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Légionnaire toujours...

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COMLE

Éditorial...

                   Lettre...

                                 Dossier de presse...


Dossier de presse Camerone 2022


Madame Claire Legras, DAJ du MINARM, nommée légionnaire de 1ère classe d’honneur.

Madame Claire Legras, directrice des affaires juridiques du Ministère des Armées, a reçu la distinction de "Légionnaire de 1ère classe d’honneur" des mains du général Alain Lardet, commandant la Légion étrangère. La cérémonie s'est déroulée à la résidence du CEMA, à l'Ecole Militaire (Paris).

La nouvelle "légionnaire de 1cl d'honneur" a été affectée au 4ème régiment étranger, représenté par son chef de corps.

L’honneur que me réserve la Légion étrangère me touche au plus profond ainsi que celui que vous me faites, Monsieur le chef d’état-major des armées, de recevoir à cette occasion mes amis de la Légion, d’autres qui la connaissent et qui l’aiment, ainsi que ma famille.

Je n’ai pas comme François Sureau sué à Arta, ni comme Sylvain Tesson sauté de liane en liane dans la jungle guyanaise avec le 3e REI, ni même comme Antoine Gosset-Grainville testé des émotions nouvelles au 2e REP : le syndrome d’imposture est donc puissant !

Pour moi la Légion a commencé par une injonction, celle du général Bosser m’accueillant au ministère : « avant toute chose, il faut que tu ailles à la Légion » ; il savait que j’y trouverai un beau bouquet de problèmes juridiques, et je n’ai pas été déçue, mais aussi le sens de l’engagement militaire et des rencontres qui me donneraient à penser. Une injonction donc, avant de devenir un rêve et, grâce à vous, une patrie.

Le droit n’est pas si aride quand il n’est pas pur jus de cerveau et qu’il permet d’agir ; cette chance m’a été donnée et je l’ai vue comme telle, qu’il se soit agi de créer un fichier de souveraineté pour le recrutement des légionnaires qui soit fermé aux regards et immunisé de tout oukase européen, de les doter par la loi d’un droit dérogatoire et généreux au séjour, dans le respect de la double contrainte supra-constitutionnelle des cinq ans de vie au quartier et de l’imperium du commandement, d’entrer en pourparlers avec pôle emploi ou l’administration fiscale américaine, de défendre au nom de l’ontologie de la Légion et contre toutes les règles l’autonomie de son centre d’archives.

Autant d’occasions de rencontrer le ComLe et ses hommes, d’échanges inoubliables, de la ferme de Raissac à Aubagne. Et la tâche ne sera jamais finie, celle de protéger la Légion contre les atteintes que pourrait lui porter la grande main du droit commun qui, sous l’aiguillon bruxellois et sous le pavillon d’une vertu bien mal placée, menace durablement la singularité militaire. Si la Légion parvient à créer une troupe homogène avec des gens de toutes origines, c’est, j’en suis convaincue, parce qu’elle refuse la monochromie et la linéarité, les clivages simplistes entre l’héritage et le progrès, et qu’elle cherche à enraciner la prouesse dans le quotidien, à brouiller la frontière entre la norme et l’exception. Il faut donc qu’elle vive juridiquement à l’abri d’une forteresse de bronze, car l’époque est friande de lits de Procuste… Le droit se dévoie quand il en est l’instrument ; mais que de combats restent à livrer pour lutter contre cette dérive !

Dans sa simplicité, j’aime ce poème de 1914 sur le volontaire étranger qui, cent ans plus tard, fonctionne toujours bien, en tout cas il parlera à mes enfants

Le monde entier disait : la France est en danger

Les barbares demain, camperont dans ses plaines

Alors, cet homme que nous nommions "l'étranger"

Issus des monts latins ou des rives hellènes

Ou des bords d'outre-mers, s'étant pris à songer

Au sort qui menaçait les libertés humaines

Vint à nous, et s'offrant d'un cœur libre et léger

Dans nos rangs s'élança sur les hordes germaines.

Mais c’est à un autre poète qui n’a rien à voir avec la Légion que j’ai pensé en recherchant comment vous dire ce qu’elle représente désormais pour moi. Un poète grec – beaucoup d’entre vous savent que ce pays m’est cher entre tous. Le ComLe, lors de ma visite à Castelnaudary, a d’ailleurs eu la délicatesse de me dénicher un légionnaire grec de catalogue, tant par l’enveloppe extérieure que par le fond : et pourtant c’est une denrée rare !

La même nécessité qui nous conduit à vivre et à mourir, à rechercher, à comprendre et à aimer, la même nécessité nous amène, c’est un article de mon credo, à tourner notre regard vers cette première aurore aux doigts de rose, vers la Grèce, demeure des dieux – et désormais partenaire stratégique majeur de la France ! Comme la tragédie ukrainienne tend à remettre en selle le sultan turc, c’est un partenariat vivant !

