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Légionnaire toujours...

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COMLE

Éditorial...

                   Lettre...

                                 Dossier de presse...


Nos légionnaires ne manquent pas de génie

Ce numéro de Képi blanc fait donc la part belle, à une part qui ne l’est pas moins de notre Légion étrangère : “nos fantassins sapeurs”.

 

"Nos légionnaires ne manquent pas de génie". Cette sentence, un peu facile, s’est imposée lors d’un déjeuner groupé du stage des futurs commandants d’unité. Souhaitant rendre ma table plus représentative de la Légion étrangère, je réquisitionnais un futur commandant d’escadron et un capitaine de l’arme du Génie : “il y a, sinon, un peu trop de fantassins à cette table !” Notre capitaine sapeur rétorqua : “mon général, je ne vais pas bouleverser la donne puisque comme vous le savez, un sapeur est en fait, un fantassin… intelligent.” Le premier pot était trouvé !

Ce numéro de Képi blanc fait donc la part belle, à une part qui ne l’est pas moins de notre Légion étrangère : “nos fantassins sapeurs”.

En effet, initialement formés au combat débarqué, tous nos légionnaires, sapeurs en tête, évoluent au gré de leurs mutations et de leurs activités, dans un monde de mêlées et d’assauts. C’est particulièrement vrai, lors des phases de préparation opérationnelle, comme en opération, mais aussi dans les régiments du socle et outremer où les armes se mêlent au quotidien.

Cette proximité, entre le sapeur et le fantassin en particulier, est naturelle à la Légion étrangère. Nos pionniers, soldats et bâtisseurs sont de la Légion et non d’une Arme. Vous pourrez découvrir dans ce numéro, le fort ancrage historique de la double dotation du légionnaire : l’épée ou le fusil dans une main et la pelle ou la hache dans l’autre, “ense et aratro”, (par le fer et par la charrue), selon la devise du maréchal Bugeaud.

Si cette double dotation est historique, c’est par nécessité opérationnelle : “la montagne nous barrait la route. Ordre fut donné de passer quand même. La légion l’exécuta”. Cette phrase gravée dans la pierre à l’entrée du tunnel de Foum Zabel est devenue célèbre car elle symbolise l’esprit légionnaire. Le combattant sait que sa survie dépend de sa liberté d’action, laquelle dépend elle-même de sa mobilité et de l’entrave de celle de l’ennemi.

Le sapeur garantit justement la liberté d’action de ses camarades cavaliers ou fantassins. Appui à la mobilité, aide au déploiement, franchissement, contre mobilité, fouille opérationnelle, reconnaissances spécialisées, la palette de “l’offre génie”, dans tous les milieux géographiques, est extrêmement large et adaptable, à l’image de la multitude des métiers que le sapeur doit maîtriser.

Les 18 Bataillons et compagnies de génie Légion d’Indochine, d’entretien, de camions-bennes, de bateaux pliants, de bateaux blindés, l’ont démontré avec éclat de 1946 à 1954.

Nos deux régiments de génie ouvrent donc la route à la Légion avec “honneur et fi délité” : honneur de prendre si souvent la tête de la colonne et fidélité, à l’école de Sainte-Barbe, au régiment soutenu comme à la mission reçue. Ces deux régiments ont en commun ce même esprit sapeur qui allie rigueur et initiative. Leur forte capacité intégratrice apporte beaucoup à la Légion.

Ils se différencient par leur milieu de prédilection qui marque les caractères. Le trident pour l’un, le piolet pour l’autre, nos régiments de génie Légion relèvent avec brio les défis des engagements modernes. Appui à la mobilité et actions de contre IED en BSS, aide au déploiement et déminage au Liban, interventions sur les catastrophes naturelles dans la vallée de la Roya ou lors de la tempête Alex, technologiques comme dans le port de Beyrouth, reconnaissances et destructions de sites illégaux en Guyane, 2020 a confirmé le besoin de Génie.

Alors que répondre à notre capitaine de popote ?

Si le fantassin est le soldat des 300 derniers mètres, le sapeur est pour ce qui le concerne celui des 300 premiers. Je ne sais pas dire si l’un est plus intelligent que l’autre.

 

 

Général de brigade Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère


Une association au service du patrimoine historique et culturel légionnaire

Créée par un roi, la Légion étrangère vit son plus célèbre combat sous le Second Empire, et écrit ses plus belles pages de gloire sous la République. Forte d’un passé riche, la Légion expose son patrimoine et son histoire dans son musée, situé dans les Bouches-du-Rhône, à Aubagne. Afin de contribuer à la conservation, au développement et à la mise en valeur du patrimoine national historique et culturel de la Légion étrangère, la Société des Amis du Musée de la Légion étrangère voit le jour en 2003.

D’Aubagne-en-Provence à Camerone de Tejeda

Aujourd’hui forte de 700 membres actifs, la Société des Amis du Musée de la Légion étrangère (SAMLE) soutient les activités patrimoniales de la Légion étrangère dans le respect des directives du Général commandant la Légion étrangère, et en tenant compte de ses capacités financières. Associée à la politique mémorielle de la Légion, elle exerce sa coopération sur l’ensemble des emprises du pôle muséal de la Légion étrangère, à savoir le musée d’Aubagne, bien sûr, mais aussi le « Musée de l’uniforme légionnaire », son annexe de Puyloubier, sur l’important centre de documentation et des recherches historiques, sur les dix salles d’honneur des régiments de Légion, sur le Monument aux Morts, à Aubagne, classé au titre des monuments historiques, et sur le Mémorial de Camerone, au Mexique.

