et si vous voulez bien faire un appel à leur dévouement par un acte énergique, ils se déclarent tous prêts à combattre.

Suivent les signatures du colonel Saussier et des officiers de son régiment.

Cet appel aux armes ne fut pas entendu, et la captivité commença aussitôt pour l'armée. Le groupe dont faisaient partie les officiers du 41e fut conduit sous escorte à Cologne.

IV


La loi militaire veut que l'officier prisonnier partage le sort du soldat. Cependant, un très petit nombre prit l'engagement, pour rester en France, de ne pas porter les armes contre la Prusse, pendant la durée de la guerre. La plupart des officiers transportés en Allemagne furent internés dans les villes,après avoir accepté la condition de ne pas s'évader, et cela, sur l'honneur. On donnait à cet acte très sérieux le nom de signer le revers.

Colonel d'un régiment, animé de l'esprit militaire le plus pur et le plus ardent, Saussier ne voulut jouir d'aucune faveur, tandis que ses soldats seraient enfermés et maltraités. Il refusa de signer le revers et déclara hautement qu'il chercherait à s'évader, pour accourir à la défense de la patrie. C'était plus beau qu'on ne pense, car de fort braves gens et des gens fort braves se laissaient entraîner par l'exemple, d'être prisonniers sur parole. On avait déjà tant souffert sous Metz !

Le colonel Saussier déclara donc que sa résolution inébranlable était de saisir tous les moyens légitimes d'échapper aux mains de l'ennemi. Vainement, le général allemand commandant à Cologne employa-t-il les moyens de la plus bienveillante persuasion, pour convaincre le colonel que son projet était un acte de désespoir, et que les conséquences en pouvaient être terribles.

Les officiers du 41e, le lieutenant-colonel en tête, supplièrent le colonel Saussier de rester avec eux.

« Puisque je ne puis être à votre tête pour combattre, leur dit-il, je serai avec le soldat pour souffrir. »

Un certain nombre de ses officiers déchirèrent leur engagement et suivirent l'exemple de leur chef.

Conduit d'abord à la prison militaire de Cologne, en attendant les ordres supérieurs, il ne tarda pas, entouré de baïonnettes et de fusils chargés, à être envoyé à l'extrémité de la Prusse, le plus loin possible de la France, à Grandenez sur la Vistule; il y fut emprisonné en casemate, n'ayant qu'une heure par jour pour respirer l'air extérieur, sous l'oeil des factionnaires prêts à faire feu.

Le colonel Saussier subit pendant un mois et demi cette pénible captivité, ne cessant de songer au moyen de s'évader, moins pour se soustraire à un traitement si rigoureux, que pour retourner au secours de la patrie. La légende raconte qu'une âme poétique et compatissante, émue des souffrances du prisonnier et enthousiasmée par les récits que les soldats français, internés à Grandenez, faisaient sur ce valeureux ennemi, parvint jusqu'à lui avec un anneau magique, qui devait le rendre invisible à ses geôliers. Les circonstances extraordinaires et dramatiques de cette évasion ont accrédité cette croyance à Grandenez. Quoi qu'il en soit, pendant une de ses promenades quotidiennes, le colonel disparaît aux yeux des factionnaires qui le croient rentré dans sa casemate, comme il lui arrivait parfois de le faire à dessein.

Le sergent surveillant ayant aperçu une forme humaine dans le lit du colonel qui, pour la circonstance, s'était fait représenter par son traversin, referme la porte du cachot. Le colonel s'était blotti dans un monceau de neige amassée dans le préau.

Après quelques heures passées à attendre l'obscurité de la nuit, il monte chez un officier français qui jouissait dans le fort d'une liberté plus grande. Le colonel y retrouve son ordonnance, brave Alsacien du nom de Koenig, déjà prêt pour le départ, qui coupe la barbe de son colonel et l'aide à se déguiser, tous deux se chargeant, l'officier de rouleaux de papier et de règles, l'ordonnance d'instruments d'arpenteur, car on faisait à ce moment des travaux d'arpentage dans la forteresse, et les deux prisonniers s'engagent vers la porte de sortie. Il faut franchir trois poternes. A chacune, le factionnaire qui en a la garde interpelle les deux Français, mais Koenig, que son idiome natal rend précieux en cette circonstance, répond chaque fois qu'ils sont les arpenteurs et vont chercher des provisions au dehors. Ils sont enfin sur la route. La nuit est sombre. Le colonel, qui possède une petite carte, s'assure de la direction, à la lueur d'une allumette et recommence cette opération à chaque carrefour.

