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A MADAGASCAR - LES OPÉRATIONS MILITAIRES DE LA COTE EST

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Le Monde illustré du 08/06/1895

 

A MADAGASCAR - LES OPÉRATIONS MILITAIRES DE LA COTE EST - (Photographies de MM. PERROT frères et GIMEL.)

Le courrier postal parti de Tamatave le 5 ou le 6 avril, et arrivé à Paris le 1er mai, nous portait le récit des événements survenus sur la côte Est de Madagascar du 26 mars au 5 avril; il nous faisait notamment connaître quelques détails sur la reconnaissance dirigée le 2 avril dans la direction de Faharafate et de Sahamafy : nous en avons parlé dans notre numéro du 18 mai.

Le courrier suivant, arrivé en France le 20 mai, nous apprend les incidents de guerre qui se sont passés du 5 au 25 avril.

Le fait le plus important de cette période est la reconnaissance vers Ivondrono.

Ivondrono est situé au sud de Tamatave, près de la côte, et sur la rivière Ivondrono, à dix kilomètres environ du fort de Tamatave: c'était, il y a quelques mois, un assez gros village indigène, près duquel se trouvait la plantation maraîchère de M. Ch. de Sornay, l'une des premières victimes de la guerre: la reconnaissance devait voir si les Ilovas s'étaient fortifiés sur ce point, que traverse la piste de Tamatave à Tananarive.

De Tamatave à Ivondrono,il y a même plus qu'une piste; une véritable route est tracée : elle était entretenue en très bon état, grâce à l'active circulation des tonneaux de rhum; n'ayant ni charrettes, ni autres modes de transport, les Malgaches roulent les tonneaux; la route était assez bonne pour se prêter à ce genre de circulation et la quantité relativement considérable de tonneaux quotidiennement roulés suffisait pour tasser la route et la maintenir en état de satisfaisante viabilité.

Le 18 avril, le colonel Colonna de Giovellina partait de nuit, avec tout un bataillon, dans la direction d'Ivondrono. Nos soldats, qui espéraient rencontrer des Hovas, étaient pleins d'entrain; les ennemis se gardèrent bien de se montrer; la reconnaissance, en arrivant à Ivondrono, n'y rencontra que quelques poteaux carbonisés marquant l'emplacement du village, que les Hovas ont détruit pour faire le vide autour de nous; le colonel fit rouler les échos du son du clairon qui retentit comme un inutile défi; le café préparé, nos soldats reprirent le chemin de Tamatave.

Nous publions le portrait de M. le lieutenant-colonel d'infanterie de marine Colonna de Giovellina (Auguste-Napoléon-Emmanuel-Lucien), qui depuis le 12 décembre 1894, est investi des délicates fonctions de commandant de l'état de siège à Tamatave; il apporte dans ses relations avec la population civile un tact parfait et une urbanité qui font honneur à son caractère et qui lui ont valu les sympathies de tous; il est estimé des civils et aimé des soldats.

Une de nos gravures représente le Blockhaus des dunes (voir le plan des défenses de Tamatave publié dans notre numéro du 18 mai); ce blockhaus commande toute la partie sud des lignes; l'aspect n'en est pas terrible; mais c'est plus que suffisant contre un ennemi tel que les Hovas ou leurs recrues.

Tamatave étant en réalité bloqué par les Hovas, qui entourent nos positions en se tenant au nord derrière l'Ivolina, à l'ouest sur les hauteurs d'Ampassimandrona, Farafatrana, Soanirana, Ampagalana, Sahamafy, au sud derrière l'Ivondrono, l'approvisionnement de la ville en vivres frais présente de réelles difficultés: les denrées sont hors de prix; les œufs, les. poules et poulets se payent vingt ou trente fois plus cher qu'au début des opérations. Nos compatriotes se consolent en rimant des couplets. Jadis en 1885, MM. Miot et Patrimonio faisaient tous les frais des chansons d'alors, toutes fort médisantes; les rimeurs sont moins acerbes aujourd'hui: ils consolent leurs compatriotes dans le ris de toutes choses : les poètes sont philosophes, ces vers en témoignent :

Les pauvres bœufs qu'on voit passer,
Ne trouvant plus rien à manger
Ni choux, ni rave,
Se promènent bien tristement
Et maigrissent publiquement
A Tamatave.

Ils vont paître près du rova,
Demeure antique du Hova,
Humide cave,
D'où des officiers biscornus
S'élançaient sur les revenus
De Tamatave.


Il ne suffit pas de manger même de la vache maigre, il faut se blanchir. C'est encore là l'une des grosses difficultés du moment. Il n'y a pas de ruisseau, ni d'eau à Tamatave; il faut sortir de la ville et des lignes pour trouver une rivière, le Mananareza.

Un endroit a été assigné aux femmes indigènes de Tamatave pour aller laver le linge européen près de l'embouchure du Mananareza; pour qu'elles ne soient pas enlevées par les Hovas, qui, quoique invisibles, épient tout ce qui se passe de notre côté, les laveuses sont protégées et gardées par des factionnaires: notre photographie montre la scène mieux qu'aucune description ne la pourrait rendre.

Pour qu'aucune intruse, aucune espionne ne puisse se glisser dans le corps des laveuses, il leur a été distribué des cartes d'identité: elles doivent les montrer à toute réquisition : une autre de nos photographies montre les laveuses sur le point de rentrer dans les lignes et un factionnaire vérifie leur carte.

On rit de toutes ces misères à Tamatave, comme les Parisiens riaient de tous les ennuis du siège de 1870. Il serait cependant temps que tout cela cessât, qu'une action rapide et énergique nous ouvrît l'intérieur.

Les conditions de la prise d'Ambohimarina dans le nord prouvent que nous ne rencontrerons aucun obstacle jusqu'à Tananarive.

HENRI MAGER.


Traduction

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