Au sein du musée, la SAMLE contribue à la conservation, au développement, à la mise en valeur de la collection du musée de la Légion étrangère, classée « musée de France », et constituée d’un ensemble textile retraçant l’évolution des uniformes portés par les légionnaires et leurs cadres de 1831 à nos jours, d’œuvres d’art ayant un lien avec l’histoire de la Légion et ses grandes figures, d’une importante collection d’armes démilitarisées, de décorations, d’insignes, d’une riche documentation de ses collections et d’un volumineux fonds d’œuvres graphiques (aquarelles, dessins, affiches).

 

Le saviez-vous ? Tout le monde peut devenir membre de la SAMLE, qu’on ait ou pas servi dans les rangs de la Légion ; il suffit d’adhérer à nos valeurs et de s’acquitter de sa cotisation annuelle (à partir de 16 euros). Contacts : par mail : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.  ; par téléphone : 04 42 18 10 25 (le mercredi) ; ou via notre page Facebook : https://www.facebook.com/laSAMLE

 

Enrichir, financer, diffuser, rechercher, mettre en valeur…

Association de type loi 1901, la SAMLE participe, en appui du commandement de la Légion étrangère, et en étroite collaboration avec le conservateur du musée, à l’enrichissement des collections. Pour cela, elle élabore annuellement un budget prévisionnel destiné à soutenir les activités du musée (expositions temporaires, acquisitions, publications, restaurations, colloques, etc.), approuvé chaque année par son assemblée générale. La SAMLE participe aux actions visant à mettre le public en relation avec l’offre artistique ou culturelle du musée, à des fins éducatives, récréatives et citoyennes (recevoir des collégiens, p.ex.).

Mais les missions de la SAMLE ne s’arrêtent pas là. L’association participe à la politique de recherche définie par le conseil scientifique, et peut ainsi se voir confier des actions autonomes au sein de la politique de recherche du musée. Après définition d’un mandat de recherche, le chercheur de l’association devient « assistant de recherche du musée de la Légion étrangère », à titre bénévole. La SAMLE peut aussi, afin de stimuler la recherche autour du patrimoine et de l’histoire de la Légion, créer un prix afin de distinguer et d’encourager l’auteur d’une thèse de doctorat ou de master II, ou encore organiser des colloques, journées d’études, conférences ou débats, en rapport avec l’histoire de la Légion étrangère.

Réalisations majeures et à venir

La SAMLE participe au financement des expositions temporaires. Ici, «  Invictus, légions romaines et légion d’aujourd’hui » (2020-2021) ; et, demain, « Panache et sable chaud » (2021-2022).

Ph. Légion étrangère.

Depuis 2003, la SAMLE a financé et suivi l’extension du Musée de la Légion étrangère en levant 2,3 millions d’euros auprès de 10 000 donateurs, et en apportant son conseil dans la réalisation du nouveau musée. Depuis 2016, grâce à ses adhérents, elle a entre autres financé les expositions Hans Hartung, Mission Mode, Zinoview-Cendrars, Yom de Saint Phalle, Invictus ; aidé à la modernisation des salles d’honneur des régiments de Légion ; participé à l’entretien des archives, à la restauration d’objets anciens, à des achats d’opportunité quand une pièce rare lui est signalée à la vente ; et accueilli les volontaires du service civique qui servent au Pôle muséal.

Et demain ? Après avoir financé l’exposition temporaire «  Invictus, légions romaines et légion d’aujourd’hui », la SAMLE soutient activement le projet d’exposition « Panache et sable chaud », destiné à célébrer le double centenaire du 1er Régiment étranger de Cavalerie et du 4ème Régiment étranger. L’association participe à la restauration du célèbre tableau de Camerone, peint par Jean-Adolphe Beaucé (1818-1875), exposé depuis 1966 dans la salle d’honneur du Musée. La SAMLE continue d’aider les régiments à rénover et à enrichir leur salle d’honneur, à améliorer la visite du Musée en finançant la mise en place d’un audioguide en plusieurs langues, et réfléchit à un projet permettant d’expliquer les recettes du « vivre ensemble » à la Légion étrangère.

Rejoignez les rangs de la SAMLE !

Tout le monde peut devenir membre de la SAMLE, qu’on ait ou pas servi dans les rangs de la Légion ; il suffit d’adhérer à nos valeurs et de s’acquitter de sa cotisation annuelle (à partir de 16 euros). Vous souhaitez soutenir notre action au service de l’histoire et du patrimoine de la Légion étrangère ? Écrivez-nous, appelez-nous, nous vous adresserons en retour un bulletin d’adhésion ; et entrez dans la légende !

 

Contacts :
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L’arme des 300 derniers mètres

La Légion restera une troupe d’infanterie dans l’ère Scorpion. Elle fera valoir son esprit de corps, son esprit combatif, sa rusticité, sa compréhension du monde et sa maîtrise de la force.

 

La Légion est une troupe d’infanterie

Des générations de cadres ont retenu cette aphorisme lors de leur apprentissage du combat d’infanterie. Cependant, puisque notre époque n’est plus, comme le dit Fabrice Hadjaj, « essentiellement celle de l’idéologie mais de la technologie », cette notion des 300 mètres n’est-elle plus qu’un mythe qui nous renvoie à des combats légendaires ?  Ainsi de la bataille des Thermopyles, du combat des 300, des chocs de Tolbiac et de Bouvines, du face-à-face de Marignan, des charges d’Austerlitz jusqu’au « miracle » de la Marne et, finalement, aux furieux corps-à-corps de Dien-Bien-Phu...

