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FSALE



Décès du général (2s) Jules Belgodère le mardi 18 août 2020

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Décès du général Jules Belgodère le 18 août 2020 au Buisson (Lozère) à l’âge de 92 ans.

 

le général Belgodère était une figure très attachante, fidèle à la Légion, officier modeste et plein d'humour, et toujours l'œil pétillant. Entré en service en 1946, colonel en 1977, général le 17/11/84.

"Grièvement blessé par des tirs de mortiers viets dans la nuit du 30 au 31 janvier 1952 sur la côte 202 du Ba Vi en contrôle de la RC6, il a bénéficié de l'une des premières évacuations sanitaires par hélicoptère, ... resté entre la vie et la mort pendant deux semaines, mais il finit par s'en tirer" (Pierre Sergent, Le 2ème BEP en Indochine, Presses de la Cité, janvier 1982)

La Fédération des sociétés d'anciens légionnaires et son président présentent à Madame Belgodère, à son fils Bruno et à toute sa famille leurs condoléances profondes et respectueuses en ces moments douloureux.

Général Rémy Gausserès

 


Depuis quelques années, le général Belgodère ne pouvait plus participer physiquement aux manifestations des nombreuses associations dont il était adhérent et il en souffrait.

Il avait un besoin permanent d’oxygène que lui fournissait un appareil. Malgré cela, il connaissait des crises d’insuffisance respiratoire. Il y a quelques semaines alors que la famille est dans sa résidence lozérienne depuis quelques mois, Jules a été dernièrement hospitalisé à l’hôpital de Mende pour cette raison.  Il était revenu à domicile, entouré de son épouse Jacqueline et d’une partie de sa très nombreuse famille dont il était si fier. Il s’est éteint ce matin.

Le général Belgodère, unanimement estimé et aimé tant il manifestait naturellement une réelle grandeur d’âme avec la plus grande simplicité et discrétion.

Saint-Cyrien de la promotion "Général Leclerc" (1946-1948), le sous-lieutenant Jules Belgodère a choisi l’infanterie et a été désigné pour l’Indochine où il a servi comme au 2e  Bataillon étranger de parachutistes de 1950 à 1952. Grièvement blessé le 30 janvier 1952 à Hoa-Binh, il a été évacué par hélicoptère sur l'Hôpital  Lanessan de Hanoï.

Totalisant 7 citations et une blessure dont il gardera à vie des séquelles.

A sa retraite, il participera à la création et au fonctionnement pendant de nombreuses années de la Banque alimentaire de l’Hérault avec son camarade et ami, le général Perry. Cette association caritative lui doit beaucoup.  Par ailleurs, il sera présent à toutes les commémorations tant que sa santé le lui permettait.

Ses obsèques seront célébrées en l’église du BUISSON en Lozère le jeudi 20 août à 10h00.


Chers Anciens, mes chers compagnons,

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Nous sommes à dix jours de Camerone, nous nous apprêtons à commémorer le 157e anniversaire du combat de Camerone dans des conditions exceptionnelles. Confinés en vase clos jusqu’au 11 mai, nous sommes dans une situation peu commune. Mais malgré les regrets que nous formulons entre nous pour ce moment bizarre, nous, anciens de la Légion étrangère, témoignons que ce sont les épreuves qui ont forgé nos unités depuis cent quatre-vingt-neuf ans.

Nos pensées affectueuses vont vers nos malades et nos isolés, les veufs et les veuves. La mystérieuse épreuve actuelle nous invite à réfléchir sur « le sens de l’homme », sur la perspective qui nous est donnée par la Légion, et sur l’usage que nous faisons de notre liberté. Isolé pour ce 30 avril, chacun reste debout, se recueille et se souvient. Nous savons que nos jeunes à Barkhane, en Guyane, en Opex et en Opint remplissent la mission.

Il y a 66 ans nos aînés tenaient les tranchées de Dien Bien Phu et se levaient pour contre-attaquer.

Les derniers de ces fiers vétérans de la 13e DBLE, du 2e et 3e REI, du 1er et du 2e BEP sont toujours là avec nous, en France, en Allemagne, en Espagne, en Italie ou en Belgique. Ce sont comme l’a dit le prince Aage de Danemark, officier de Légion, les « Moines de la Grande Aventure » qui maintiennent entre eux du matin au soir cette part d’héroïsme sur tous les plans, dans le tragique et dans la « rigolade ». Après la chute du camp ils ont rejoint les prisonniers de la RC4, survivants d’une captivité de quatre ans dans la jungle.

L’un de ces survivants, le Colonel Bernard Grué a intitulé son livre de guerre « L’espoir meurt en dernier ». Jeune lieutenant du 3e REI à Dong Khé, il résista avec ses légionnaires aux attaques viet-minh pendant deux jours et deux nuits, puis il tomba deux fois blessé. Le récit qu’il fait de sa captivité n’est pas haineux mais toujours  teinté d’humour et d’optimisme courageux. Un récit d’homme, à hauteur d’homme. Une Légion qui est aussi une âme, une amitié, peut être une mystique. Aujourd’hui pensionnaire aux Invalides, Grand-officier de la Légion d’honneur, Bernard Grué nous accueille en souriant, il apparaît comme une leçon de survie, d’espérance et d’humanisme. Il porte le béret vert et garde le sens de la solidarité légionnaire.

A vous tous je souhaite un « Bon Camerone » dans ce contexte exceptionnel de 2020 qui fera que nous le célébrerons autrement. Pour ce Camerone particulier nous serons seuls, mais debout, venus du monde entier, « More Majorum », à la manière de nos vétérans encore tout rayonnants de la lumière qu’en avançant dans la carrière ils ont su faire naître en eux.

Semper fidelis.

Général de division (2s) Rémy Gausserès président de la FSALE.


Décès du major (er) Hubert Midy

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Le Major Hubert Midy est le plus ancien des membres du bureau de la Fédération.

En effet il a rejoint la FSALE dès 1994, recruté par le général Jean-Claude Coullon alors président.

Comme sous-officier retraité, il œuvre depuis plus de vingt ans en tant que bénévole à la Fédération des Anciens de la Légion étrangère (Fsale) à Paris.