J’en reviens à mon poète. Il s’agit d’Odysseas Elytis. Elytis est notamment l’auteur d’un poème qui est une espèce de monument national. Son titre, Axion Esti, inspiré par les premières paroles d’un hymne orthodoxe à la Vierge Marie, signifie littéralement “ceci est digne d’être loué”. Il y déploie les facettes d'un pays prestigieux, depuis l'esprit antique et les fastes byzantins jusqu'à l'expérience de la guerre mondiale, de l'occupation, de la guerre civile et recueille l'essence temporelle et intemporelle de la Grèce, incarnée dans le présent et tout entière portée par les sédiments de l'ancienne. Tout ce limon antique définit une patrie charnelle, unie par sa langue et son goût de la liberté, une patrie que tout âme peut faire sienne.

La Légion est ce bloc de granit post-napoléonien, ce poème épique qui plonge ses racines loin dans notre histoire et incarne aujourd’hui une promesse universelle : celle de la constitution d’une nouvelle patrie par l’apprentissage de la langue, par l’action de sous-officiers et d’officiers qui, tel des aèdes antiques, transmettent ce qu’ils ont reçu. Une patrie où la défense des traditions est au service d’un temps suspendu, d’un éternel présent où l’homme ne vaut que pour ce qu’il est maintenant, où il peut s’oublier, grandir, et se choisir un destin. Une patrie d’où émane une force mystérieuse, celle qui a poussé des hommes à partir pour une vie qu’ils devinent exigeante, dans un milieu inconnu dont ils ne maîtrisent pas la langue. Une patrie qui respecte le sanctuaire de la conscience, qui libère d’un passé encombrant ou non désirable, mais en vous faisant héritier de sa mémoire, de ses deuils et de ses gloires, d’un récit qui permet de sortir de soi et de devenir quelqu’un.

Bref, on explore avec la Légion ce qui fait la spécificité et l’universalité de la France. La Légion est au cœur de ce qui est digne d’être loué dans notre pays.

La Légion donne beaucoup au soldat qui la rejoint et lui demande beaucoup en retour, jusqu’à la perspective du sacrifice suprême, qui est une réalité dans cette force combattante, au cœur de la vocation expéditionnaire qui demeure celle de l’armée française. La Légion ne s’explique que si l’on est convaincu que la fidélité du légionnaire n’est ni soumission ni compromission, mais découle d’une profonde confiance et d’un acte de liberté.

Et de ce fait le légionnaire me ramène à Saint-Paul et à sa lettre à Philémon, qui nous rappelle que le christianisme est une religion de liberté et nous aide à comprendre ce qu’est celle-ci.

Paul, lui-même en prison, reçoit la visite d'Onésime, esclave en fuite de son ami

Philémon, qu’il accueille comme la Légion accueille les fuyards ; après quelque temps, où Onésime est devenu chrétien, Paul le renvoie à son maître, avec une courte lettre, qui lui demande de l’affranchir. Paul ne se lance pas dans un sermon pour expliquer que l'esclavage est une abomination, évidemment incompatible avec la vie chrétienne. Il se contente de quelques mots nettement plus révolutionnaires: « Tu avais un esclave, et je te renvoie un frère ».

Cet épisode de l’esclave devenu frère pourrait parler lui-même de la Légion. Mais je vois un lien plus profond entre cette épître et les képis blancs. En refusant de forcer la conscience de Philémon, Paul souligne que la vie chrétienne n'est pas une affaire d'obéissance, mais d'amour libre du bien. Ce n'est pas du tout la même chose, c'est nettement plus exigeant.

La Légion, avec sa discipline stricte et efficace, qui donne mauvaise conscience à tous les parents, est une allégorie de la liberté telle que Saint Paul nous la propose : résister à la tentation normative qui menace toujours le cœur de l'homme, aujourd'hui au moins autant qu'hier ; car si notre société a voulu se libérer des injonctions morales religieuses, elle les a bien souvent remplacées par d'autres commandements tout aussi impérieux et par une inquiétude qui est l’ennemie de la liberté intérieure.

Je crois que la Légion est une sacrée école pour comprendre que la liberté authentique et profonde n'a pas grand-chose à voir avec la simple absence de contraintes extérieures. Le régime y est rigoureux mais la Légion est le refuge de la liberté : car elle se situe au-delà des réquisitions morales dans une époque qui n’admet plus ni l’oubli ni le pardon ; elle place la fidélité et la fraternité au cœur de la liberté.

Merci au père Légion d’avoir planté cet aiguillon au cœur de ma vie.

Pour finir, je voudrais évoquer le souvenir d’un grand oncle qui m’était très cher et qui est mon seul lien familial avec la Légion. Le général Jacques Bourdis, mort en 2007, compagnon de la Libération, est un de ces Français libres que leur affectation à la 13e DBLE a fait participer à toutes les campagnes de cette unité jusqu’à la fin du conflit à la frontière franco-italienne. Il s’est notamment illustré à Bir Hakeim à la tête de sa section de chenillettes, puis à El-Himeimat, préliminaire de l’offensive britannique à El Alamein, et a été blessé à plusieurs reprises. Après la guerre, il a servi en Allemagne aux côtés du général Koenig, puis en Indochine, en Algérie, avant de s’occuper comme notre CEMA de communication (à l’époque on disait information) et d’être chef du cabinet militaire du Premier ministre comme Benoît Durieux.