A l’heure du numérique qui abolit les distances, des robots, de l’intelligence artificielle, qui décomposent chaque phénomène en fonctions calculables, jusqu’à l’humain, que vaut un fantassin, fut-ce dans les 300 derniers mètres ? La reine des batailles a-t-elle encore sa couronne ?

Il ne m’appartient pas, ès qualités, de répondre seul à cette question, bien qu’elle soit d’importance pour la Légion étrangère.  En effet, la Légion est sans contestation une troupe d’infanterie. Elle l’est par son recrutement, par la combativité qui la caractérise, par sa rusticité et sa capacité d’adaptation.

Quatre régiments étrangers sur huit formations opérationnelles sont composés de combattants débarqués. Dans leurs spécialités, ils couvrent tous les milieux, qui sont autant de sanctuaires potentiels pour l’ennemi : désert, ville, montagne, forêt. Ils utilisent tous les modes de déplacement pour approcher de l’ennemi, au plus près et le plus rapidement.

De plus, la Légion étrangère sélectionne sans exception ses candidats à l’engagement sur les critères sévères de l’infanterie française, au plan physique, médical et psychologique. Elle forme ensuite ses recrues au creuset de l’école exigeante du combattant débarqué, aux prises avec la rudesse du terrain, elle les prépare aux situations locales encore plus imprévisibles, elle les amène au dépassement de soi et finalement elle les initie à l’imbrication, à la prise de décision isolée, à la maîtrise de la force jusqu’au sacrifice.

Que signifie, alors, "être fantassin" dans le système de combat Scorpion ?

La mise en réseau des informations dissipera en partie le brouillard de la guerre, accélèrera la manœuvre et augmentera les distances du contact, posant ainsi la question de ces fameux 300 derniers mètres. Dans ces conditions, doit-on encore préparer les esprits et les corps au prochain Camerone ?

L’Ecole de l’infanterie de Draguignan, experte de cette fonction, prend position dans un document très éclairant : « L’infanterie moderne se définit tout à la fois par le caractère intemporel de son combat, à courte distance, jusqu’à affronter le regard de son ennemi, mais aussi par l’impérieuse nécessité de maitriser parfaitement les atouts de la haute technologie mise à sa disposition. Dans ce domaine, Scorpion permettra à l’infanterie de démultiplier ses aptitudes sans pour autant changer la nature de son combat »[1].

Ce document définit ensuite les qualités de l’infanterie à conserver ou à développer en vue des engagements futurs : rusticité, cohésion, confiance mutuelle, rectitude du commandement, protection individuelle, précision et rapidité des tirs, supériorité informationnelle, combinaison interarmes, mais aussi compréhension du milieu et de l’environnement humain.

L’expérience nous rappelle le besoin d’allier technologie et combativité pour obtenir les effets que seul le contact direct, le duel, peut produire. Le monde numérique n’apporte pas, seul, la supériorité au contact de l’ennemi. Le combat d’infanterie restera souvent affaire de précision dans l’exécution de tâches élémentaires, d’initiatives et de courage collectif.

La reine des batailles n’a donc pas fini de régner et, si nécessaire, une parole d’un autre expert, Michel Audiard, devrait nous en convaincre définitivement : « A l’affut sous les arbres, ils auraient eu leur chance ; Seulement de nos jours, il y a de moins en moins de techniciens pour le combat à pied. L’esprit fantassin n’existe plus, c’est un tort ».

La Légion restera une troupe d’infanterie dans l’ère Scorpion. Elle fera valoir son esprit de corps, son esprit combatif, sa rusticité, sa compréhension du monde et sa maîtrise de la Force.

 

Général de brigade Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

[1] Concept général de l’infanterie de 2018.


« Faire Camerone »

Depuis 1863, la légion ne dit pas « lutter jusqu’au sacrifice total » mais « faire Camerone ». Depuis 158 ans, l’exemple des hommes du capitaine Danjou n’a cessé d’habiter l’âme légionnaire !

« J’étais de garde sur le Chiquihuite avec deux escouades de ma compagnies, commandées par un sergent, quand le 29 avril, vers 11 heures du soir, l’ordre nous vint de rallier aussitôt nos camarades qui campaient dans le bas. »

Les lecteurs avertis, reconnaitront le début du récit du combat de Camerone, livré par le capitaine en retraite, Maine[1].

Peu connus, les souvenirs du survivant de la campagne du Mexique éclairent le récit officiel, solennellement lu les 30 avril dans chaque stationnement de la Légion étrangère. Parfois anodins, « nous avions la tenue d’été : petite veste bleue, pantalon de toile et, pour nous garantir du soleil, l’énorme « sombrero » du pays en paille de latanier, dur et fort qui nous avait été fourni par les magasins militaires », ils fournissent surtout des éléments essentiels à la compréhension des conditions de ce combat. J’incite nos jeunes officiers à lire ce témoignage. Ils découvriront, par petites touches, un magnifique portrait du capitaine de la 3ème compagnie.