Ses états de service reflètent un déroulement de carrière exemplaire à la Légion étrangère étalé sur presque trente années. Engagé comme légionnaire le 15 février 1966, il quitte l’armée comme major le 16 juillet 1994, après avoir franchi tous les grades sanctionnant à chaque fois la réussite à un examen, preuve d’une capacité intellectuelle et d’une expérience qui caractérisent nos meilleurs sous-officiers.

Hubert Midy est toujours un camarade chaleureux, franc et direct pour ses compagnons. Cultivé et doué d’un bel humour il sait animer une réunion et toujours faire preuve d’un moral inoxydable.

Il sait tant par sa faculté d’adaptation que par ses qualités de psychologue ou sa participation volontaire aux différentes missions inhérentes à ses affectations, se forger une personnalité qui fait référence dans le monde légionnaire réparti, pour les unités qu’il a connues, sur des territoires aussi lointains et différents que Djibouti, la Guyane, la République Centre Africaine, la Réunion ou Mayotte et bien évidemment la métropole.

Parmi les nombreuses missions qui échoient à la fédération comptant 150 amicales réparties sur une vingtaine de pays, dont la moitié en France, le major Midy est plus particulièrement en charge de la Mémoire, du reclassement, des démarches administratives et aide aux anciens en difficulté. Le poste a été créé par lui. Par les relations qu’il a su entretenir ou les sympathies qu’il s’est attirées, il a mis en place des réseaux de connaissances liées à diverses activités économiques, industrielles, commerciales ou administratives d’une efficacité remarquable. Le secours qu’il apporte aux anciens combattants légionnaires en ce domaine revêt une importance capitale dans le cadre du bon fonctionnement de la Fédération. Tout le mérite lui en revient.

Historien, Hubert est aussi un merveilleux conteur: il séduit ses compagnons par ses nombreuses anecdotes sur la vie au Groupement d’Instruction de la Légion à Corte dans les années 1970, les manœuvres en Corse, les crapahuts vers les lacs de Melo et de Nino, les escalades du Monte Cinto et les séances de tir à Casta, les « bavantes » aux aiguilles de Bavella avec des sacs très lourds, sauf pour un « chacal de brousse » dont la sac gros et carré n’emporte qu’un cageot vide et des tranches de lonzo !

Jusqu’à sa nomination au bureau de la Fsale, il était Président de l’amicale de Seine et Marne dont il est l’un des cofondateurs. Depuis quinze ans il en a été le président d’honneur. Il a été le vice-président de la 75°section des médaillés militaire de Melun. Il est vice-président de l’amicale Vert et Rouge depuis sa création (2009) et représente également le président de la Fédération aux conseils d’administration de la SAMLE (Société des Amis du Musée de la Légion Etrangère à Aubagne). Ces multiples recherches concernant les légionnaires morts pour la France ont permis au Général commandant la Légion étrangère d’affirmer 42 000 noms au lieu de 36 000 numériques.

Le Major Midy est titulaire de la médaille militaire depuis 1991.

Nous admirons tous l’investissement personnel continu et désintéressé du Major Hubert Midy, animé par le seul souci de venir en aide à une catégorie de compagnons d’armes dont il a partagé le mode de vie et dont il connaît les difficultés d’existence est particulièrement méritoire.

Aujourd’hui nous nous inclinons respectueusement devant « le Major » et présentons à son épouse, à son fils et à ses petits-enfants nos condoléances sincères et attristées.

Général de division (2s) Rémy Gausserès

Président de la Fsale


Le père Légion, le général Paul-Frédéric Rollet, un personnage surprenant !

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Buste en bronze (3 exemplaires) offert par l'ancien adjudant-chef Leonce Mutti ()

Le Père Légion était à ne point douter un homme original, sa particularité était d'appliquer des attitudes et manière de vivre exubérantes pour un personnage adulés par ses légionnaires qui aimaient ce qui sort de l’ordinaire et le général Rollet ne manquait jamais de les surprendre. Heureusement quelques anecdotes savoureuses restent gardées en mémoire, soumises à notre curiosité:

 

Espadrilles et ombrelle !

C'est au Maroc, dans les années 1909-1914, que les hommes du général Rollet le surnomment le " capitaine Espadrilles ". Ils faisaient référence aux sandales que leur chef portait en permanence pour mieux arpenter le sol marocain. Madame Rollet raconte qu'un jour, alors qu'il avait reçu une invitation du maréchal Lyautey qui précisait " chaussures noires ", son époux n'hésita pas à cirer ses espadrilles en noir pour s'y rendre ! Autre signe distinctif,  une ombrelle, tantôt verte, tantôt rose, qu'il portait au Maroc pour se protéger du soleil qui caractérisait son caractère indépendant et excentrique. Cette ombrelle le suivit jusque sur le sol de France pendant la Grande Guerre, où certains de ses hommes disaient qu'il s'en servait pour s'abriter des balles !

Mannequin de cire !

Conformément à ses voeux, le général Rollet retrouve la terre d'Algérie après sa mort.
Son corps est inhumé au cimetière du légionnaire de Sidi Bel-Abbès, le 25 avril 1941. Madame Rollet (née Clémentine Hébert) s'installa dans une villa près du quartier des légionnaires et perpétua le souvenir de son époux. Elle fit reconstituer le bureau du général, dans lequel trônait un mannequin de cire à son effigie. Tout nouvel officier arrivant au régiment se devait d'aller présenter ses hommages à Madame Rollet et saluer militairement le mannequin du général ! Quand la Légion quitta définitivement l'Algérie, le corps du général Rollet fut transporté en France, au carré Légion du cimetière de Puyloubier.

Peinture à l'huile par Isabelle Maury

Une retraite très active !

Après l'apothéose des fêtes du centenaire, le général Rollet quitte le 1er REI, le 30 avril 1931, pour se consacrer à ses nouvelles fonctions "d'inspecteur de la Légion étrangère". Un titre créé spécialement pour lui, et qui disparaîtra avec lui. Sa mission n'est plus d'ordre opérationnel mais concerne la gestion des effectifs et le moral des troupes. Il entame une " tournée des popotes " et se consacre à l'organisation d'une Légion moderne. Avec l'appui d'hommes politiques sensibles à son discours sur la solidarité, il inaugure la maison du légionnaire à Auriol, en juillet 1934.

