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A MADAGASCAR - LA ROUTE DE MAJUNGA A L'ÉMYRNE

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Le Monde illustré du 23/02/1895

 

 

A MADAGASCAR - LA ROUTE DE MAJUNGA A L'ÉMYRNE

Mesuré sur la carte, c'est-à-dire sans tenir compte des ondulations du sol, la route de Tamatave à Tananarive, que nous avons décrite dans un numéro précédent, a vol d'oiseau, accuse 270 kilomètres; le fil télégraphique, qui chevauche par monts et par vaux, les détours et coupe au plus court se développe entre le port principal de la côte Est et la capitale des Hovas, sur 300 kilomètres.

Plus longue est la route opposée, celle de Majunga à Tananarive : à vol d'oiseau elle atteint 380 kilomètres; elle est, en réalité, de 442 kilomètres.

Si la route de Tamatave à Tananarive peut emprunter la voie de mer, ou plutôt la voie des lacs côtiers, de Tamatave à Andevorante, et même jusqu'à Maromby, — ce qui réduit le trajet par terre à 200 kilomètres environ, — la route de Majunga à Tananarive utilise les voies fluviales sur 159 kilomètres; la distance à franchir, par terre, est ainsi, de ce côté, de 283 kilomètres.

La route de Tamatave et celle de Majunga convergent vers un même point situé à une altitude de 1,450 mètres; il est assez logique que la plus longue des deux voies ait des pentes plus douces. La route de Majunga, quoique moins dure que celle de la côte Est, n'en est pas moins hérissée de mille difficultés et de mille obstacles.

Allons d'ailleurs la reconnaître pour la juger.

Majunga. — Majunga — dont nous avons déjà publié diverses vues dans notre numéro du 12 janvier — est le second port d'exportation de Madagascar; en 1890, Tamatave exportait pour 2,350,000 francs, Majunga pour 500,000, Mananjary (côte est) 460,000 francs.

Mais, au point de vue des importations, Majunga n'arrive qu'au troisième rang. En1890, Tamatave importe pour 4,120,000 francs, Mananjary pour 760,000 francs, Majunga pour 400,000 francs, seulement un dixième du chiffre atteint par Tamatave : Vatomandry et Vohémar ont moins d'importance encore.

Le commerce de Majunga, tant à l'entrée qu'à la sortie, atteignait ainsi 900,000 francs en 1890, dont 800,000 francs par pavillon français.

L'Annuaire officiel de Madagascar mentionne, comme résidant à Majunga, douze Français et trois Françaises.

La population indigène atteint probablement le chiffre de 5,000 tètes : des Sakalaves en nombre, et avec eux, quelques Hovas, fonctionnaires, soldats, ou commerçants, des Indiens, protégés anglais, tous commerçants, des Comoriens, protégés français, et des Antalaotra, métis d'indigènes avec des Comoriens, ou des Arabes; tous les Antalaotra sont mahométans.

Sur ses 500.000 francs d'exportation, Majunga expédie 275.000 francs de cuirs et 185.000 francs de caoutchouc, avec 40.000 francs de produits divers, dont 20.000 francs de rabannes.

Les cuirs sont de deux qualités : les cuirs de boucherie qui valent de 20 à 23 francs les 50 kilos, et les cuirs de l'intérieur, qui sont généralement traités au sel et dont la préparation laisse beaucoup à désirer. Elle est à un tel point défectueuse que les transactions deviennent impossibles. Les Américains qui vendent des quantités considérables de « toiles de coton », qui en entrent à Tamatave pour près de deux millions de francs par an (soit moitié des importations totales), avaient songé à acheter les peaux de bœufs pour donner du fret de retour à leurs navires; des cargaisons entières de peaux se sont moisies et cette perte a été trop sensible aux deux maisons américaines de Madagascar, pour qu'elles consentent de longtemps à tenter une nouvelle opération sur les peaux salées.

Quant au caoutchouc il est de trois qualités : le caoutchouc des Sakalaves, coagulé par l'action du citron ou du tamarin, mal recueilli, contenant de la terre, du sable, des cailloux, par suite déprécié et ne se vendant, en moyenne, que 11 piastres les 36 livres anglaises : le caoutchouc du Ménabé, venant du sud, plus propre que le précèdent, mais toujours humide et perdant parfois moitié de son poids pendant le transport en Europe; se vend 25 à 30 piastres les 100 livres anglaises; — enfin, le caoutchouc de Majunga qui est préparé par les Hovas avec l'acide sulfurique et qui atteint les prix de 36 et 40 piastres les 100 livres anglaises.

Le commerce de Majunga, loin de se développer, diminuait chaque année : les importations, qui se chiffraient, en 1890, à 400.000 francs, avaient été de 548.000 en 1888. L’exportation des peaux, qui avait atteint certaines années 188.000 peaux, était tombée en 1887 à 98.000, en1888 et 1889 à 66.000. en 1892 et 1893 à 53.000 peaux.