Malgré la neige et les obstacles de tous genres, un hasard providentiel a permis qu'il ne commette aucune erreur et à la pointe du jour, les prisonniers se retrouvent sur la bonne route, ayant déjà fait six lieues; il en reste encore quatre pour atteindre la frontière russe. Les blessures du colonel le font cruellement souffrir et il ne peut bientôt plus marcher. Saussier paie d'audace et va s'adresser au bourgmestre d'un village pour lui demander une voiture. Les fugitifs se disent marchands de chevaux hongrois en tournée d'achats.

Le bourgmestre procure la voiture sans objection à la vue de l'or. Le colonel avec son fidèle Koenig, arrive à la frontière russe. Les douaniers prussiens, en voyant la joie de ces deux voyageurs à fouler la terre hospitalière delà Russie, veulent les arrêter, mais ils sont repoussés par ceux-ci.

Le colonel est dénoncé aux autorités russes par les douaniers. Or un traité d'extradition pour les déserteurs et les évadés existe entre la Prusse et la Russie.

Le général baron de Vrangel, qui commandait la première ville russe à la frontière, était dans l'obligation de demander des instructions à Saint-Pétersbourg. Ce serait mal connaître l'esprit chevaleresque et la noblesse de caractère des officiers russes que de douter de la sympathie que dut éprouver pour les fugitifs le général baron de Vrangel, Tout en se conformant à ses ordres, il dut certainement faire des vœux pour que les Français n'eussent point à subir un nouvel internement, ou même à être passés par les armes en Allemagne,s'ils étaient repris.

Pendant les vingt-quatre heures que les ordres mirent à revenir de Saint-Pétersbourg, le colonel et Koenig trouvèrent le moyen de gagner Varsovie, où M. le baron Finot, consul de France, leur faisait le plus cordial accueil et leur procurait le moyen de se rendre en France, après avoir traversé encore, et non sans de nouvelles péripéties, l'Autriche et l'Italie.

Le colonel Saussier, devenu gouverneur de Paris, n'a certainement pas oublié les procédés généreux du général russe qui, loin de le traiter en prisonnier, le reçut sous son toit.

Le vaillant fugitif de Grandenez réserve un accueil particulier aux officiers de la nation russe qu'il a en haute estime.

v


Le premier acte du colonel Saussier en touchant le sol de la patrie fut de se mettre à la disposition du gouvernement de la Défense nationale. Modeste, comme toujours, il laissa ignorer à Gambetta tout son passé, et celui-ci ne vit dans le nouveau venu qu'un colonel de l'Empire.

Si Gambetta avait su que ce colonel était un républicain de vieille date, un homme de guerre de grande valeur, Saussier eût  eu un corps d'armée et peut-être compterions-nous une victoire. Nommé général de brigade, il servit dans l'armée de la Loire avec sa distinction habituelle et y dirigea ensuite une division jusqu'à la fin de la guerre.

Après l'armistice, il fut envoyé en Algérie, où une insurrection formidable venait d'éclater.

Pendant que le général Lallemand opérait dans la grande Kabylie, le général Saussier commandait dans la Kabylie orientale une colonne qui était peu nombreuse,et seule, pour faire face aux attaques simultanées d'une population guerrière, dans un pays très difficile.

Du 2 avril au 25 octobre 1871, quarante cinq combats furent livrés, tous à l'honneur de nos armes. Parmi ceux-là une vingtaine furent assez meurtriers et avec des contingents de dix mille Kabyles.

L'expédition terminée, le général fut nommé au commandement de la subdivision d'Alger où il reçut, en 1872, la croix de commandeur, récompense qui avait été refusée par lui en faveur de vieux colonels sous ses ordres.

Au mois d'octobre 1873, ses compatriotes, les électeurs du département de l'Aube, ayant à nommer un député, choisirent le général Saussier qui accepta cette candidature en faisant une profession de foi dans laquelle il déclarait qu'il était persuadé que la consécration immédiate et définitive des institutions républicaines est « une voie de salut pour le pays ». Le général quitta l'Algérie pour venir siéger sur les bancs du centre gauche.

Patriote ardent, républicain comme Washington,le général Saussier est en outre un remarquable orateur, à la parole ferme et chaude, aux pensées élevées.