Dessin aux points et à l'encre de chine par Daniel Lordey ()

Le 26 juin 1935, à l'aube de sa retraite, le général Rollet reçoit les insignes de grand officier de la Légion d'honneur. Cette haute distinction s'ajoute aux quelques 27 décorations étrangères et à la dizaine de décorations françaises qu'il arbore. Officiellement mis à la retraite à compter du 20 décembre 1935, le général Rollet fait une tournée d'adieux. Celle-ci le mène jusqu'au Tonkin, en octobre 1936, où il rend hommage au 5ème Régiment Etranger d'Infanterie, les légionnaires du bout du monde. Rendu à la vie civile, il ne peut cependant se résoudre à l'inactivité et consacre les dernières années de sa vie à améliorer celles des autres. Ainsi, il accepte en 1938, la présidence de la Fédération nationale des blessés de la tête et de la face (les " gueules cassées "). Jusqu'à sa mort, survenue à Paris le 16 avril 1941, le général Rollet sera très actif au profit de ses chers légionnaires.

"Le dernier combat du général Rollet" (Texte rédigé à la demande de l'AALE de Puyloubier pour une conférence à Aubagne):

L’ancêtre de notre «Képi Blanc » du mois d’avril 1935, la revue « la Légion étrangère » présentait l’action sociale qui était à cette époque troublée par une crise internationale envahissante. L’article justifiait pleinement la nécessité d’une action sociale mais expliquait que seules les amicales pouvaient intervenir, la Légion d’active ayant bien d’autres préoccupations et missions. L’enjeu était vital, les écrits éloquents : "Au cours de l’année passée, nous avons pu placer, dans des emplois divers, quelques légionnaires, huit environ alors qu’une centaine par mois se retrouvent sur le port de Marseille). Ce maigre résultat ne prend pas moins une certaine importance à nos yeux, eu égard aux conditions économiques actuelles et à l’accroissement de chômage qui en découle.

Nous avons pu, également, habiller quelques-uns de ces hommes particulièrement miséreux et dont l’état des vêtements était un premier obstacle à l’obtention d’un emploi.

Quelques autres reçurent chez nous une petite « obole », modeste aide que leur dénuement complet nous imposait de leur consentir, afin qu’ils puissent franchir le cap d’une nuit et prendre un repas dont leur pauvre face amaigrie ne décelait que trop l’urgent besoin ".

Certes la misère est affreuse pour tous ceux qu’elle atteint, mais il semble qu’elle soit plus encore pour ces anciens légionnaires aux yeux desquels elle revêt l’aspect d’une réelle injustice.

Ces hommes comprenaient difficilement qu’il n’y avait pas à leur libération, une aide officielle organisée, dans un pays à la grandeur duquel ils avaient conscience d’avoir largement contribué par au moins cinq ans d’une vie très dure et pour grand nombre, au prix de leur sang versé.

Ils admettaient encore moins aisément de s’y voir – sous prétexte d’être de nationalité étrangère et par suite de chômage qui sévit ici comme partout ailleurs – refuser la carte de travailleur qui leur permettait une chance de trouver un emploi.

De plus, ils ne concevaient pas qu’ayant été jugés assez bons pour revêtir un uniforme militaire français ayant fait montre d’un « savoir faire ouvriers », en construisant des pistes, des routes, des postes, des villes dont en même temps, ils assuraient la sécurité, on leur dénie, maintenant qu’ils ont quitté cet uniforme, le droit de vivre ici, comme s’ils étaient chez eux, et d’y gagner tout simplement le droit de vivre.

Ils doutaient de l’esprit d’équité d’un pays dont ils furent, cependant, chargé d’administrer les principes de civilisation et de justice.

Voilà ce à quoi le général Rollet était confronté en 1935, au moment pour lui de prendre sa retraite, notre « père Légion » ne pouvait ne rien faire, ce fut son dernier combat.

L’histoire se renouvellerait-elle ? 

CM


XXXIIe Congrès de la FSALE.

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Messieurs les Présidents, chers Anciens,

Comme vous le savez déjà, notre prochain congrès se déroulera à Nîmes les 14, 15 et 16 juin prochains.

Pour que tout se déroule au mieux, nous adressons directement le dossier d’inscription à chaque Président d’Amicale, qui aura pour mission de le diffuser, mais aussi de regrouper l’ensemble des inscriptions de son amicale et de les faire parvenir à la Fédération. Pour un meilleur échange, entre la Fédération, les Présidents et au sein des Amicales, nous avons décidé de privilégier la diffusion par INTERNET.

Afin de pouvoir compter sur la présence de tous les Présidents, mais aussi de permettre au plus grand nombre de participer, vous constaterez que la FSALE, prend à son compte l’ensemble des frais d’organisation, pour ne laisser à la charge de chacun, qu’une contribution aux dépenses d’alimentation. Par ailleurs, pour donner plus de rayonnement à la prise d’armes, je souhaiterais pouvoir regrouper un maximum de drapeaux de nos amicales et pour ce faire, la Fédération subventionnera la moitié de la quote-part des porte-drapeaux.

Espérant une participation massive à ce rassemblement qui sera le gage de son succès, je vous en remercie par avance et vous assure, cher Président, de mes sentiments de fraternelle amitié légionnaire.

Général de division (2S) Rémy Gausserès

Président de la Fédération des Sociétés d’Anciens de la Légion Etrangère


Les Batailles des Éparges par le colonel (er) Xavier PIERSON

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Publication : 8 novembre 2018

 

Les combats des Éparges par Xavier PIERSON

 

Il existe un plan classique pour expliquer une bataille ; il faut présenter les forces en présence, la tactique employée, la chronologie des évènements, le bilan des pertes et annoncer le vainqueur. Les ouvrages traitant de cette bataille ont utilisé cette méthode excellemment didactique. Pourquoi s’en affranchir ? Mais il est nécessaire d’expliquer en quoi les combats des Éparges sont emblématiques. Plus que partout ailleurs dans cette Grande Guerre qualifiée d’industrielle et de totale, la place de l’homme est restée prépondérante. Toute la puissance de feu, tout le pouvoir de destruction se sont concentrés là, sur crête d’un peu plus d’un kilomètre de long. Cette terre fut martelée, remuée, bouleversée, chamboulée à l’extrême au point de recueillir des milliers de disparus, de soldats sans sépultures, sans noms, sans croix…

 

Ainsi, au-delà de ce plan logique, il faut insister sur les dimensions humaines. Que l’exposé devienne récit, histoire d’hommes ! Le champ de bataille des Éparges ne possédait pas les critères traditionnels pour une confrontation ; pas de grande plaine pour les déploiements de masse, pas d’axes pour les mouvements tactiques, pas de place forte à investir, pas de dimension symbolique à acquérir. Pourtant, l’affrontement, un des plus violents du premier conflit mondial, aura lieu de février à juin 1915. Et dans cet affrontement titanesque, le futur écrivain Maurice Genevoix est présent. Il écrira : « Ce que nous avons fait c’est plus qu’on ne pouvait demander à des hommes et nous l’avons fait ».