Entretemps, il avait été attaché de défense en Grèce et l’aimait autant que moi.

De la Légion, il était passé aux unités alpines, en cohérence avec notre ancrage familial. Pierre Messmer, dont il était très proche, a souligné que son caractère de montagnard le marquait et salué en lui un « Compagnon de la Libération d’un courage fier et joyeux ».

Longue et belle vie à la Légion qui incarne si bien ces vertus !

 

Madame Claire Legras,

directrice des affaires juridiques du Ministère des Armées

Légionnaire de 1ère classe d’honneur


Deux capitaines du devoir

Un siècle sépare ces deux officiers de Légion. De la naissance, 1828 pour l’un, 1929 pour l’autre, de leur entrée à Saint-Cyr, 1847 et 1949, de leur début en régiment, de leur élévation comme chevalier de la Légion d’honneur à moins de trente ans, le mimétisme du parcours de ces deux saint-cyriens, à cent ans d’intervalle, est troublant. Les deux prendront même le commandement d’une troisième compagnie, respectivement en 1863 et en 1961, pour l’ultime acte de leur vie militaire. L’un mourra héroïquement sur un champ de braises, l’autre verra sa vie militaire s’achever dans l’honneur sur un lit de cendres1. Les deux ne répondront qu’à une seule injonction : “faire tout son devoir”.

Comme un symbole de l’éternité de la Légion, comme un pont séculaire, le capitaine Joseph Estoup portera la main du capitaine Danjou, le 30 avril prochain, réunissant ainsi les destins de deux capitaines du devoir.

Le 29 avril 1863, le Régiment étranger est à peine installé dans ses bivouacs de Chiquihuite qu’il se prépare déjà à la difficile mission d’escorte des convois dans les terres chaudes du Mexique entre Palo Verde et Cordoba. Une “besogne d’arrière, ces escortes !”, devaient se dire les officiers subalternes du Régiment étranger, ceux-là mêmes qui avaient écrit à l’Empereur pour réclamer leur départ pour le Mexique. À la Légion, on ne choisit pas ses missions, on les remplit. Alors qu’un convoi descendant de Puebla s’annonce, l’expérimenté adjudant major du 1er Bataillon, le capitaine Danjou, vétéran de Crimée et de Magenta, exprime son inquiétude pour la sécurité d’un autre convoi, montant celui-là. Le colonel Jeanningros approuve l’envoi d’une compagnie au-devant de ce très important convoi logistique. C’est le tour de la 3e compagnie qui n’a pas d’officier sur les rangs. Danjou en prend le commandement. C’est un officier plein d’avenir et très respecté. Dans sa dernière lettre à son frère, avant de débarquer à Vera Cruz, il écrivit : “adieu, je te quitte, résolu à faire mon devoir et plus que mon devoir…” La suite sera proclamée les 30 avril prochain dans tous les stationnements de la Légion étrangère : dix heures de combat acharné, jusqu’au dernier dans un champ de braise pour permettre en définitive au convoi de passer.  Le caporal Berg, un des rares survivants dira au colonel Jeanningros : “la 3e du 1er est morte, mon colonel, mais elle en a fait assez pour que, en parlant d’elle, on puisse dire : elle n’avait que de bons soldats.”

Le 28 avril 1961, le 1er Régiment étranger de parachutistes quitte son camp “lieutenant-colonel Jeanpierre” à Zéralda pour rejoindre le terrain d’aviation de Thiersville. Il ne s’agit pas d’une mission d’escorte puisqu’ils sont escortés par des automitrailleuses. Le combat du jour sera sans munitions, mais fatal également. Le capitaine Estoup mène ses légionnaires de la 3e compagnie vers leur dernière sortie, vers un lit de cendres. Il est seul, la compagnie n’a alors plus d’officier. Ce capitaine est expérimenté et respecté, vétéran d’Indochine et acteur de l’entière épopée de 1er REP de sa création en 1955. Depuis son entrée dans la carrière des armes, le devoir a conduit cet officier, dans les circonstances les plus éprouvantes. Ce fut le renoncement par devoir, d’une affectation dans un bataillon parachutiste vietnamien en lieu et place du 8 GCCP, puis le renoncement du saut sur Diên Biên Phu reporté puis annulé, puis la mission douloureuse et culpabilisante de récupération des prisonniers rendus par le Viet minh, puis l’évacuation des Vietnamiens du Tonkin, puis le “fiasco de Suez”, puis les batailles d’Alger, Guelma, les victoires militaires effacées. Ce fut enfin l’obéissance à une mission particulière qui entraînait le 21 avril, le non-respect des lois. Ce 28 avril donc, “chaque commandant de compagnie organisa, dans la forme qu’il voulut, sa séparation d’avec ce qui était jusqu’alors , toute sa raison de vivre”2. On ne choisit pas ses missions à la Légion, cette dernière constituera la mort militaire de ce brillant Capitaine. Depuis 1961, le capitaine (er) Estoup se tenait au jugement de “sa dernière défaite” comme il l’a écrit. Malgré les lois d’amnistie, il a toujours refusé de reporter sa Légion d’honneur et ses six citations.

