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LA REVUE DE SAMEDI

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Le Messager de l'Ouest. Journal de l'arrondissement de Sidi-Bel-Abbès. 011095

 

Samedi à 4 heures de l'après-midi, le 1er Étranger, en tenue de campagne, quittait ses casernes et venait musique et drapeau en tète se ranger sur le plateau dit Village Nègre. nu

Les troupes formant le carré étaient placées dans l'ordre suivant : 1re face, le détachement du Tonkin partant le 6 courant, 2e face, 20e et 19e compagnies; 3e face, 18e et 17e compagnies; 4e face, 15e et 13e compagnies.

Pour celle revue le Dépôt avait versé ses hommes instruits dans les autres compagnies.


Cette formation était à peine prise que M. de Villebois-de-Mareuil paraissait sur le terrain.

Aussitôt la musique joue la marche du régiment et le colonel monté sur un superbe cheval, passe au petit trot devant le front des troupes qui sont au port-d'armes.

La revue terminée, les troupes sont massées en colonne double sur trois côtés, tandis que les parlants remontant le terrain viennent se placer au centre de cette formation.

Le colonel s'est alors avancé et a fait ses adieux aux tonkinois, dans ces termes :

Vous avez raison de vouloir agrandir le cercle de votre horizon du monde, raison de vous précipiter aux terres de rêve, vouées aux impérissables magnificences des ivresses ininterrompues du soleil, où le sol ne mesure plus son effort, la végétation sa sève, la vie sa fécondité créatrice. Les yeux habitués à des cieux plus rudes,contemplent, dans un saisissement, d'extase, ces plages enchanteresses, où le nappe d'azur diamantée de rayons se fond avec cette autre mer de verdure frissonnante,aux palmes étagées, aux feuilles invraisemblables aux lianes débordantes, et ils comparent étonnés l'éblouissante vision à celle bien pâle du pays de là-bas qu'ils gardent en leur profondeur de souvenir.

Dieu, cependant, a fait à chacun sa part.

Il a voulu que, sous les climats de fer, se trempassent, les énergies victorieuses, que la force d'activité fut en rapport avec la lutte pour la vie, que la marche ascendante de la civilisation se fit sous la morsure de la nécessité, et alors, en ces hommes des races de conquêtes, des races d'En avant, ces innombrables populations adonnées à la joie de vivre, dans l'éternel été de leur flore privilégiée, ont reconnu des maîtres; l'Occident, a mis la main sur l'Orient. Ce n'est, pas le triomphe violent d'une force sur une faiblesse — les actes de simple force n'ont pas de longs prolongements d'avenir, — c'est, sous la pression des intérêts d'expansion, la diffusion de lumières d'une humanité incomplètement développée.

Je vous conjure donc de ne pas oublier votre rôle de civilisateurs, de vous rappeler qu'étant les forts vous devez être bons, de vous convaincre que la justice et le respect du droit sont par excellence l'apanage de l'être d'élite, et qu'il vous est interdit de les violer, sous peine de porter atteinte à la civilisation même dont vous êtes les missionnaires. Songez encore que plus haut l'on est, en spectacle à d'autres êtres, moins on peut faillir, et qu'aux représentants de l'idée resplendissante du progrès humain, il n'est pas permis de déchoir.

Et lorsque, aux lointains de cet Extrême-Orient, vous aurez accompli votre œuvre de soldats et de civilisés, que vous aurez dépensé votre grandeur morale, fatigué votre énergie physique, vous tournerez vos regards avec bonheur vers cette belle Algérie que vous allez quitter et dont, l'attirance reste invincible au cœur qui a subi son charme. Elle vous tiendra toujours ses hospitalières promesses. Terre de rêve aussi elle, d'un rêve moins éblouissant peut être, mais si doucement captivant, avec sa brise de Méditerranée tempérant les ardeurs sahariennes, ses cultures luxuriantes, le resplendissement de son firmament d'Orient; terre d'incomparable poésie jusqu'en son désert, terre de liberté et aussi de cordialité ! Quand on la blasphème, elle n'a qu'à s'offrir, comme Phryné, dans la beauté de sa forme, à ses accusateurs, pour les atteler au char de sa fortune.

A votre retour, vous retrouverez son climat reposant, son abondance, et les mains tendues de ceux de votre race dont, vous aurez regretté plus d'une fois la bienfaisante étreinte. Je vous souhaite ce retour à tous, et vous enveloppe tous également dans une paternelle pensée d'affection.

Dans ces adieux où l'éloquence le disputait au plus pur patriotisme, le Chef du régiment, emporté peut-être par la vision des gloires futures de notre armée, s'est élevé à des hauteurs où rarement nos officiers viennent chercher le sujet des ordres du jour aux troupes placées sous leur commandement.

Un chef qui comprend de telle façon le devoir militaire, peut tout demander de ses hommes et tenter avec eux l'impossible.

Un défilé a terminé celle revue pendant laquelle huit hommes indisposés par la chaleur ont dû quitter les rangs. Sept étaient de la 20e compagnies ce fait n'a rien d'étonnant cette compagnie ayant mis sac au dos une bonne heure avant les autres ce pour aller chercher le drapeau.


Prévenu aussitôt, M. le Médecin-Major du régiment leur a donné les soins que ces indispositions toutes légères demandaient et bientôt la moitié reprenaient leurs places dans les rangs tandis que les autres dirigés sur l'infirmerie y étaient l'objet de soins particuliers.


Traduction

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