 

Le village des Éparges regroupait, à la veille de la Grande Guerre, environ deux cents âmes. Un village rue, comme tant d’autres en Meuse. Un village de paysans, de journaliers, d’artisans, de petits commerçants. Tous ces hommes ont rejoint leurs corps d’affectation et neuf d’entre eux (environ 20%) y laissèrent la vie. Dans les collines qui abritent la commune et dans la vallée du Longeau qui la borde, on cultive tout ce qui peut pousser et produire ; la terre est généreuse, lourde d’argile avec des lopins de calcaire pour accueillir la vigne. Les Éparges est dans un écrin. En gravissant les crêtes à l’est, on découvre au bout du chemin la grande plaine de la Woëvre et au-delà Metz, à quarante kilomètres, avec sa garnison allemande ; en montant à l’ouest, on entre dans la forêt avec sa Tranchée de Calonne et plus loin la Meuse. Il est évident que les hauts à l’est paraissent stratégiquement très importants. Promontoires excellents pour l’observation des mouvements et l’application des tirs, il convient de s’y installer les premiers, de s’y retrancher au plus vite et au mieux.

 

Les Allemands ne s’y trompent pas.

A la fin d’août 1914, ils traversent la Woëvre, franchissent les Hauts, dépassent la Tranchée de Calonne et déboulent sur la Meuse. Ils espèrent passer rapidement sur la rive gauche, prendre à revers Verdun et frapper le flanc droit d’une armée française qui recule depuis un mois. Mais celle-ci réagit sur la Marne et repousse l’envahisseur. Sur la Meuse, les forts résistent et les Allemands ne peuvent qu’occuper Saint-Mihiel. Du coup, une grande partie des forces repart vers l’est et décide, justement, de s’installer sur les Hauts de Meuse. C’est la crête des Éparges qui est choisie. Elle n’est pourtant pas la plus haute (moins de 350 m). D’emblée, l’occupant creuse, fortifie, bétonne. Le train, tortillard plutôt, arrive au pied du mouvement de terrain, à Combres. On aménage des galeries, des abris, des postes de commandement, de secours, de tir… La crête se couvre de tranchées et de boyaux, s’hérisse de chicanes et de fils de fer barbelés. Les Français se déploient dans la forêt à l’ouest où ils placent leur artillerie, dans les ruines du village et sur la colline de Montgirmont, juste au nord de la position allemande.

 

De l’automne 1914 au tout début de 1915, les positions ne changeront pas. Certes, on se fusille, on se mitraille, on se bombarde de temps en temps mais rien de déterminant, de préoccupant. Si les choses pouvaient en rester là…

 

En janvier 1915, le commandement français décide de reprendre l’initiative. Des offensives seront lancées en Woëvre, en Argonne et à Saint-Mihiel. C’est tout le secteur meusien qui semble visé. Le promontoire allemand des Éparges devient un objectif prioritaire. La date de l’attaque est fixée au 14 février puis repoussée de trois jours pour cause de mauvais temps. L’artillerie est massée sur la Tranchée de Calonne. Il s’agit de 75 mm, de 90 mm, de 120, de 155 et même d’obusiers de 220. L’infanterie occupe l’ouest et le nord de la crête à portée de fusils de l’ennemi. Les premières lignes s’observent facilement ; à hauteur de Montgirmont quelques centaines de mètres les séparent. Pour les troupes positionnées dans le village, elles devront franchir le Longeau, petit ruisseau qui ne constitue pas un obstacle mais un fort désagrément pour qui veut le franchir à gué, en hiver.

 

Le 17 février, vers 4h15, les déplacements pour rejoindre les positions d’assaut s’exécutent. Personne ne se doute de la violence à venir. Pourtant tout est prêt pour anéantir l’adversaire. Toute la matinée, l’artillerie française déverse un déluge d’obus ; vers 14h, il est procédé à la mise à feu de quatre mines placées sous les tranchées allemandes. La déflagration est telle qu’elle est perçue physiquement à une vingtaine de kilomètres de l’explosion, dans la plaine de la Woëvre. C’est toute la crête des Éparges qui tremble. La frayeur empoigne tous les combattants : du jamais vu, du terrible… La crête est recouverte de fumée et sous celle-ci, il y a les hommes qui subissent et attendent l’attaque et ceux qui observent et préparent l’assaut. Ces derniers appartiennent pour la plupart aux 106e et 132e RI, régiments champenois de Chalons. Maurice Genevoix avait rejoint le 106 au début d’août 14.

 

A partir du 17 février, la bataille des Éparges n’est une longue suite d’attaques et de contre-attaques, de prises de tranchées et de reconquêtes de position. Combats de corps à corps, baïonnette au canon, avec képi sur la tête car le casque Adrian ne viendra qu’à l’été, voire l’automne 1915. Combats d’un autre âge avec des armes modernes d’une puissance destructrice inégalée. Les tranchées de premières lignes ont disparu ; elles ne sont qu’excavations de boue et de sang. La ligne de front, claire sur la carte, ressemble à un enchevêtrement de positions isolées tenues épisodiquement par l’un ou l’autre des adversaires. Les hommes qui tiennent et les autres qui attaquent, tous manifestent un courage extraordinaire, une ténacité inébranlable, une abnégation admirable. Les philosophes, les moralistes, pourront toujours chercher le pourquoi des choses ; les Poilus des Éparges ont montré le comment. L’acte et non le discours sublime l’homme. Au cours de cette bataille, les actes de bravoure, pour ne pas dire d’héroïsme, n’ont pas manqué.