Le 29 avril prochain, il sera élevé commandeur de la Légion d’honneur. Le 30 avril, il remontera la voie sacrée, avec ses décorations, accompagné d’une garde de légionnaires, uniquement composée de bons soldats : l’adjudant-chef (er) Heinrich Hartkopf, l’adjudant-chef Saïd Ighir, le sergent (er) Lucien Veres et le brigadier-chef Magomed Moussaiev.

Pourquoi ce revirement, 61 ans après ? Le COMLE le lui a demandé or le capitaine Estoup a été et demeure un capitaine du devoir. Au fond, malgré ses défaites comme il le dit souvent, il sait que comme ses anciens de Camerone, il a toujours choisi l’honneur. Par un signe du destin, la troisième mort du 1er REP sera promulguée un 30 avril, comme un appel à unir deux capitaines.

Ils seront à l’honneur le 30 avril prochain.

 

[1] “les cendres sont ce qui reste des braises mortes. Les champs de braises (allusion au livre d’Hélie de Saint-Marc) laissent des lits de cendres” préambule de Joseph Estoup dans son livre Lits de cendres, Yvelinedition, 2018.

[2] Lits de cendres, p 213

 

Général Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

Editorial Képi Blanc - Avril


Algérie, les larmes aux yeux…

Il y a 60 ans, l’histoire retient de mars 1962, les 18 et 19, la mise en place d’un cessez-le-feu résultant de la signature des accords d’Évian. La Légion est alors en totalité déployée en Algérie et au Sahara, à l’exception du Bataillon de Légion étrangère à Madagascar. Le magazine KB rend visite aux unités Légion et raconte justement dans son numéro de mars, un périple de 5 000 km, reliant les deux frontières marocaine et tunisienne, en passant par l’Algérois, le Constantinois, les Némentchas jusqu’aux confins du Sahara. Les 1er RE, 2e REI, 3e REI, 4e REI, 5e REI, 13e DBLE, 2e REP, 1er REC, 2e REC, 1er Escadron saharien porté de la Légion, les 2e et 4e CSPL(1) poursuivent leur mission et contrôlent le terrain, sans pour autant pouvoir réellement intervenir.

Malgré le succès militaire, l’ambiance est lourde et les plaies sont profondes chez les légionnaires. L’année écoulée, depuis avril 1961, fut probablement la pire que la Légion eut à connaître. Le sentiment de tristesse et d’impuissance est répandu dans les unités : le départ de l’Algérie est inéluctable et douloureux par les drames accumulés depuis 1954(2) mais au-delà par la charge historique qui lie la Légion étrangère à cette terre nord-africaine. La Légion étrangère est née pour l’Algérie. Les premiers légionnaires connurent leur baptême du feu dès 1832 au sud d’Alger, près de Maison–Carrée. Le lieutenant Cham fut le premier des

904 officiers tués au combat sous la grenade à sept flammes. C’est en 1840 que la Légion pose son bivouac à Sidi Bel Abbès qui est alors uniquement le lieu-dit d’une Kouba(3).

De rien, la Légion en fit sa maison mère et sa ville. Les légionnaires assainirent, défrichèrent, créant les premières exploitations agricoles et bâtirent. Le développement de Sidi Bel Abbès a été fulgurant : 431 habitants en 1849, 5 259, dix ans plus tard, pour atteindre les 80 000 en 1959.

En ce mois de mars 1962, l’angoisse au cœur, le départ se prépare. Le général Morel, inspecteur de la Légion étrangère, déclare lors d’une visite : “ce jour même, 5 avril 62, une première unité fait route sur Djibouti, d’autres suivront vers de nouveaux territoires où de nouveaux destins les appellent. Fidèle à ses traditions, la Légion immortelle poursuit sa route.”

Dans cette période troublée, le chef de corps du 1er Régiment étranger, le colonel Vaillant, tient la barre du paquebot Légion et pense l’avenir. Il tient les troupes, maintient l’ordre dans la ville de Sidi Bel Abbès. Il déclarera : “l’honneur de l’Armée, c’est d’avoir été opposée à un adversaire désigné et de l’avoir battu. Le pays fait ce qu’il veut des succès de son armée.”(4)

Il était une fois Sidi Bel Abbès…

Ce sera le thème de l’exposition temporaire du Musée qui ouvrira le 30 avril prochain. De Sidi Bel Abbès à Aubagne, la Légion s’est résolument enracinée dans sa nouvelle ville provençale et fête les 60 ans de son implantation. Un concert de prestige ouvrira les festivités illustrant ce lien fort entre la Légion et Aubagne le 9 mars. Le lendemain, la ville d’Aubagne recevra, en la personne de son maire, monsieur Gérard Gazay, la distinction de légionnaire d’honneur, marquant notre reconnaissance à notre ville.

Que vive Aubagne et sa Légion étrangère !

 

 

(1) Pour la troisième fois, le 1er REP a disparu, le 30 avril de l’année précédente.

(2) Drames qui a valu près de 2000 légionnaires tués au combat.

(3) Tombe d’un Saint musulman.

(4) Albéric Vaillant ou la passion de la Légion de Michel Tirouflet, édition nuvis, p.143.