Les causes de cette crise économique résident certainement dans l'état d'insécurité où se trouvait la contrée sakalave, dont Majunga est le débouché : le brigandage, le fahavalisme arrêtait complètement la vie de ces contrées.

Notre intervention aura un salutaire effet et permettra l’exploitation du pays.

Embarquons-nous, — par la pensée — à Majunga soit dans une pirogue (il y a quelque danger, c'est couleur locale et ce n'est pas banal), soit en boutre, pour les apeurés, soit pour ceux qui recherchent, le confortable et la vitesse, en chaloupe en vapeur. Une chaloupe est à ce jour en service : la Boina, qui a été construite, non pas en France ou en Angleterre, mais à Madagascar même, à Suberbieville. dans les ateliers de M. L. Suberbie; ce fut une façon très heureuse et économique de résoudre la question du transport entre l'Europe et l'Océan Indien que de la supprimer, en montant sur l'Ikopa des ateliers suffisants pour la construction métallique. (Nous représentons cette chaloupe parmi nos gravures.) La Borna, qui a depuis longtemps fait ses preuves, mesure 24 mètres de longueur, 3m50 de largeur, 40 centimètres de tirant d'eau: sa force est de 90 chevaux.

42 kilomètres sont à franchir, à travers la baie de Bombétoke, pour atteindre Marovay.

Marovay. — Marovay, dont le nom signifie « beaucoup de caïmans », est situé au fond de la Baie de Bombétoke, en face Nosy-Ambatobé, et un peu dans l'intérieur, sur une petite rivière de 2 mètres de large, c'est le chef-lieu de l'un des vingt-trois gouvernements qui composent le Boeni ou Pays des Sakalaves du Nord.

Village de Marovay - Départ du courrier.

Village de Marovay - Les rues principales.

Village de Marovay - Les rues principales.

Village de Marovay - Vue d'ensemble.

Avec le gouverneur hova, Raini-Voanjo, un 12e honneur, nous compterons à Marovay, centre relativement important, cinq Français, un Autrichien, cinq Comoriens commerçants et quatre planteurs, un peu plus d'une cinquantaine d'Indiens. Près de la ville est un fort hova, modeste comme tous les forts hovas, un simple rova (se prononce rouve); tel celui que notre gravure représente : une palissade en pieux et c'est tout. Ni fortifications à la Vauban, ni batteries, ni canon; les Hovas n'ont aucune arme à nous opposer; dans leur aveugle orgueil, ils ont pris jusqu'ici notre patience pour de 1 impuissance; ils ne croient pas encore que nous nous déciderons a une action plus énergique qu'en 1883-85. Mais si nous avançons, ils se soumettront à la force. Depuis des années ils disent et répètent : « Nous ne céderons qu'à la force; mais devant la force, nous céderons. »

Il nous suffira de paraitre pour obtenir une soumission complète, absolue.

Maëvatanana. - La rivière de Marovay dépassée, on entre dans le Betsiboka (se prononce Betsibouke); on le remonte jusqu'en face Trabonjy, autre chef lieu de gouvernement, peuplé de quelques centaines d'indigènes et où se sont fixés six commerçants indiens. On quitte alors le Betsiboka pour entrer dans son grand affluent l'Ikopa (se prononce lkoupe).

A 117 kilomètres de Marovay, à 159 kilomètres de Majunga, où se trouve en face de Maëvetanana.

Pour franchir la distance totale, les pirogues mettent 36 heures.

Maëvetanana, comme Marovay, comme Mahabo, Trabonjy, Ankoala, Amparihibé, Antongodrahoja, Ambodiamontana est chef-lieu d'un des vingt-trois gouvernements du Boéni. Ce village est situé à 4 kilomètres de la rivière, sur une éminence; l'une de nos gravures représente le rova du gouverneur; Romambazafy est entouré de ses aides de camp, près de lui sont ses soldats réguliers et ses musiciens.

Le port de Maevatanana est Suberbieville.

Suberbieville. — En décembre 1886, le premier ministre hova accordait à notre compatriote M. L. Suberbie le droit d'exploiter tous les gisements aurifères du bassin de l'Ikopa et du Betsiboka.

Préparation de la tranchée des sluices.

La sluice boxe.

Laveurs à la battée.

Un traité intervint entre Rainilaiarivony et son concessionnaire : les termes en furent à différentes reprises modifiés.

M. Suberbie avait pu s'engager, tellement l'exploitation se présentait sous un jour favorable, à payer, lui-même, et lui seul, l'emprunt des 13 millions en 10 semestrialités, versées de 1891 à 1895, et allant de 111.596 piastres pour la première (557.982 fr.) à 464.391 piastres pour la dernière (2.321.957 fr.).

Dès sa concession obtenue, M. L. Suberbie se met a l’œuvre.

