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Dans l'adrar de Tigharghar, les légionnaires français ratissent les caches d'AQMI

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LE MONDE | 11.03.2013

Des hommes faits prisonniers par l'armée française, dans la vallée d'Amettetaï, au nord du Mali, le 5 mars 2013.
| Sylvain Cherkaoui/Cosmos pour "Le Monde"

REPORTAGE. Dans le silence écrasant de Tigharghar, dans le nord du Mali, on ne distingue d'abord qu'un spectre de bruit dans le ciel, si chaud qu'il donne l'impression d'écraser les roches noires. Celui d'un avion invisible, l'un de ceux qui a repéré, à distance, les indices trahissant une installation possible de combattants d'AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique) dans le chaos minéral.

Voici à présent des hélicoptères, qui volent, tournoient. Puis des blindés qui progressent au loin dans la vallée, prêts à appuyer la manœuvre. Et, devant, le fer de lance de l'opération en cours : des légionnaires du 2e REP qui se glissent dans la rocaille et entourent, avec six compagnies, la position camouflée où pourraient se trouver des combattants ennemis.

Infographie "Le Monde"

Entre ciel bleu et cailloux noirs, l'espace est mince. C'est dans cette bande que des hommes se cherchent pour s'affronter. L'armée française, avec l'appui de troupes tchadiennes, au cours des semaines écoulées, est entrée par la force dans un sanctuaire d'AQMI caché dans la vallée de l'Amettetaï qui traverse l'adrar (massif). C'était la bataille cruciale de la guerre, mais pas son point final. Avant de poursuivre les opérations ailleurs, les légionnaires mènent les derniers ratissages.

Les militaires aux visages brûlés de soleil se déploient sur le relief. L'objectif est une faille naturelle. Combien de combattants peuvent s'y trouver ? On l'ignore. Avec les tactiques de dissimulation employées par les combattants d'AQMI, c'est seulement sur les lieux du combat que leurs effectifs se révèlent.

Pour y parvenir, il n'y a qu'une solution, celle du mouvement des hommes qui gravissent les pitons et les collines de pierres. Dans la section du lieutenant Guillaume, on ne dit pas un mot, tandis qu'approche l'objectif. Sur le chemin, il y a un combattant d'AQMI. Mort, sans doute touché par les frappes aériennes qui ont carbonisé un pick-up, non loin. Il semble avoir eu la force de se traîner jusqu'à l'entrée d'une anfractuosité qui devait servir de cache, avant d'y mourir.

Son corps, déjà en décomposition, gonfle sa veste d'uniforme à en faire craquer les coutures. Un légionnaire tente de le bouger, et la jambe lui reste dans la main. Impossible de l'enterrer sur ce sol de rocaille. Plus tard, il sera "empierré". Au même moment, dans une vallée adjacente, une section tombe nez à nez avec des combattants d'AQMI, dans une zone où une patrouille avait pourtant eu lieu la veille. Derrière l'épine dorsale d'éboulis, des coups de feu retentissent. L'engagement est bref. Des hommes viennent de sortir d'une cache minérale et d'ouvrir le feu. Ils sont tués.

SACS DE NITRATE D'AMMONIUM POUR ENGINS EXPLOSIFS 

Bientôt, l'assaut est donné sur la faille centrale. Les légionnaires y pénètrent sans rencontrer de résistance. Ce devait être un hôpital de campagne. Sur le lit de sable au fond de la faille, quelques installations médicales sommaires, deux blessés, déjà morts. Un homme est dissimulé sous une couverture, allongé à même le sol dans une anfractuosité de la muraille. Quelques soldats l'ont dépassé sans le voir quand il se lève pour ouvrir le feu. Il est aussitôt tué.

Derrière lui, dans une autre brèche dans la pierre, un adolescent émerge du vacarme des armes, hébété, blessé légèrement. Il boit avec avidité l'eau qu'on lui donne. Il est arrêté. C'est un double miraculé. Des bidons de plastique vides témoignent de la soif qui a dû étreindre les combattants d'AQMI qui avaient disséminé ces caches dans la vallée pour en faire un piège mortel.

5 mars 2013. Vallée d'Amettetaï. Les failles, grottes et anfractuosités de la roche sont toutes vérifiées par
les légionnaires français pour déloger les combattants cachés. | Sylvain Cherkaoui /Cosmos pour "Le Monde"

Qu'ont vécu et pensé les hommes qui ont agonisé, attendu, râlé, tremblé au fil des heures du jour brûlant, puis de la nuit glaciale ? AQMI n'a jamais fait part de ses états d'âme.

Deux mois après le début de l'intervention française au Mali, le 11 janvier, le général Barrera, qui a mis sur pied l'opération dans l'adrar, continue de pousser son avantage sur les forces ennemies. "L'Amettetaï a été un combat de volonté. L'aiguille a été au milieu pendant deux trois jours, moment de basculement. On a foncé à ce moment en prenant plus de risques. C'était là où il fallait forcer." D'autres opérations sont envisagées ailleurs. A priori, aucun système de défense comparable à celui que les légionnaires et les parachutistes ont enfoncé au cœur de la vallée de l'Amettetaï. "Mais attention aux surprises", avertit le général Barrera.

Vers Gao, des opérations menées récemment vers Djébok, avec l'armée malienne, ont permis de combattre plusieurs groupes du Mujao (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest), proche d'AQMI. Il reste des poches rebelles dans la région voisine du Gourma, au sud du fleuve Niger, ou dans la forêt de Wagadou, au nord-ouest de Tombouctou, à la frontière avec la Mauritanie.

Avant de passer à ces opérations, les soldats français ratissent aussi le matériel abandonné par AQMI. Vers l'Amettetaï, une unité du génie avance à la recherche des armes et munitions qu'AQMI a égrenées dans le paysage. Sous un arbre, un amoncellement de sacs de nitrate d'ammonium, entrant dans la fabrication d'explosifs utilisés dans les IED, des engins explosifs improvisés. Faute d'eau pour disperser le produit, les légionnaires le mélangent à de la terre pour le rendre inutilisable. "Mets tes gants !", ordonne un adjudant-chef lorsqu'un soldat agrippe un sac. Un instant plus tard, un scorpion jaune, la queue haut dressée, sort du tas, prêt à l'attaque.

Au cours de la même patrouille, un atelier de confection d'IED est trouvé avec tout l'attirail pour fabriquer des engins de destruction : obus en cours de démantèlement, plaques métalliques et baguettes de soudure pour la fabrication de récipients. En l'explorant, l'adjudant-chef tombe sur une bouteille de gaz, pleine d'un mélange explosif, détonateur en place. "Il ne restait plus qu'à brancher", observe le sous-officier en neutralisant le dispositif. Là encore, le facteur temps a été déterminant.


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