« Sorti l’un des premiers de l’Ecole de Saint-Cyr, jeune encore, estimé de ses chefs, adoré des soldats, le capitaine Danjou était ce qu’on appelle un officier d’avenir. Grièvement blessé en Crimée et resté manchot du bras gauche, il s’était fait faire une main articulée, dont il se servait avec beaucoup d’adresse, même pour monter à cheval… ». La figure du capitaine Danjou est omniprésente dans le récit des dix premières heures du combat, de la mise en mouvement de la compagnie à 1 heure du matin le 30 avril, aux 11 heures du matin où le capitaine tombe, frappé en pleine poitrine. Habile à la manœuvre, Danjou est rapide et sûr dans ses décisions. Rebroussant chemin pour déjouer une embuscade, il commandera la manœuvre surprise permettant à sa compagnie de bousculer l’ennemi et de prendre pied dans la seule bâtisse susceptible d’amoindrir un rapport de force désastreux. Le même, lors du premier carré formé pour repousser l’assaut de cavalerie, fait attendre les 60 mètres pour commander un feu nourri : « le capitaine avait dit de ne point tirer : aussi les laissions-nous venir sans broncher, le doigt sur la détente ; un instant encore et leur masse comme une avalanche, nous passait sur le corps ; mais au commandement de feu une épouvantable décharge, renversant montures et cavaliers, met le désordre dans leurs rangs et les arrêtent tous nets ». Le même toujours, organise minutieusement la défense de l’hacienda, puis galvanise la troupe : « calme, intrépide au milieu du tumulte, le capitaine Danjou semblait se multiplier. Je le verrai toujours avec sa belle tête intelligente, où l’énergie se tempérait si bien par la douceur ; il allait d’un poste à l’autre, sans souci des balles qui se croisaient dans la cour, encourageant les hommes par son exemple, nous appelant par nos noms, disant à chacun de ces paroles qui réchauffent le cœur et rendent le sacrifice de la vie moins pénible, et même agréable, au moment du danger. Avec de pareils chefs, je ne sais rien d’impossible ».

L’impossible fut fait justement. Comprenant l’issue inéluctable, mesurant l’importance du temps gagné sur cet ennemi fixé, le capitaine fit ce que l’honneur lui commandait et posa l’acte fondateur de la Légion étrangère. Il fit promettre à ses légionnaires de se défendre, tous, jusqu’à la dernière extrémité : « nous l’avions juré » dit le capitaine Maine, ils l’ont fait. La fidélité est le souffle de l’honneur.

Il est bien compréhensible, de fait, que notre devise « honneur et fidélité » et le nom du combat de Camerone soient inscrits ensembles sur nos drapeaux et étendards. Il est bien juste, en outre, que la main articulée du capitaine Danjou soit la relique vénérable de ce combat et le symbole de la geste Légion : le caractère sacré de la mission, la fidélité à la parole donnée et l’exemplarité du chef.

Cette année, pour marquer les cent ans de la devise « honneur et fidélité », la main du capitaine Danjou remontera la voie sacrée comme un drapeau, portée par un légionnaire d’exception, le général Tresti. Même s’il s’en défend, son histoire est un concentré d’honneur et de fidélité. Italien, il s’engage pour 5 ans à titre étranger, en 1958. Formé à l’école de Sidi Bel Abbes, il gravira tous les échelons de grades, poursuivant sa formation à l’école de guerre. En 1987, lointain successeur du lieutenant-colonel Rollet, il prend le commandement du 3eREI. En 1996, il est nommé général. Je vous laisse découvrir cette belle personnalité, ainsi que ceux qui constitueront sa garde au fil des pages de ce numéro. Portant la main, il sera en effet entouré d’une garde de légionnaires de tous temps, valides ou blessés, anciens au premier rang, d’active au second, de tous grades, de toutes les nationalités et de tous les régiments. Tous membres de l’ordre de la Légion d’honneur, tous choisis comme exemple de fidélité à la parole donnée, ces six officiers, sous-officiers et légionnaires sont les mêmes que ceux de Camerone, décrits par le capitaine Maine : « il y avait là de tout comme nationalité, des Polonais, des Allemands, des Belges, des Italiens, des Espagnols … le voisinage du danger avait assoupli les caractères, effacé les distances, et l’on eût cherché vraiment entre des éléments si disparates, une entente et une cohésion plus parfaites. Avec cela, tous braves, tous anciens soldats, disciplinés, patients, sincèrement dévoués à leurs chefs et à leur drapeau ».

Nos six légionnaires, le général Tresti, l’adjudant-chef Ende, le légionnaire Tepass, le chef de bataillon Tanasoiu, l’adjudant-chef Dektianikov, et le caporal-chef Emeneya sont les témoins vivants de l’esprit de Camerone. Le 30 avril, ils auront cette tâche magnifique de présenter notre relique aux troupes mises à l’honneur cette année : le 4ème Etranger qui a 100 ans comme notre devise, le 1er Etranger de cavalerie, centenaire lui aussi et enfin, honneur et fidélité obligent, un carré de représentants de notre force spéciale, plus que centenaire : la cohorte des légionnaires d’honneur. Si l’honneur est définitivement attaché à leur grade, c’est pour reconnaître leur fidélité, définitivement attachée à la Légion étrangère. Ils sont de toutes les missions spéciales, de la valorisation de nos vignes à la défense des droits des légionnaires, de la mise en valeur de notre patrimoine à l’emploi opérationnel de nos unités, œuvrant sans esprit de recul. Le centenaire de la devise Honneur et Fidélité est aussi leur anniversaire.

Depuis 1863, la légion ne dit pas « lutter jusqu’au sacrifice total » mais « faire Camerone ». Depuis 158 ans, l’exemple des hommes du capitaine Danjou n’a cessé d’habiter l’âme légionnaire : Tuyen Quang 1885, El Moungar 1903, Rachaya 1925, Bir Hakeim 1942, Ha Giang 1945, Phu Tong Hoa 1948, Dong Khe 1949, Cao Bang 1950, Na San 1952, Dien Bien Phu 1954…

 

Encore et encore nous célèbrerons Camerone et si la mission l’exige, encore et encore nous ferons Camerone.