 

Général Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

Editorial Képi Blanc Magazine - Mars 2022


XV de France - Légion 42 partout et un essai transformé

18h30, ce 29 janvier, une rencontre hors norme débutait. Sur le terrain de Carpiagne, 42 engagés volontaires de la Légion étrangère faisaient face aux 42 membres, staff et joueurs, du XV de France.

En ce début de rencontre, sous les projecteurs du stade, transformé en petit Marcoussis, nos 42 futures “Fortes têtes” étaient parfaitement disposées en carré, képi blanc dans la main droite, visage concentré, dans un silence total : Biélorusse, Brésilien, Chilien, Colombien, Moldave, Ukrainien, Turc, Népalais, Suisse, Kenyan, Danois, Sud-Africain, Chinois, Mauricien… et Français de Tahiti, de La Réunion et d’ailleurs, âgés de 18 à 32 ans, de toutes les religions : hindou, évangéliste, protestant, orthodoxe, musulman ou catholique. Auparavant, ils étaient ingénieurs, soldats, policiers, officiers et même athlète international. Ils ont vaincu, les épreuves de sélection (un parmi eux renouvelait pour la cinquième fois sa tentative d’engagement), le premier mois d’instruction et enfin la marche Képi blanc dans les calanques voisines. Ils étaient prêts, au coup de clairon d’envoi, à effectuer leur Haka.

Les 42 autres portaient un autre uniforme où le coq rouge tient lieu de grenade à sept flammes. Alignés, eux aussi, habitués des face-à-face, ils observaient avec curiosité cette équipe d’un autre championnat. Ils étaient effectivement 42, joueurs, préparateurs physiques, analystes des données, nutritionnistes, kinés, entraîneurs des différents blocs, jardiniers, arbitre, analystes vidéo… Leurs histoires et horizons sont également multiples. Un pilier, appelé pour la première fois dans le groupe, vient de quitter sa ferme et ses cent vaches. Je me suis demandé de quel côté devait-il se placer.  Eux aussi, ces 42 à la bande tricolore, avaient vaincu à de nombreuses reprises et les meilleurs du monde.

Le Caïd et les seize premières mesures du Boudin donnèrent le coup d’envoi de la cérémonie de remise des képis blancs (RKB). Le code d’honneur a résonné fort dans la tête des deux équipes. La détermination, la fierté, la solidarité, le courage, la fraternité d’armes sont entrés en résonance. C’est par ce rite de la RKB, que la Légion souhaitait se présenter. Assister à cette cérémonie initiatique est une expérience marquante. L’observateur est saisi et perçoit une forme de sacré. “Séquence sacrée” est d’ailleurs le nom choisi par le staff du XV de France pour nommer le moment d’immersion dans ses périodes de préparation. Le sacré, ce soir-là, prend la forme d’une profession des sept articles du Code d’honneur du légionnaire.  Ce ne sont pas seulement 42 engagés volontaires qui sont alors devenus légionnaires, mais 42 voix qui n’en faisaient plus qu’une, comme pour manifester que l’individu ne vit que par le groupe, Legio Patria Nostra. Fin de la première mi-temps.

La seconde mi-temps ne fit que poursuivre ce que la RKB avait initié. Les témoignages des combattants d’Afghanistan, de RCA ou du Mali, les récits de nos blessés n’ont fait que confirmer les valeurs communes aux deux équipes. Un ancien chef de peloton mit en avant la préparation et la mise en condition avant l’engagement et l’importance d’acquérir des fondamentaux réflexes. Un ancien équipier du groupement commando parachutiste (GCP) témoigna de l’importance de l’ascendant psychologique et des conditions pour l’obtenir. Un sergent, camarade de classe d’un des joueurs du XV, illustra la force de l’esprit de corps et de la résilience qu’elle procure. Enfin un major, blessé très grièvement en Afghanistan, parla de la victoire sur soi-même, lorsqu’il faut se reconstruire. La victoire était dans toutes les têtes au cours de cette rencontre. Tous témoignèrent que pour l’obtenir, il ne s’agit pas tant de la rechercher elle-même, que de créer les conditions de son avènement : intelligence tactique qui nécessite une étude poussée de l’adversaire, tactique simple justement, mais tout d’exécution, entraînement sans concession qui épargne le sang, forge la discipline et la constance dans l’effort, compétences techniques larges et surtout esprit de combat. Fin de la deuxième mi-temps qui se termina, à égalité, sur un match pourtant loin d’être nul.

Je ne décrirai pas la troisième mi-temps qui souligne toujours l’intensité de la rencontre et le respect entre les équipes. Bien plus longue que les deux premières réunies, elle fut ponctuée de chants au refrain répété : “on est pareil c’est incroyable”.

Le XV de France nous a impressionné de professionnalisme, de sens de l’engagement, de bon esprit et de détermination. Je remercie Bernard Laporte, le président de la fédération française de rugby, Fabien Galthié sélectionneur de grande classe et surtout notre colonel de réserve citoyenne Max Guazzini, sans qui, ces moments d’exception, n’auraient pas été possibles.