 

Il faut lire Maurice Genevoix et son magistral ouvrage Ceux de 14 (Tome IV : Les Éparges) pour les saisir comme un cliché pris à l’improviste. C’est ce soldat mortellement blessé ; il ne peut pas parler mais il indique, par un regard intense, à l’auteur, chef de section, qu’il ne doit pas continuer sa progression. Un tireur allemand est aux aguets en face. Il n’avait plus que les yeux pour continuer la lutte… C’est ce jeune lieutenant saint-cyrien, Porchon, ami de Genevoix, qui crâne dans les ruines du village pour impressionner ses hommes et mourra le 18 février à la tête de sa section. Blessé une première fois, il veut rester en première ligne mais ses hommes l’entraînent à l’arrière pour… recevoir un fatal obus. C’est Maxime Réal Del Sarte qui refuse de se faire relever par un père de famille et qui est atteint, quelques instants plus tard, par un obus lui arrachant un bras. Après la guerre, il reprendra son métier de sculpteur et réalisera le magnifique monument des « Revenants » à la gloire des soldats du 106e RI. Ce sont tous ces soldats, anonymes et disparus, qui ont combattu aux Éparges. La Crête a enseveli environ 20 000 Français dont presque la moitié n’a pas de tombes. D’ailleurs, une jeune artiste, Mina Fischer, fiancée à un lieutenant porté disparu, décide de sculpter une fresque à « Ceux qui n’ont pas de tombe ». Cette belle œuvre orne le monument du point X. Devenue par la suite la Comtesse de Cugnac par son mariage avec un grand mutilé de la guerre, elle n’aura de cesse de commémorer chaque lundi de Pentecôte les combats de 1915. Aujourd’hui la cérémonie existe encore.

 

A la bataille des Éparges toutes les armes les plus meurtrières ont été employées et, pour certaines expérimentées. Ce fut le cas des mines. Il s’agissait de placer au bout d’un tunnel étroit une charge importante d’explosif juste à la verticale de la tranchée ennemie. On a lu plus haut que les Français avaient tiré, le 17 février, quatre mines et que l’explosion titanesque avait été perçue loin dans la plaine de la Woëvre. Mais il y en eut bien d’autres mises à feu. Les deux adversaires ne s’en sont pas privés. Environ 60. Certains spécialistes évaluent la plus grosse charge à 40 tonnes… A la bataille des Éparges, les éléments naturels ont ajouté à l’horreur. Un froid intense coupé par des pluies glaciales, un sol d’argile devenu terre de boue, accentuaient les souffrances des soldats. La lutte était continuelle ; rien n’épargnait les combattants. La soupe arrivait rarement en première ligne et quand elle y parvenait elle n’en était plus une.

Les offensives françaises cessèrent courant juin. Elles avaient atteint le point C, le sommet, mais il restait encore 400 m pour que la conquête fût totale. L’État-major avait jugé les pertes trop importantes, les sacrifices trop grands. C’est tout dire. Il faudra attendre septembre 1918, pour chasser définitivement les Allemands de la crête avec l’aide des Américains.

 

Le combattant des Éparges préfigure celui de Verdun, l’année suivante. Malgré l’âpreté des combats et les pertes énormes qui en découlèrent, le Poilu des Hauts de Meuse résista aux contre-attaques et donna l’assaut avec fougue et détermination. S’il rechigna parfois, il fut discipliné, stimulé par l’exemple des chefs de contact et non contraint par une hiérarchie supérieure. Ils furent des héros et non des victimes ; ils ont préféré être des hommes de devoir. Que les citoyens d’aujourd’hui soucieux de leurs droits se souviennent de ces géants.

Colonel (er) Xavier PIERSON, Saint-Cyrien de la « Guilleminot », 1975-77,

Officier de la Légion étrangère, ancien Chef de corps du 1er Régiment étranger à Aubagne

Maire des Éparges


11 novembre 2018: Le Centenaire

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https://www.legionetrangere.fr/
Publication : 31 octobre 2018

Nous ne saurions trop nous mouvoir dans l’arène politique, cependant dès lors qu’un de nos anciens Chefs prend la parole devant les médias, ainsi le fait le général (2s) Bruno DARY dans un article du « Boulevard Voltaire » concernant la commémoration de l’Armistice du 11 novembre, nous nous sentons concernés…

Ce que nous souhaitons ? Tout simplement rappeler le souhait des Anciens poilus et victimes de guerre au lendemain de la Grande Guerre, lors d’un congrès qui les rassemblait à Clermont Ferrand en 1922, juste avant que le 11 novembre ne soit accepté comme fête nationale.

Suite à ce congrès, les anciens combattants prennent une position catégorique vis-à-vis de cette manifestation et précise entre autres : « de ne pas faire du 11 novembre une cérémonie militaire :

 

« Dans toute la France, des couronnes seront déposées au pied des monuments aux morts par les représentants des Associations d’Anciens combattants et Mutilés assistées par les représentants du Gouvernement et des Corps constitués. »

De même, à la fin du compte rendu du congrès est indiquée la manière de célébrer cette nouvelle fête nationale, le journal des mutilés se fait précis :

« Ce qui importe, c’est que la fête du 11 novembre soit dépourvue de tout apparat militaire. Ni prise d’armes, ni revues, ni défilé de troupes. C’est la fête de la Paix que nous célébrons. Ce n’est pas la fête de la guerre. Nous voulons qu’on laisse les vivants tout entiers au souvenir d’une heure où ils ont précisément savouré l’admirable pensée qu’ils allaient désormais pouvoir vivre pour des œuvres de paix, pour des œuvres civiles. »

Mais alors, les drapeaux, les clairons, les Marseillaises ? Le déroulement des cérémonies du 11 novembre ne trahit-il pas ces intentions ? N’est-il pas une concession au « militarisme » ?

Absolument pas répondent les Associations, si l’on consent à déchiffrer, ces cérémonies comme un ensemble de signes articulés. Le lieu de la manifestation, comme le nom l’indique, est le monument aux morts. Certains, il est vrai, arborent un poilu triomphant, encore que le plus grand nombre soient de simples stèles, sans connotations glorieuses ou cocardières. De toute façon, le monument joue dans la cérémonie le rôle d’une tombe. Partout, le fait de fleurir collectivement le monument comme la minute de silence, forme laïcisée de la prière, et l’appel des morts s’inscrivent dans la ligne des cérémonies funéraires. Le 11 novembre, devant les monuments, on ne célèbre pas le culte de la Patrie victorieuse, mais celui des morts. » On ne célèbre pas le nationalisme face à l’étranger, mais le citoyen mort pour la liberté.