Son premier discours fut motivé par la discussion de 1874 sur la loi d'organisation du service religieux dans l'armée de terre. Le député de l'Aube combattit la proposition. Son discours fut remarquable, autant par l'élévation de la forme que par celle de la pensée. « La place du prêtre est sur le champ de bataille, à côté du soldat mourant et à l'hôpital, au chevet du blessé; là, son ministère est noble et utile et prend quelque chose d'un acte de dévouement; il s'amoindrit dans la caserne. » Cela est vrai.

D'autres discours, particulièrement celui qu'il prononça sur l'organisation générale de l'armée, le mirent au nombre des orateurs militaires les plus écoutés.

Aidé par la sympathie qu'il inspirait personnellement à ses collègues, il réussit assez souvent, dans les questions militaires, à rallier des suffrages opposés.

La loi sur: les incompatibilités ayant mis fin au mandat qu'il avait reçu des électeurs de l'Aube, le général fut envoyé à Marseille où il se retrouva avec son ancien chef d'Afrique,le général Lallemand.

Le 6 juillet 1878, il était nommé général de division, et, plus tard, commandant du 19e corps d'armée. Les promptes et heureuses dispositions dont il s'assura lui permirent de réprimer promptement le mouvement insurrectionnel qui éclata dans les montagnes de l'Aurès, en juillet 1879. Passé ensuite au commandement du 6e corps, il l'exerça à des grandes manœuvres qui furent très remarquées et dont la presse étrangère, spécialement, s'occupa beaucoup en faisant le plus grand éloge du général. Il se trouvait à Châions au moment de la première expédition de Kroumirie et des événements malheureux qui survinrent dans la province d'Oran.

C'est en présence de cette situation difficile, créée par le soulèvement de toutes les populations islamiques qui se trouvent au contact de notre domination, du Maroc à la Tripolitaine, que le général Saussier fut envoyé de nouveau à Alger avec les pouvoirs les plus étendus. Il prit immédiatement l'offensive en lançant ses colonnes en pointes hardies sur une étendue de 250 lieues, ce qui paralysa les rebelles en empêchant des agglomérations redoutables pour notre domination, si elles s'étaient portées sur un même point. II trouva d'énergiques lieutenants qui le secondèrent habilement dans ses projets le général Délebecque à qui il confia, là conduite des opérations dans, la province d'Oran, Loysel qui commandait la division d'Alger et envoyait une colonne jusqu'à El Goléah.

Enfin, des divisionnaires tels que Forgemol, Logerot et Japy, tous devenus commandants de corps d'armée; ils ont pacifié en deux mois toute la Tunisie. Le général en chef Saussier avait donné son impulsion propre, en marchant alternativement avec les colonnes qu'il faisait mouvoir, dans le sud oranais comme dans le sud de la Tunisie, et son plus beau titre de gloire est d'avoir, dans cette immense expédition, épargné presque complètement le sang français, grâce à ses dispositions tactiques. Le général avait reçu la plaque de grand-officier de la Légion d'honneur en 1881, et, l'année suivante, la médaille militaire.

VI


Le général Saussier est maintenant gouverneur de Paris. Si nous ne voulions à tout prix éviter les questions politiques, peut-être pourrions-nous- exprimer du regret de n'avoir pas encore vu le général au ministère de la guerre. Organisateur habile, habitué à résoudre les questions administratives, animé de l'esprit militaire le plus élevé, le général Saussier, par sa dignité, aurait réveillé les traditions de Gouvion- Saint-Cyr et de Soult.

Sa vie presque entière s'est passée en campagne de guerres, il n'a pas eu le temps de se marier et conserve, dans sa haute position, la simplicité du sous-lieutenant d'autrefois. Dans le bel hôtel du gouvernement de Paris, le général Saussier n'occupe personnellement que deux chambres meublées comme des tentes.

Depuis la première jeunesse il a toujours été prêt à partir,après avoir bouclé son sac de soldat. Gouverneur de Paris, il est encore prêt, si la France a besoin de son épée. Quoi qu'en aient dit les sots, le général Saussier est toujours le vigoureux et intrépide chasseur qui, faute de lions, se contente de lièvres et de perdreaux; il faut le voir au temps de la chasse, se rendant à la gare dans un modeste fiacre, son domestique conduisant le chien d'arrêt.

Le général Saussier est grand, taillé en homme de guerre, la physionomie. grave et bienveillante en même temps, la tenue très digne et le regard profond et pénétrant. Il est populaire, tout en fuyant la popularité. Le cérémonial auquel le condamne sa haute position semble froisser ses sentiments intimes. S'il a le courage brillant des Canrobert et des Mac-Mahon, il a aussi l'esprit studieux des généraux Desaix et Drouot et leur modestie.