Leur objectif est d’emmener le XV français là où il n’est jamais encore allé. Cette première rencontre, manifestement, fut un essai transformé. La Légion se fera un honneur, si le XV le souhaite, de poursuivre ce partenariat et de les aider à aller là où les autres ne vont pas !

 

 

Général Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

Editorial Képi Blanc Magazine - Février 2022


«Mes chers légionnaires d'Ukraine», adresse du général Alain Lardet, commandant la Légion

Le général Alain Lardet, commandant la Légion étrangère, prend la parole pour s'adresser aux légionnaires d'origine ukrainienne, tirailllés par l'invasion russe. Il annonce le déploiement d'urgence de mesures pour ces derniers et souligne que le système "Solidarité" singulier à la Légion sera à la hauteur du rendez-vous pour les familles.

Legio, Patria, Nostra

C’est par ses mots, que vous, les légionnaires d’origine ukrainienne ou de la région en particulier, coiffez le Képi blanc : « Nous jurons de servir la France avec honneur et fidélité ».

Je vous l’ai écrit il y a un an tout juste, dans notre magazine Kb « au nom de la Fidélité » :

Les légionnaires ne sont pas apatrides et la Légion ne leur demande en aucun cas de renier leur patrie d’origine, ni encore moins de la combattre.

Mais la Légion ne distribue pas les causes à combattre aussi belles qu’elles puissent être. Elle a été créée pour le service de la France, accueillant des volontaires. Notre honneur est de ne pas choisir nos causes mais de servir la mission qui est sacrée.

Votre fidélité de légionnaire est le cœur de notre engagement. Elle est pour le temps que vous avez décidé dans votre contrat, insurpassable.

La fidélité est-elle douloureuse ? L’histoire de la Légion depuis presque 200 ans est remplie de douleurs mais d’honneur, celui qui reste par-dessus tout. Un de nos anciens a déclaré : « on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer »

Mes chers légionnaires d’Ukraine ou de la région, concernés par cette guerre, je compatis à votre tiraillement intérieur. Votre patrie d’origine saigne et souffre, vos familles sont frappées par cette guerre. Pourtant, pour les quelques-uns confrontés à la tentation de courir là où l’incendie fait rage, je vous dis que les guerres ne se gagnent que si chacun remplit sa mission, là où il se trouve. Comme père Légion je sais que je dois vous encourager dans cette voie de l’honneur : ne vous parjurez pas, pour vous et pour la Légion, maintenez votre service avec honneur et fidélité.

Qui sait si demain, votre unité ne sera pas engagée, où serez-vous ? vous manquerez alors à votre binôme, frère d’armes comme tout légionnaire.

Chères familles légion, éprouvées pour certaines, soyez assurées du soutien de la Légion étrangère. Pour faciliter la mise en sécurité des familles fuyant la zone de conflit, j’ai autorisé les légionnaires le désirant, à se rendre sur autorisation, dans un pays limitrophe de l’Ukraine afin de les recueillir.

Sachez que tout légionnaire concerné par ce conflit pourra solliciter la Légion étrangère pour l’aider à accueillir dans l’urgence, sa famille dans le respect de la réglementation applicable en France, en particulier selon l’évolution des directives relatives à la prise en compte des réfugiés.

La solidarité Légion, corollaire de l’engagement total du légionnaire au profit de notre patrie, pourra ainsi, à sa mesure et selon ses priorités, fournir une aide matérielle ou administrative. Dans ce cadre, la Légion travaille à la mise en place d’une cellule d’écoute pour répondre au mieux à vos besoins.

Soyons unis et responsables pour notre Légion étrangère.


1962 - 2022 : de Sidi Bel Abbès à Aubagne, il y a soixante ans

 

 

Comme l’an dernier, au cœur de ma tournée de Noël, la mise sous presse anticipée de ce numéro de Képi Blanc me pousse à la brièveté. Comme l’an dernier, je me concentrerai sur l’ouverture de l’année 2022.

Que sera 2022 ? Une année importante, cruciale, pleine de surprises ? Probablement…mais je me garderai de rejoindre la cohorte nombreuse des faux prophètes. Comme toutes les années, 2022 ressemblera à « cette tapisserie tissée fil à fil, dont nous ne voyons que l’envers ».

Il fallait pourtant trouver un thème pour cette année. L’Histoire est ainsi fort utile pour remettre à peu près à l’endroit, la tapisserie de nos vies : il y a 60 ans, notre Légion étrangère s’apprêtait à quitter sa maison de famille, bâtie patiemment pendant plus d’un siècle. Quitter sa maison de jeunesse, de toujours même, n’est pas un événement anodin. Sidi Bel Abbès a fini par rimer avec légionnaire. Je me suis alors posé la question du message envoyé par le COMLE à l’orée de 1962.

Le général Morel, inspecteur de la Légion étrangère, écrivait ceci dans son introduction au Képi Blanc de janvier 1962 : « Chassant de notre esprit les rancœurs, nous panserons entre nous nos blessures sans gaspiller nos énergies en regrets stériles. Résolument confiants dans les destinées de la Légion, nous saurons nous montrer plus forts pour remplir avec courage les nouvelles missions qui nous seront confiées. Depuis plus d’un siècle, l’histoire de la Légion est liée à celle de la France et de son Armée, étroitement unies, elles ont partagé leurs gloires et leurs misères. Fière de son passé, la légion poursuivra sa route avec honneur et fidélité ».