C’est ce que confirme le sens des échanges et des déplacements. La cérémonie n’est pas présidée par les Officiels, mais par les anciens combattants, eux-mêmes, qui se rangent symboliquement avec leurs drapeaux du côté du monument. C’est-à-dire du côté des morts.

Et pour terminer, rien de plus instructif que de suivre le sergent Tapin qui rend hommage aux instituteurs dont l’enseignement, dit-il, a préparé la victoire, il leur donne d’étonnants conseils :

« Et maintenant, les instituteurs préparent leurs élèves pour la guerre future, suivant le mouvement cocardier actuel qui entretient l’esprit belliqueux d’autrefois et nous fait passer aux yeux des étrangers pour des impérialistes ? Propager ces tendances, est-ce faire œuvre d’utilité nationale, n’est-ce pas heurter le grand principe de transformation de l’esprit humain qu’on peut arrêter momentanément mais jamais interrompre et dont les étapes successives constituent le « progrès ».

Maudire la guerre, ce n’est pas affirmé son impossibilité future : c’est une étape car haïr la guerre, c’est commencer à la rendre moins probable et après un tel drame, ce nouveau mot d’ordre s’impose, dicté par la sagesse, la science, la raison. »

« Haïr la guerre » : c’est une croisade qui doit aujourd’hui commencer dans le monde entier pour qu’une telle malédiction prévienne dans l’avenir un nouveau conflit mondial… Pour travailler à tuer la guerre, la journée du 11 novembre s’offre à nous comme une arme précieuse et salutaire. Aussi, donnons à cet anniversaire toute sa portée et dans sa plus grande manifestation, attendons-en les bienheureux effets. Nous servirons ainsi tout à la fois la cause de la Patrie et celle de l’Humanité. »

Au regard des divergences dont font montre les Associations d’Anciens combattants, il est à craindre que l’union n’est pas la force principale qui les animent, chacune donne son interprétation quant à la manière de célébrer et de penser l’armistice. Beaucoup n’ont pas compris que celle-ci doit, avant tout, exercer une action morale sur ses destinataires et renforcer leur union en dépassant les antagonismes. Pour cela elles doivent convaincre le cœur plus encore que la raison. Sans l’union, rien n’est possible. Face à l’esprit combattant, le mal est la division, fléau que l’on ne cesse de conjurer tant il menace sans cesse non seulement la Nation, mais les Anciens combattants eux-mêmes. Le monde des Anciens combattants est un amalgame d’hommes, très différents par la pensée, la condition sociale, les croyances et les idées, mais ils ont en commun d’avoir formé dans le creuset de la guerre un esprit nouveau, appelé l’esprit combattant. Devant la mort, l’amour apparaît comme la source de la vie. Les Anciens combattants ont tourné le dos à la mort et ouvert tout grand leurs bras à l’amour. L’amour des leurs, l’amour de leurs compagnons de misère, l’amour de leur pays. Qu’ils possèdent une religion ou qu’ils soient libres penseurs, qu’ils soient des hommes de droite ou de gauche, qu’ils soient riches ou qu’ils soient pauvres, ils se retrouvent toujours, qu’ils le veuillent ou non, dominés par un sentiment qui unit les hommes de bonne volonté. Souvenons-nous que malgré les bonnes résolutions et les chaleureux discours, le temps d’une génération et tout recommençait pour une nouvelle guerre encore plus meurtrière… Les leçons données par l’Histoire valent souvent mieux qu’un long discours moralisateur.

Pour revenir à la polémique née suite aux propos du Chef de l’Etat, le général (2s) Bruno DARY précise : « Cette polémique est inutile, il faut juger sur les faits, le fait qu’il se soit déplacé sur tous les grands champs de bataille, qu’il ait invité plus d’une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement, qu’il fasse participer les drapeaux des Anciens combattants montre que la dimension militaire est bien présente. »

CM


Major (er) Horst Roos "pour la gloire du fanion"

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Pour la gloire du fanion

La longue marche du major Roos:

Le major Horst Roos est un des maréchaux de la Légion étrangère. Engagé en 1951, il a quitté le service actif en 1991 en étant le sous-officier le plus décoré de l’armée française. Quatre décennies sous les armes. Il a participé à la guerre d’Indochine et à la guerre d’Algérie en tant que légionnaire parachutiste et sous-officier. Ses souvenirs sont ceux d’un combattant, des rizières aux djebels. Il a connu le stress du saut opérationnel à Nghia-Lo avec le 2e BEP, l’adrénaline des batailles de la rivière Noire et de Na-San. En Algérie, avec le 2e REP, ce furent les poursuites sans fin des fellaghas dans les djebels, la bataille des Frontières, le plan Challe et la dislocation de l’ALN, le putsch et l’amertume de la défaite. De toutes ces expériences, il se fit une philosophie qui le guida au sommet des honneurs du corps des sous-officiers en devenant président des sous-officiers de la Légion étrangère. Ce sont ces souvenirs du jeune ouvriers dans l’Allemagne dévastée jusqu’à l’établissement de l’ordre nouveau du XXIe siècle qu’a recueillis Pierre Dufour et qu’il nous restitue aujourd’hui.

"Le major (er) Horst Roos de la Légion étrangère, quarante ans de services, sous-officier le plus décoré de l’armée française lorsqu’il fait valoir ses droits à retraite – commandeur de la Légion d’honneur, médaille militaire, commandeur de l’ordre national du Mérite, croix de guerre des TOE, croix de la valeur militaire, détenteur de plusieurs décorations, sept titres de guerre, deux fois blessés témoignant de ses qualités humains et militaires au service d’une carrière exceptionnelle – nous invite à le rejoindre sur le chemin de quatre décennies qui ont profondément marqué la France.

1951, date de son engagement à la Légion étrangère – 1991, année où il quitte le service actif. Entre les deux, quarante années durant lesquelles, sans interruption, Horst Roos sert les armes de la France avec honneur et fidélité. Il fut à la fois un acteur et un témoin des événements qui, depuis la Deuxième Guerre mondiale jusqu’au seuil du XXIe siècle, façonnèrent d’une manière irréversible la France d’aujourd’hui. La perte inéluctable de ses colonies – tout comme la Grande-Bretagne – lui faisant perdre son statut de puissance mondiale pour un destin plus modeste au sein d’une Union européenne en devenir dominée par l’Allemagne renaissante.