Général de brigade Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

 

 

[1] Il est rapporté que ce témoignage fut obtenu après de nombreux refus de l’ex caporal Maine, tant ce souvenir, disait-il, si honorable qu’il fut, ne laissait pas de lui être pénible.


La fidélité est le souffle de l’honneur

"La fidélité est le souffle de l’honneur : elle l’anime. Elle en est même un principe", "elle est un élan du cœur et de la volonté qui autorise tous les héroïsmes"... voici quelques pensées que le généal Alain Lardet, COMLE, livre à la réflexion de chacun dans son éditorial sur la Fidélité.

 

 

Il y a cent ans, nos drapeaux arboraient pour la première fois, sur décision du ministre de la Guerre, la devise “Honneur et Fidélité”. En accédant à la demande du lieutenant-colonel Rollet, la France renoue fin 1920 avec une vieille tradition, révélatrice de l’engagement des étrangers au service de la France.  Dès le XIXe siècle, les contrats d’engagement des légionnaires sont signés avec la promesse de servir avec “Honneur et Fidélité”. Cette fidélité qui “tient lieu de patrie aux heimatlos venus ici de tous les mondes chercher dans le service de la France un havre à leurs misères et donner une activité à leur fougue, du pain à leur faim, des aventures à leurs rêves(1). Les légionnaires ne sont pas des apatrides et la Légion ne leur demande en aucun cas de renier leur patrie d’origine, encore moins de la combattre. Pour autant, Émile Henriot a bien noté que cette fidélité, inscrite dans la devise du régiment de Diesbach, inspirateur de la Légion, était la marque des étrangers au service de la France.

Là où est l’honneur, là où est la fidélité, là seulement est la patrie”, (Louis d’Estouteville, gouverneur militaire du Mont-Saint-Michel pendant la guerre de Cent Ans). Comment combattre avec plusieurs patries, plusieurs fidélités au cœur ? Quelle est cette fidélité associée depuis toujours à l’honneur de combattre pour la France ? Il est un livre d’or, dans tous les sens du terme, détenu par le président des sous-officiers de la Légion étrangère qui en dit long sur l’âme légionnaire. Il recueille les mots d’adieux des sous-officiers partants, les “maréchaux de la Légion”. Il dessine peu à peu l’empreinte de l’âme légionnaire. En le parcourant, j’ai mesuré la place que la fidélité tenait pour ces étrangers, fils de France, non par le sang reçu mais par le sang versé. Derrière l’imperfection de la langue française, ces mots confiés à la postérité, écrits en regard de deux photos parfois éloignées de plus de trente ans, l’une à l’engagement, l’autre au moment du départ, en disent plus sur la place de la vertu de fidélité que toutes les réflexions philosophiques. En voici quelques traces, indélébiles :

- “Mes pensées iront éternellement vers vous ; honneur et fidélité” ;

- “Le lien de cœur avec la France et son armée et naturellement avec la Légion en particulier, sera impossible d’effacer ; avec honneur et fidélité” ;

- “La légion m’a donné cette opportunité d’une nouvelle vie et pour cela je restais toujours fidèle à ses valeurs” ;

- “C’est la vraie voie sacrée, celle que la Légion m’a fait parcourir ;  j’ai donné fidélité et notre maison m’a rendu Honneur”.

Ce dernier témoignage, d’une certaine manière, clôt mes réflexions sur l’association entre honneur et fidélité. J’y trouve le ressort de notre devise.

 

La fidélité est le souffle de l’honneur : elle l’anime. Elle en est même un principe. Elle prend de ce fait une toute autre dimension que l’aspect statique, froid ou austère qu’elle semble revêtir aujourd’hui.

Car au contraire, la fidélité est une disposition initiale qui ouvre les portes de l’aventure et de l’inattendu.

Elle est un élan du cœur et de la volonté qui autorise tous les héroïsmes.

Contrairement au diagnostic actuel qui affirme que la fidélité aurait tendance à disparaître d’un monde qui promeut tous les vagabondages, à en croire cette faculté de notre temps à “laisser tomber” à la moindre difficulté, à la moindre lassitude, cette vertu est l’arme de la résilience, si convoitée. De fait, elle se fait source de paix dans un contexte tourmenté. C’est la fidélité qui permet de remplir la mission jusqu’au bout : fidélité à son engagement, à ses chefs, à ses principes. Pour reprendre les mots du général Gillet dans son ouvrage déjà cité, la fidélité est la “vertu qui permet de conquérir la ligne de crête d’après ou de tenir dix minutes de plus(2).

La fidélité est assurément une valeur de l’avenir. Elle est pour nous au cœur de notre engagement : “Notre honneur, c’est de faire notre travail de notre mieux ; notre fidélité, c’est de le faire au moins aussi bien que nos anciens(3).

Legio Patria Nostra

Général de brigade Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

(1) Émile Henriot, Vers l’oasis (1935), cité dans le dictionnaire de la Légion

étrangère au chapitre Honneur et Fidélité

(2) Qui est comme Dieu ? Pierre Gillet, Editions Sainte-Madeleine, p 111

(3) Ibid


Les racines de l’honneur

Alors l’honneur a toute sa place à la Légion étrangère !

 

 

Avons-nous perdu le sens de l’honneur ? comme le suggère Jean-René Van Der Plaetsen, dans son livre La Nostalgie de l’honneur (1).