Effectivement, quelques mois plus tard, le Sidi Bel Abbès traversera la méditerranée avec à son bord, l’histoire, le patrimoine de la Légion, dont les pièces de fonderie du monument aux morts. Le colonel Vaillant débarquera, une fois certain que l’âme de la Légion pourrait se réimplanter en terre de Provence. La première tâche fut de relever au centre du domaine, le globe terrestre du centenaire de Camerone. 60 ans après, notre nouveau Sidi Bel Abbès s’appelle Aubagne.

Voilà ce que nous commémorerons cette année, avec notre chère ville d’Aubagne. Chers amis de la Légion, je vous présente mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année ; que vous puissiez patiemment tisser fil à fil la tapisserie de 2022. J’y ajoute le vœu de vous retrouver pour les festivités de ce bel anniversaire.

« Sans peur, en route pour la Légion ! »

Général de brigade Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

 


L’immortalité du service de la France

 

Ce mois-ci, j’ai mesuré “l’aubaine d’être né en ce temps” selon la belle formule de Fabrice Hadjadj. En effet, deux départs apparemment très différents m’ont donné une forme d’héritage commun, inespéré dans une actualité parfois morose.

Il s’agit du départ de deux caporaux-chefs : l’un nommé il y a un peu plus d’un mois, l’autre il y a un peu plus de dix ans ; l’âge de l’un ne suffirait pas à remplir la moitié de la vie de l’autre ; les deux étaient en opération au sein de la 13e DBLE, l’un à Bir Hakeim, l’autre à Tombouctou ; les deux partent épuisés, l’un au bout de ses 101 ans, l’autre marqué dans sa chair par une balle reçue en pleine tête. L’un a fait le grand départ, l’autre est parti à la retraite dans son pays natal. Les deux ont vécu intensément leur attachement au képi blanc, et n’emportent qu’une seule chose : leur service avec “Honneur et Fidélité”.


Le 15 octobre dernier, le Boudin a retenti dans la cour des Invalides, pour le caporal-chef d’honneur Hubert Germain qui par fidélité à ses légionnaires ne souhaitait qu’un honneur de plus, lui qui les avait tous eus : rejoindre ses chers képis blancs. Lors de la remise de son grade honorifique, Hubert Germain nous a légué un témoignage en forme d’héritage. Pris par l’émotion à l’évocation de sa vie de lieutenant de Légion, il ramena dans un mouvement interminable, ses longues et fines mains sur son visage : “pardonnez-moi, c’est trop d’émotions, mes légionnaires, je ne pense qu’à eux aux derniers moments, ceux que j’ai emmenés à la mort. La seule chose que j’emmènerai dans ma tombe c’est ce képi blanc” et puis d’ajouter en forme de pirouette, “j’aimerais tellement que mon père soit là, lui qui devant mes insolences rebelles me prédisait au mieux un avenir de caporal- chef, je voudrais qu’il voie que j’y suis arrivé !” Les linceuls n’ont pas de poches… Hubert Germain n’a emporté dans son cercueil que ce galon et ce képi de caporal-chef : “je peux mourir maintenant”, avait-il confié au major Franck Chemin peu de temps après la remise.


Le 12 octobre, je recevais le caporal-chef Gabriel Sink pour son départ à la retraite. Le COMLE remet effectivement aux légionnaires de plus de 25 ans de services ainsi qu’aux détenteurs de faits de guerre, la médaille du général marquant la reconnaissance tout entière de la Légion étrangère. Sink se présente donc avec un large sourire, dont l’éclat dissimule un côté droit figé. Nous évoquons ses 22 ans de service et bien sûr cette attaque du 14 avril 2018 sur le poste de Tombouctou. Posté sur le mirador, me raconte- t-il, le premier véhicule suicide fait exploser l’entrée principale. Les tirs de mortiers suivent, il voit un légionnaire en difficulté plus bas. Il tire “ en doublette” pour permettre le dégagement de son camarade jusqu’au moment où un effroyable choc le projette en arrière. Une balle vient de le frapper à l’œil droit. La suite, ce sera au milieu du coma, des moments de conscience où le caporal-chef Sink demandera si le poste a résisté. Il ne peut aujourd’hui poursuivre ses services, il a besoin de repos pour calmer ses maux de tête. Il part heureux, me dit-il, de son temps à la Légion : “je pars, mais s’il y a besoin je reviens mon général et s’il le faut je donnerais mon second œil pour la Légion”.


Que dire de plus pour illustrer la portée de notre devise “Honneur et Fidélité” qui anime la Légion étrangère depuis sa création et qui s’affiche fièrement sur nos emblèmes depuis cent ans. Les deux caporaux-chefs avaient un visage marqué par la vie. Les visages d’Hubert et Gabriel étaient lumineux et témoignent de l’immortalité d’un service avec Honneur et Fidélité… ainsi va la Légion.