Aujourd’hui, le major (er) Roos se penche sur ces années où les peines se confondent avec les joies, où l’amitié par le sang versé est indéfectible, où les chefs paient d’exemple et sont des modèles pour leurs hommes. Le recul du temps lui permet de commenter les événements auxquels il a été mêlé. Horst Roos est né en 1932 à Mannheim. Sa vie et sa carrière sont intéressantes à plus d’un titre dans cette seconde partie d’un XXe siècle qui voit l’écroulement des empires coloniaux et l’émergence d’un monde bipolaire. Enfant de la guerre, il a connu l’agonie du IIIe Reich dont il nous livre ses souvenirs dans une relation sans fard. Humble et précis dans son récit, loin des matamores de pacotille qui invoquent Verdun, Stalingrad et Dien-Bien-Phu réunis au moindre coup de feu, le major Roos évoque son approche de la Légion, son engagement et son instruction à Sétif en tant que volontaire TAP. Il ne le sait pas encore, mais c’est le début d’une destinée hors du commun qui le verra côtoyer des hommes d’exception tant parmi ses chefs que ses camarades. Horst Roos découvre rapidement la rude vie du légionnaire de cette époque. Une instruction menée au pas de charge… « On la complète plus tard dans les rizières ; l’élimination naturelle des premières opérations se charge de la valider » précise-t-il. L’année 1950 a été rude et après le désastre de la RC 4 en octobre, le général de Lattre de Tassigny, nouveau commandant en chef a besoin de renforts de manière urgente. Ces souvenirs qui marquent la rupture avec une adolescence que bien peu de jeunes ne peuvent imaginer aujourd’hui sont extrêmement précis. Tout comme ceux de son voyage vers l’Extrême-Orient sur le Wisconsin.

A Saïgon, le jeune Roos découvre, autant qu’il le peut, un univers exotique qu’il appréciera durant ses deux séjours en Indochine, mais toujours avec la modération qui le caractérise

Affecté au 2e BEP, il nous fait vivre ses premières opérations de légionnaire dans les rizières. Le récit est rarement à la première personne du singulier. Il parle de son groupe, de sa section, à la rigueur de sa compagnie, mais ne s’immisce pas dans de grandes considérations tactiques qu’il laisse à ses officiers. Horst Roos s’est rapidement intégré dans le milieu légionnaire, mais, s’il fraternise avec ses camarades, il est plutôt d’un caractère renfermé et souvent, lors des quartiers libres, préfère sortir tout seul à la découverte du pays et de la population. Avec lui, nous plongeons dans l’existence quotidienne du légionnaire en Indochine et du sous-officier en Algérie. Nous découvrons une autre manière de raconter l’histoire, celle des sans grades perpétuellement au contact de l’ennemi, les pieds dans l’eau des rizières ou arpentant des djebels pelés. Durant son séjour, le légionnaire Roos est de toutes opérations de son bataillon. Il participe au dégagement de Nghia-Lo, à la bataille de la rivière Noire et au repli d’Hoa-Binh ; on le retrouve à Phu-Ly et dans le delta tonkinois où il assiste à la mort du commandant Raffalli, puis c’est la bataille de Na-San et la défaite de Giap. Deux fois blessé, deux fois cité, le légionnaire de 1re classe Roos est rapatrié par fin de séjour au printemps 1953. Cette première expérience de la guerre a fait de lui un combattant confirmé avant que la guerre d’Algérie n’en fasse un chef respecté par ses supérieurs et admiré par ses hommes. Le temps d’un congé de fin de campagne bien mérité, puis d’un peloton d’élève gradé qui lui permet d’obtenir le grade de caporal et le voilà qui repart en Indochine avec le 3e BEP. Les 1er et 2e BEP ayant sombré dans la tempête de feu de Dien-Bien-Phu, le 3e BEP relève le fanion et devient à son tour 2e BEP pour le plus grand plaisir du caporal Roos.

A l’issue d’un séjour sans grand relief, le bataillon revient en Algérie en 1955. Une Algérie pour laquelle Roos n’a aucune attirance et qu’il trouve « sale comparé à l’Indochine ». Pour beaucoup de vétérans, cette insurrection algérienne qui a débuté lors de la Toussaint sanglante de 1954 présente des similitudes avec la guerre d’Indochine. Se sentant peu concernés par le pays et la population – arabe ou européenne – Roos et ses camarades font leur métier, consciencieusement, efficacement selon les critères de la Légion étrangère, « mais le fellouze n’est pas le viet ! » a coutume de dire le sergent Roos nommé au mérite. La transition entre l’Indochine et l’Algérie est une période difficile pour la Légion étrangère. Des dissolutions d’unités, des restructurations, de nouvelles implantations pour les unités revenant d’Indochine et bientôt pour celles que l’indépendance du Maroc et de la Tunisie, obligent à quitter leurs garnisons traditionnelles pour se replier en Algérie, interviennent entre 1955 et 1956. Le recrutement de la Légion subit également une profonde mutation. Beaucoup d’anciens, vétérans de la Deuxième Guerre mondiale et d’Indochine, qui ne se reconnaissant plus dans cette évolution, quittent le service actif pour laisser place à de jeunes recrues où l’élément germanique continue à dominer, suivi de près par les Espagnols et les Italiens qui apportent un peu plus de souplesse à l’institution. C’est à cette époque que les BEP deviennent des régiments étrangers de parachutistes aux structures et effectifs plus étoffés. Le 1er REP est affecté à la 10e division parachutiste, le 2e REP à la 25e DP. Parallèlement, à Sidi-Bel-Abbès, la maison mère s’efforce de réadapter les « Asiates » que l’éloignement, l’isolement, les circonstances des opérations ou la captivité ont conduits à un certain relâchement et à une discipline plus souple au sein des unités comme le confirme le major Roos.