Dans une conférence sur ce thème, Érik Orsenna éclaire la question de l’éclipse de l’honneur (2) : “Ainsi va l’honneur de nos jours. Méprisé par le cynisme ambiant, il veut se défendre. Quitte à se dégrader lui-même, accepter qu’on baptise de son nom des attitudes qui sont seulement normales… Comment, face au spectacle quotidien de la chasse aux honneurs, garder du respect pour l’honneur ? Comment dans le même mot, séparer le bon grain du singulier de l’ivraie du pluriel ?
Plus loin, l'académicien nous donne cet éclairage : “L’honneur est ce bien moral conquis dans la lutte et qui permet à la fois d’acquérir la considération d’autrui et de conserver sa propre estime”.

L’honneur est donc pour un homme debout, ou redressé, dira-t-il. Il n’est pas l’oeuvre d’un instant ou d’un coup de tête mais il puise profondément dans l’être. Il est d’une certaine manière, préparé et réfléchi, bien différent de la bravade ou de la coquetterie. Il est “ce fascinant mélange de oui et de non, non à la négation de soi-même et oui aux valeurs qui méritent de risquer sa vie pour elles”.

Comment ne pourrait-il pas être réfléchi ? L’action guidée par l’honneur peut être subite mais pas l’honneur. Il n’est pas du domaine de l’instinct, il se sème, il se cultive au quotidien, il se conserve avec soin. Il est fait d’interrogations, de doutes, de choix sans vainqueur ni vaincu, comme nous l'a montré le commandant Denoix de Saint-Marc. La fidélité à la parole donnée en est souvent une pure expression. “Il se forge dans l’effort et l’adversité” (3).

Bref, l’honneur a besoin de racines pour résister aux tempêtes.

Vous conviendrez alors que l’honneur n’est pas une option pour le soldat. À quoi bon risquer sa vie sans honneur ?

Où apprend-on l’honneur ? Comment développer les racines de l’honneur ?

Auprès des hommes d’honneur ; c’est une transmission, un héritage More Majorum. Partageant la conviction de Jean-René Van Der Plaetsen, la vie des héros est le plus sûr moyen de guérir de “la nostalgie de l’honneur”.

Il me vient à l’esprit l’exemple de cet adjudant-chef, engagé dans un violent combat dans l’Adrar des Ifoghas, au Mali. Son équipier, le sergent-chef Vormezeele est mortellement touché. Son corps inanimé roule 70 m. plus bas. Toujours exposé aux feux de l’ennemi, insuffisamment localisé, l’adjudant-chef a été confronté à “ce fascinant mélange de oui et de non”. On imagine le dilemme, à froid pour nous, sous le feu pour lui. Une dépouille vaut-elle ma propre vie et celle de mes camarades ?

Seule une réponse d’honneur était possible : “Tu n’abandonnes jamais ni tes morts…”.

L’adjudant-chef est alors parti sous le feu, avec un binôme, récupérer la dépouille du sergent-chef. Il a prélevé au passage un peu de terre imprégnée de sang, en pensant, m’a-t-il dit, à la phrase : “Sur la terre imprégnée du sang des légionnaires, le soleil ne se couche jamais”. Il voulait rapporter cette terre, pour la famille.

Cet acte n’était pas irréfléchi, et pourtant quasi réflexe dans l’action, c’est certain. Cet acte était enraciné. C’était un acte d’honneur.

Les racines de l’adjudant-chef et de tous les légionnaires puisent dans le code d’honneur du légionnaire, thème de ce numéro. Pour beaucoup, ce seront leurs premiers mots de français et ce n'est pas un hasard.

Jean-René Van Der Plaetsen, au chapitre Le beau geste, parle de cette “conception de l’honneur que ne peuvent guère comprendre que les aristocrates et les voyous”.

Si le chant Aux légionnaires dit vrai : “...on y trouve des copains d’partout, y en a d’Vienne, y en a d’Montretout, pas ordinaires, des aristos et des marlous qui se sont donnés rendez-vous...”

Alors l’honneur a toute sa place à la Légion étrangère.

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(1) “L’honneur n’est pas à la mode. Il n’y a là rien de très étonnant : dans une époque où le cynisme ou le scepticisme commettent des ravages, nous en avons perdu le sens”. La Nostalgie de l’honneur, Jean-René Van Der Plaetsen, édition Grasset 2017, p. 11.
(2) “L’honneur n’est pas seulement le mérite”.
(3) “Qui est comme Dieu ?” Pierre Gillet, éditions Sainte-Madeleine, p 148.

Général Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

Editorial Képi Blanc Magazine - février 2021


2021 : cent ans d'Honneur et fidélité

Bonne et heureuse année 2021 ! La nouvelle année est l’occasion des résolutions ou des nouveaux départs.

Poussé par la mise sous presse anticipée, il est bien normal que l’imprimeur puisse goûter au repos de fin d’année, je serai bref dans cet éditorial qui ouvre l’année 2021. Bref pour ne pas quitter l’ambiance de Noël en pleine apogée et bref pour me concentrer sur les vœux pour cette nouvelle année.

Il s’annonce un grand Noël ! Je viens de boucler le tour des régiments, émerveillé par leurs ressources. Probablement stimulés par l’ennemi Covid-19, les chefs de corps et leur équipe de commandement ont rivalisé d’imagination pour adapter les activités de Noël. Je n’avais jamais encore réalisé de repas de corps sans vraiment distinguer le popotier, situé à l’autre bout d’un immense hangar. Même avec une sonorisation, cela simplifie les pots et du coup favorise les chants. De nouvelles disciplines sportives ont été inventées pour empêcher les interactions entre joueurs, occasionnant de franches rigolades et les traditionnelles réclamations à la proclamation des résultats. Les crèches, toujours aussi émouvantes resteront dans l’intimité de la famille Légion et c’est bien là la seule particularité de cette année. Bref tout va bien, c’est Noël.