 

 

Général de brigade Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère


La préparation opérationnelle : le contrat de confiance

“Dans l’armée, on attend beaucoup mais on le fait tôt !”   Cette maxime, un brin moqueuse, rejoint la question du non initié : que fait le militaire lorsqu’il n’est pas en opération ?

S’il n’y a plus vraiment de “bidasse” pour témoigner des longues heures d’attente à ne rien faire, après un rassemblement aux aurores, la question autour des occupations quotidiennes du soldat reste d’actualité ; Elle m’a été posée. Que font nos légionnaires dans leur quartier ?

Ils épargnent, sans cesse, frénétiquement … de la confiance.


Pour le soldat, la confiance est l’or moral, essentiel pour vaincre au combat  : confiance dans ses techniques, ses matériels, ses procédures ; confiance aussi dans son binôme, son chef, ses voisins ; confiance dans la section d’à côté qui effectuera le meilleur appui possible  ; confiance aussi dans la “chaîne santé” qui fera des miracles pour le sauver en cas de blessure.  En définitive, confiance en lui lors du combat, puisqu’il a connu à l’entraînement une situation proche et qu’il a répété maintes fois les bons gestes. Il sait qu’il peut faire face, il sait comment faire face. Malgré le stress, la fatigue et ses capacités diminuées, il sait que les réflexes prendront le dessus et qu’il pourra concentrer ses faibles ressources physiques et intellectuelles à la gestion de l’imprévu.


Comme les militaires, les sportifs de haut niveau s’entraînent pour engranger de la confiance. Avant de s’élancer, le sauteur en hauteur joue et rejoue dans sa tête les séquences d’un saut gagnant, s’appuyant ainsi sur des repères récents. L’image d’un XV de rugby préparant le prochain match est plus exacte. Derrière leur manager, joueurs et techniciens travaillent à l’entraînement une multitude de savoir-faire individuels et collectifs, pour préparer “l’affrontement réel sur le pré”. Comme pour nos sections, la technique d’un spécialiste et le courage individuel ne suffisent pas. La victoire nécessite un jeu collectif et un esprit d’équipe.


La préparation opérationnelle est l’école du jeu collectif. Dans notre armée de Terre, elle est l’œuvre des divisions et des brigades, organisée par un commandement spécialisé et vise à multiplier les mises en situation de nos unités. L’équation d’un entraînement le plus réaliste possible est vertigineuse tout comme est vertigineux son enjeu associé. L’histoire militaire, comme les palmarès sportifs, montre à l’envie des retournements magistraux de pronostics, où le favori devient le vaincu par défaut de préparation opérationnelle. “L’étrange défaite” de l’armée française en juin 1940 est de ceux-là.


L’inversion de la courbe de confiance des soldats français a malheureusement conduit à la débâcle, en dépit de résistances locales héroïques. 
Dès lors, pour le chef militaire, la journée, ou les heures, changent d’apparence et deviennent des trésors d’instants à ne pas louper. Comme le chercheur d’or, le chef de tous niveaux manipule avec constance et détermination sa batée en espérant voir apparaître la pépite d’un temps de préparation opérationnel réussi. Alors oui, avec 24h par journée, les temps à l’entraînement ne peuvent être gaspillés et oui, mieux vaut se lever un peu plus tôt pour être certain de ne pas rogner sur l’exercice longuement préparé, demandant une conjonction de moyens rares et mutualisés. “Il n’y a pas d’hommes forts, me répétait le lieutenant en premier de ma première compagnie d’affectation, il n’y a que des hommes entraînés”.


Ce numéro de Képi blanc vous présente ainsi le quotidien du légionnaire marqué par l’entraînement au jeu collectif. Et lorsque cet entrainement laisse un temps libre, il est immédiatement occupé à cultiver l’esprit d’équipe, le second ingrédient de la victoire.


L’esprit de corps, c’est ainsi qu’il s’appelle chez nous, permet de construire une unité de combat et de lui donner sa solidité au quotidien, comme en opérations. Il est un mélange d’amitié, de respect mutuel, de camaraderie, de sympathie, de complicité et de volonté d’aller ensemble vers un même but. En puisant dans l’exemple des Anciens, il permet le coup de rein supplémentaire pour repartir à l’assaut et fabriquer de nouvelles gloires, selon l’expression du lieutenant-colonel Jeanpierre. Il est cette force d’âme qui permet de relever les défis des missions impossibles.


Comment alors allier les deux conditions de la victoire et exceller dans l’art de la Guerre ? Maîtriser les techniques nouvelles tout en entretenant l’esprit de combat, n’est pas un défi nouveau. Il se pose aujourd’hui à nos unités, lancées dans la transformation SCORPION, comme hier pour cette compagnie du 3e REI lors de la création en 1948 des légionnaires parachutistes. La compagnie Morin nous fournit les références pour relever le défi de l’art militaire qu’ils ont su magnifier. En alliant la passion et la rigueur de l’entraînement à une technique nouvelle, le parachute, et un esprit de corps indestructible, les BEP nous montrent la voie. More Majorum, les légionnaires sont à l’entraînement tous les jours et fêteront le 16 octobre, avec autant de rigueur, les 100 ans de leur devise “Honneur et Fidélité”.

Général de brigade Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère


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