Peu d'hommes ont autant que le général Saussier éveillé dans les cœurs de vigoureux attachements; très aimé du soldat parce qu'il l'aimait, le gouverneur de Paris est entouré d'officiers qui l'adorent. L'expression n'est pas outrée, employée pour exprimer le sentiment que fait naître le parfum de la poudre en présence de la mort. Ceci est un témoignage de l'influence d'un grand et beau caractère sur des natures élevées.

Dans le service, le général Saussier va droit au but. La justesse de son esprit lui fait deviner la solution et il l'adopte sans commentaires inutiles. Une foule de demandes et de pétitions lui sont adressées, un grand nombre arrivent apostillées par des personnages influents le gouverneur s'attache d'abord à ce qui n'est pas apostillé. C'est qu'il aime les petits, les faibles et les abandonnés; il se fait le protecteur de ceux qui sont sans protections.

Grands cordons, plaques et décorations couvriraient sa poitrine s'il voulait mettre toutes voiles dehors mais le gouverneur ne porte que la Légion d'honneur et la médaille militaire.

Ce portrait devient trop grand pour le cadre, nous aurions cependant à compléter les traits de cette figure. Notre galerie militaire est riche, si nous jetons les yeux sur le passé. Mais c'est le présent qui attire nos regards.

Nous voulions prouver, non que nos armes sont bien trempées, mais que nos cœurs sont purs.

Le général Saussier est la plus haute personnification de l'armée active, il représente notre vieil honneur militaire.

Ni la société française ni l'étranger ne douteront de nous tant que le général Saussier sera debout à notre tête.


Général Ambert.

Carnet d'un torpilleur - 1

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. 08/11/1884.

Carnet d'un torpilleur - 2

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. 15/11/1884.

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Carnet d'un torpilleur - 3

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. 22/11/1884.

Carnet d'un torpilleur - 4

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. 29/11/1884.

Carnet d'un torpilleur - 5

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. 06/12/1884.

Carnet d'un torpilleur - 6

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. 13/12/1884.

Carnet d'un torpilleur - 7

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche. 27/12/1884.

Bernard Bouchard expose aux Essar(t)s

Actualités

Publié le 01/01/2017

Bernard Bouchard finalise sa prochaine exposition aux Essar(t)s.

Bernard Bouchard finalise sa prochaine exposition aux Essar(t)s.

 

Bernard Bouchard, lors de ses études primaires à Bram, se plaisait à développer les bobines des clients ou les reportages de son père Jean, photographe, les mercredi et dimanche. En 1962, il apprend l'allemand à l'institut Goethe, à Cologne, et suit les cours de l'école SHFP, de renommée mondiale, dont il est le seul élève français. Il sortira premier de sa promotion.

Avec un copain luxembourgeois, fils du photographe du grand-duc (le plus haut magistrat du duché), il assistera à un concert des Beatles et ils s'essaieront ensemble à la photo d'artiste. À Carcassonne, il photographie Jacques Brel. «Une rencontre inoubliable, c'était un grand monsieur très simple, humaniste, passionné d'objectifs, qui se prêtera au jeu des photos tout en chantant «Luxembourg» ou «Les Bonbons». Un souvenir inoubliable», se rappelle Bernard.

Photographe officiel d'Houphouët-Boigny

Durant son service militaire, en coopération en Afrique, il est cameraman pour une société ivoirienne de cinéma. Le service terminé, il participe à l'installation du premier laboratoire industriel de photos couleurs du continent africain. L'année suivante, il est le photographe officiel du président Félix Houphouët-Boigny et côtoiera les grands chefs d'État : Georges Pompidou, Léopold Sédar Senghor, Bokassa.

En 1977, il s'installe à Castelnaudary, et Andrée, son épouse, gère le magasin de Bram. Bernard photographie les événements régionaux et les remises de képis de la Légion étrangère, partageant beaucoup avec cette institution. Il recevra les galons de légionnaire honoraire 1re classe des mains du général Grail, commandant la Légion à cette époque.

La carrière de Bernard compte aussi beaucoup d'engagements : chambre de commerce, Ucac, (Union des commerçants chauriens), l'organisation d'expositions des images qui racontent mieux qu'avec des mots le grand talent de ce passionné.

On pourra admirer ses œuvres, lors de l'exposition installée aux Essar (t) s, à partir du 21 janvier.

La Dépêche du Midi


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