C’était Noël, puisque ce numéro nous invite à aborder l’année nouvelle et à présenter nos vœux. Nous n’en manquons pas, pour vous, lecteurs de Képi Blanc.

Au-delà des souhaits de santé et de bonheur, à quoi sert le premier si le second s’est évaporé, j’aimerais vous associer au thème de notre année, cent ans d’Honneur et fidélité. En 1921, cette devise était inscrite sur nos drapeaux, remplaçant Valeur et discipline.

2021 sera donc l’occasion de développer ces deux vertus. À la réflexion, par-dessus la santé et le bonheur, je vous souhaite une année pleine d’Honneur et de fidélité.

La nouvelle année est enfin l’occasion des résolutions ou des nouveaux départs. Alors commençons par le commencement et parlons recrutement.

Je vous souhaite une bonne lecture et “sans peur, en route pour la Légion !”

 

Général Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

Editorial Képi Blanc Magazine - janvier 2021


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Humilité et chaleur d’un Noël : il n’y a pas de “petits” Noël

Prenez le temps alors de casser la routine et entrez dans la joie et la chaleur de Noël. Ne négligez rien, ni la préparation des crèches, ni la décoration, ni les tournois, ni la veillée. Chantez, riez, parlez, partagez, écoutez et à votre façon, priez !

 

J’écris cela en réaction à cette crainte d’un sous-officier mi désorienté, mi amère : “avec ce foutu COVID, cela va être un petit Noël”.

Que serait un petit Noël ? Une question de volume, d’ambiance autour d’une veillée ratée ? Serait-il déterminé par un trop petit nombre de crèches, une rupture en bières, ou parce qu’il n’y aurait pas de foie gras en plus des crevettes, que sais-je encore ?

Ces critères n’en sont pas. Les plus anciens gardent tous le souvenir d’un Noël atypique, en détachement isolé, en opérations ou encore en préparant un colisage après une alerte en pleine veillée. “Déplacement de Baïdoa à Haddour, arrêt à 17h30 à 30 kms au sud-ouest de la ville, préparation du bivouac pour Noël. Messe à 20h30, remise des cadeaux, pot, sketches et dîner. La compagnie est rassemblée autour d’une petite crèche et d’un sapin de fortune… Humilité et chaleur d’un Noël sur la piste !
Coucher tardif”. Cet extrait du journal de marche et d’opérations de la 3e compagnie du 2e REP en Somalie, le 24 décembre 1992 est écrit dans le style très caractéristique d’un JMO : factuel, descriptif, sobre et froid.

Pourtant ces quelques lignes suffiraient à mon éditorial. Elles décrivent le rite qui fait entrer dans cette fête majeure de la Légion étrangère. Leur lecture ouvre un imaginaire magique bien loin de la pièce historique, administrative et juridique : Humilité et chaleur d’un Noël sur la piste ! Coucher tardif. Ces mots nous transportent et l’on se prendrait, par une étrange association de souvenirs, à partager leurs confidences dans la nuit étoilée de la Corne de l’Afrique.

Peu importe les circonstances, donc, déployé dans le cadre de l’opération Sentinelle ou au poste de garde de toutes les
latitudes, en période de crise sanitaire ou en guerre, nous fêtons Noël pour nous réchauffer. Il semble d’ailleurs que la Légion l’ait toujours fêté. Le premier témoignage date de 1912, au 3e bataillon du 2e Étranger, à Fez, et décrit la veillée autour d’une crèche vivante et d’un quart de vin chaud. Depuis le rite s’est étoffé, au fil du temps, d’un challenge sportif ou d’un concours de crèches.

La fête de Noël est ainsi devenue l’autre face de Camerone, un peu comme la lune répond au Soleil. Si Camerone par son cérémonial martial sous un soleil brûlant nous apprend le culte de la mission et du sacrifice, Noël, par un cérémonial familial,
répond dans la nuit profondément aux besoins de tous, déracinés ou nostalgiques d’un passé lointain, émerveillés par la chaleur de cette nuit ou reconnaissants de sentir l’accueil sans condition dans une famille. Noël nous apprend l’espérance.

Dans le numéro de KB de décembre 1947, le père Jean Hirlemann, compagnon de la Libération, aumônier de la Légion étrangère, écrivait : “on vient à la Légion parce qu’on espère... aussi, dans la monotonie des jours qui passent, Noël a sa place, sa grande place… Courage, Noël donne un sens à notre vie de légionnaire”.

Existe-t-il en effet quelque chose de mieux à Noël, que la crèche représentant une famille “mise à la porte” et accueillie par des bergers, pour symboliser le parcours du légionnaire ?

Par-delà toutes les croyances, laissons faire le temps de Noël. Laissons Noël s’immiscer dans le calendrier de nos obligations. Il s’agit par-dessus tout, de se poser, ensemble, et d’ouvrir nos cœurs.

Vivons ces moments où les différences de grades s’estompent, où s’établissent des contacts moins formels en s’amusant de nos travers lors de sketches bien sentis, où les quelques confidences de peines ou d’aspirations resserrent les liens. On échange des cadeaux, on découvre des camarades inconnus au cours de la nuit…on se relâche, on se déleste de l’exigence nécessaire mais pesante d’une troupe de combat.

Prenez le temps alors de casser la routine et entrez dans la joie et la chaleur de Noël. Ne négligez rien, ni la préparation des crèches, ni la décoration, ni les tournois, ni la veillée. Chantez, riez, parlez, partagez, écoutez et à votre façon, priez !

Joyeux Noël à vous légionnaires, plus spécialement à vous les plus jeunes qui allez fêter votre premier Noël car, s’il n’y a pas de petits Noël, Noël comble les petits, quel que soit leur âge.