Il travaille tout à la fois l'alluvion et le quartz; il lave les terres alluvionnaires à la battée, où il les traite par des procédés moins primitifs; il attaque la roche à Ampasiry par une méthode hydraulique ( qu'une de nos gravures figure ); il recherche les filons par puits et galeries.

Suberbieville est créé en 1889 : à certains moments 1.400 hommes travaillent sur les chantiers : ils donnent 27 kilogrammes d'or par mois : on eut pu en obtenir quatre fois plus si le; bras n'eussent manqué.

Marokolohy. — A Suberbieville, on abandonne la voie de l'Ikopa pour prendre la voie de terre. Pendant 25 kilomètres on longera le fleuve: 5 heures de marche conduiront au petit village de Tsarasaotro; la montée sera de 200 mètres.

Un plan incliné, avec de légères ondulations, montera à 400 mètres, puis une dépression dans laquelle est le village d'Ampasiry, aux granits aurifères.

La zone difficile débute : le plateau d'Ampasiry est extrêmement raviné; puis des collines succédant aux collines, des masses rocheuses de tous côtés; il reste 223 kilomètres pénibles à vaincre.

Huit heures et demie de marche ont mené à Marokolohy, l'un des chefs-lieux des gouvernements hovas échelonnés sur la route: là nous retrouvons un gouverneur, 9e honneur (Andriantseheno), avec son rova, sa garde et ses musiciens, et de nombreux moustiques dont les traces se retrouvent dans l'étvmologie du nom de ce poste.

Malatsy. — Quatre heures de marche à travers les collines d'Ambohimenakely, par une montée de 500 à 690 mètres pour redescendre à 580, permettent d'atteindre Malatsy, autre chef-lieu de gouvernement hova.

Ampotaka. — La rivière Kamolandy franchie, l'ascension des mille mètres de l'Andriba évitée par un détour, un regard donné sur les curieux monuments des antiques Yazimba qui se dressent sur la droite, on longe le cours du Mamokomita dans une région extrêmement tourmentée: la piste est de tous côtés dominée de sommets rocheux très escarpés.

On monte toujours: au delà de la cascade de Tafofo, une belle chute de 100 mètres, on est à 995 mètres d'altitude: on franchit un étang couvert de roseaux et une pente légère mène à Ampotakil, autre chef-lieu de gouvernement: c'est un village d'importance moyenne, comptant environ 100 cases.

Kinajy. — Entre Ampotaka et Kinajy, on longe un ruisseau, le Firingalava, que l'on passe plusieurs fois à gué. La pente est peu sensible; mais la piste est enserrée à droite par les rochers d'Ambohitohana. d'Ambohibé, d'Ankotrokotrana, de Kiangara, à gauche par les rochers de Tsinainondry, de Fandriandratsy.

Kinajy est le dernier chef-lieu de gouvernement du Boëni.

Au delà est la plus grosse difficulté de la route : il faut franchir les lianes du plateau de l'Emyrne; un gradin, une marche de 500 mètres d'élévation abrupte.

De Kinajy à Amboripotsy, la distance n'est que de 8 kilomètres, pendant lesquels on s'élève de 950 à 1.450 mètres.

Sakalaves. — 'Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, les Sakalaves de la côte-ouest formèrent un puissant empire : le fondateur de la monarchie sakalave avait été, selon la tradition, le « brûleur de forêts », un blanc débarqué, peut-être au XVIe siècle, dans la Baie de Saint-Augustin. Des querelles intestines ruinèrent la puissance des Sakalaves. Lorsque les Hovas les attaquèrent sous Andrinampoinimerina (1787 à 1810) et sous Radama Ier (1810 à 1828), ils ne purent résister. Ils furent vaincus, ils ne furent pas soumis. C'est contre les Hovas que les Sakalaves contractèrent traités avec nous en 1840 et 1841 : ils avaient confiance en nous : et comptaient user de notre appui; nous les avons trahis en 1885 en les abandonnant aux Hovas.

Les Hovas n'ont pu se rendre maîtres du Sakalava : leur autorité ne s'étend pas au delà de quelques kilomètres à l'entour de leurs rovas, et les Sakalaves témoignent contre nous un ressentiment profond.

N'a-t-on pas assez répété depuis quelques année; que les Sakalaves seraient pour nous de précieux auxiliaires pour la campagne ? Pure illusion. Ces peuplades, guerrières par excellence, nous traiteront en ennemis. L'escorte du résident général descendant en novembre dernier de Tananarive à Majunga a failli échanger des coups de fusil avec eux. L'expédition aura à les réduire. Ils ne croient plus à notre parole : nous ne pourrons les désarmer par des promesses, faudra avoir recours à la force, cruelle conséquence des fautes du passé. Nous avons décrit les deux routes, qui conduisent au Plateau de l'Imerina ou Emyrne, celle de l'est et celle de l'ouest. Il nous reste à parler du plateau central.

HENRI MAGER.


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