 

Général Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

Éditorial Képi Blanc Magazine - décembre 2020


Forger les hommes pour les chocs futurs

Le dernier Képi Blanc Magazine est consacré aux sections de chocs dont les légionnaires sont sélectionnés avec rigueur. Leur engagement nécessite travail, entraînement dans l’humilité, persévérance et endurance ... l'ADN de la Légion étrangère.

 

 

« Mais la légion s’en va, oui s’en va, part au baroud, baroud »

 

Début octobre, l’armée de Terre a présenté ses capacités à la nation, sur le plateau de Satory. Le chef d’état-major a développé à cette occasion son plan stratégique, déclinaison d’une ambition pour les dix prochaines années. L’enjeu est la supériorité opérationnelle de nos armées, à l’horizon 2030, face à des menaces plus dures, multiformes, sur tous les champs de la conflictualité et tous les milieux matériel ou cybernétique.

Quatre chemins, balisés de 12 projets, permettront à l’armée de Terre de « changer d’échelle » afin de rejoindre cette ambition : forger des hommes à la hauteur des chocs futurs, développer des capacités pour affronter une nouvelle génération de menaces, durcir l’entrainement et enfin fonctionner de façon simplifiée pour plus d’efficacité et de résilience.

Et la légion ? Elle a toujours eu à cœur cette exigence d’être au rendez-vous des combats. Nous le chantons avec gravité : « la légion marche vers le front » ou encore dans le chant la lune est claire, « Mais la légion s’en va, oui s’en va, part au Baroud, Baroud ».

La légion cultive en effet, avec application, son niveau de préparation opérationnelle. « Vers l’excellence opérationnelle » était d’ailleurs le thème du dossier képi blanc de juin dernier. Cela nécessite travail, entraînement dans l’humilité et la persévérance, endurance et récupération [1].

Les 40 000 légionnaires tombés au combat constitue d’ailleurs l’ADN de la Légion, force combattante.  Chaque jeune légionnaire débute son premier contrat dans la crypte du musée. Il y reçoit ce déterminant qui le destine au combat.

« Vous autres, légionnaires, vous êtes soldats pour mourir et je vous envoie où l’on meurt ». L’apostrophe lancée par le général de Négrier au Tonkin en 1884 était destinée à des hommes forgés pour combattre les pavillons noirs soutenus par la Chine. Ces soldats avaient été formés 3 ans plus tôt par ce même chef, alors colonel, nommé à la tête de la Légion étrangère pour la sortir de l’engourdissement de 1870. Sa méthode n’est pas sans rappeler l’ambition d’aujourd’hui : restauration de la rigueur dans l’exécution du service, dynamisme dans l’action, esprit d’initiative[2] . On lui doit ainsi la création des compagnies montées. La dotation d’un mulet pour deux légionnaires pris de vitesse l’ennemi et permis la victoire dans le sud oranais. Cette supériorité opérationnelle des années 1880 a été obtenue grâce à des hommes forgés à résister au pays de la soif, grâce à une nouvelle capacité, le couple mulet-légionnaires, grâce à un entraînement durci permettant d’améliorer l’emploi de cette capacité et enfin probablement grâce à une boucle simple et très courte de prise en compte du RETEX et des bonnes pratiques.

 

Forger les hommes pour les chocs futurs

 

C’est donc, me semble-t-il, l’histoire rebattue de « monsieur légionnaire » qui n’a qu’un nom mais des milliers de visage. Ce numéro est dans cet esprit, consacré aux sections de chocs. Elles sont d’une certaine manière nos compagnies montées d’aujourd’hui et se construisent pour gagner la supériorité opérationnelle. Plus exigeantes en terme de résilience de technicité et d’engagement, elles sont des laboratoires et des locomotives pour les autres unités de combats.

L’actualité de ce mois nous propose trois autres visages de ce monsieur légionnaire tourné vers la haute intensité.

A tout seigneur, tout honneur, le premier visage est celui du LCL Zlatko SABLJIC. La famille légionnaire a rendu un vibrant hommage à ce combattant infatigable. Cet homme était forgé pour les combats les plus rudes.

Le second visage est une mosaïque de neuf visages racontant la dernière décennie de combat de la Légion étrangère. Neuf récits regroupés dans un ouvrage intitulé « la lune est claire ».  Neuf officiers de légion témoignent de l’engagement total des képis blancs, attirés par le « baroud ».

Le dernier visage est encore différent, même atypique. Il s’agit du LCL de la réserve citoyenne Rudy Ricciotti. Lui aussi aime le baroud et la Légion étrangère, sa deuxième famille. Il ouvre une nouvelle rubrique dans ce magasine : « sans filtre ». Des amis et fins connaisseurs de notre institution nous ouvriront d’autres horizons de pensée. Le regard de ces patriotes, venus d’un autre univers, participe à l’édifice national et à sa résilience.

Alors est-ce à dire que la Légion n’a plus rien à faire?

Ce serait nier nos gènes. Notre grandeur et notre servitude est de sans cesse renouveler, c’est à dire, faire à nouveau. La légion doit travailler à mieux recruter, à améliorer ses parcours professionnels, à durcir la formation, à améliorer le quotidien du légionnaire et des familles, à mieux soutenir ses blessés.

La tâche est immense comme elle le fut pour nos Anciens. En avant, au baroud !

 

Général de brigade Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

(Éditorial Képi Blanc Magazine – octobre N° 836)

 

[1] Editorial de Képi Blanc Magazine - juin 2020

[2] Histoire et dictionnaire de la légion étrangère p. 650


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