C’est ainsi qu’en Algérie, beaucoup de légionnaires découvrent la rigueur de la discipline dans la tenue, les rapports hiérarchiques et le respect des traditions. « Nous appréhendions de nous rendre à Sidi-Bel-Abbès où le moindre faux-pas pouvait avoir des conséquences disciplinaires, même pour un sous-officier », avoue le major Roos. À plusieurs reprises, le commandement de la Légion étrangère est par exemple, obligé de rappeler fermement que la coiffure officielle des légionnaires est le képi blanc, le béret vert étant réservé aux activités opérationnelles. À la tête de sa section, le sergent, puis sergent-chef Roos participe à toutes les opérations majeures de son régiment, principalement dans le Constantinois. À partir de 1956 et du congrès de la Soummam, le FLN se structure et son bras armé l’ALN, s’appuyant sur le Maroc et la Tunisie, durcit ses opérations à partir de ses bastions de Kabylie et des Aurès. Pour répondre à cette recrudescence des opérations, l’armée française jette les bases de l’aéromobilité en créant le GH 2 qui essaime ses détachements d’intervention héliportés sur tous les théâtres d’opérations. Les « bananes » remplacent les parachutes dans la ronde des djebels. « C’est une période d’intense activité, se souvient le major Roos. Nous étions toujours sur le terrain : bouclage par les unités de secteur, ratissage, héliportage sur les zones d’engagement, puis l’accrochage, violent et sans quartiers. On droppait le djebel à longueur de temps. Les bilans devenaient à chaque fois plus importants. Cela a duré jusqu’à la bataille des frontières et la mise en œuvre du plan Challe ». Entre 1957 et 1960, c’est la vie rêvée du légionnaire parachutiste. De l’action et peu de contrainte sur le terrain. Mais déjà se font sentir les premiers craquements de l’Algérie française.

Revenu au pouvoir en 1958, le général de Gaulle a rapidement compris l’inéluctabilité de l’indépendance algérienne. Au grand désespoir de la population européenne, il enclenche le processus qui doit mener l’Algérie à la rupture avec la France. Le sergent-chef Roos, ses camarades et ses légionnaires ne se sentent pas trop concernés par le drame algérien. Beaucoup d’entre eux sont étrangers et exécutent simplement les ordres de leurs officiers, que ce soit en opérations ou lors du putsch d’avril 1961. Pour eux, le départ du régiment pour Alger est un ordre comme les autres, le 2e REP étant moins politisé que le 1er REP. Après l’échec du putsch et la déchirure algérienne, vient ensuite une longue de période de pénitence et une traversée du désert qui court de 1962 à 1967 faite de suspicion et d’une étroite surveillance du régiment qui a échappé de peu à la dissolution. Mais à Bou-Sfer, dans l’enclave de Mers-El-Kébir, sous le commandement des lieutenants-colonels Chenel, puis Caillaud, le 2e REP jette les bases de sa rédemption. Nommé adjudant, après vingt ans de présence dans les unités TAP, Horst Roos entame une nouvelle carrière au sein de la Légion. Sa prestance, son expérience et ses qualités humaines en font un excellent recruteur.

L’adjudant, puis adjudant-chef Roos s’adapte à cette Légion du temps de paix. 1er RE, 13e DBLE, 5e RMP, l’adjudant-chef Roos s’acquitte des différentes responsabilités qui lui sont confiées avec la même efficacité qu’il a démontrée au combat. Nommé major en 1979, Horst Roos devient le premier président des sous-officiers de la Légion étrangère en 1982. Il y fera merveille pendant une décennie. Interface entre le commandement et le corps des sous-officiers, il est pour les jeunes sous-officiers un guide respecté à l’autorité indiscutable, un « monument » dont toute la Légion est fière et un conseiller écouté du général COMLE. À plus d’un titre, l’histoire du major Roos se confond durant les cinquante dernières années du XXe siècle avec celle de la Légion et de la France."

Pierre Dufour


L'Art et la Légion

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"le repos du guerrier"

 


Art et Légion


La Légion étrangère véhicule une culture due à son ancienneté, mais surtout grâce à ses illustres faits d’armes et par le mystère et l’Aura qui tournent autour de son recrutement. Elle a suscité une production d’oeuvre d’art qui ont fini par constituer une mythologie particulière.

Font parties de cet art légionnaire:

- Chansons,

- Cinéma et animations,

- Ouvrages, littérature,

- Oeuvres artistiques (peinture, sculpture, dessins, etc…),

- Photographie.

 

"Le port de Bonifacio"

 

Certains sont devenus célèbres:

Hans Hartun – peintre,

Andréas Rosenberg – Aquarelliste,

Fernand Gravey – Cinéma,

Blaise Cendrars –écrivain suisse,

Max Deutsch – compositeur et chef d’orchestre,

Loys Masson – poète et romancier,

Jean Genet – écrivain et poète,

Ernst Jünger – écrivain allemand,

Hernando Bergeochea – écrivain et poète, mort au front en 1915,

Alan Seeger – poète américain, mort au front en 1916.

Argile: 1,70m de hauteur

"Evaluation" sculpture en marbre de 50cm de hauteur

"Male" En tole d'acier, le spermatozoïde dans la pince à linge 80cm de haut

Argile 1,70m de hauteur

 

"La traversée du Grand Bara à Djibouti"

"Reflet musical"

Aujourd’hui, une opportunité se présente, il manque au sein de la Fédération des Sociétés d’Anciens de la Légion Etrangère (FSALE), une amicale qui regrouperait tous les artistes de cette grande famille légionnaire et qui ne manque ni en nombre, ni en talents.

En première partie et dans un but évident “d’amorcer la pompe” à la création de cette éventuelle amicale, nous présentons quelques oeuvres de légionnaires.

Cette amicale pourrait intéresser les légionnaires, les Anciens, leurs Familles et leurs Amis.

C'est le prochain rendez-vous que nous propose Louis Perez Y Cid !

Rendez-vous sur objectif !

CM


Hélie Denoix de Saint Marc: discours de M.Jérémie Nataf

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Le 1er décembre 2017, lors de la rentrée solennelle de la Conférence du Stage, grande fête annuelle des Avocats à laquelle viennent assister des représentants des barreaux du monde entier (plus de 1 000 participants), la tradition veut que le 1er secrétaire,  fasse l'éloge d'un personnage célèbre. Cette année maître Jérémie Nataf, 1er secrétaire avait choisi Hélie Denoix de Saint-Marc.

Pour info et bonne lecture.

 

“Mère, voici vos fils et leur immense armée.

Qu’ils ne soient pas jugés sur leur seule misère.

Que Dieu, mette avec eux un peu de cette terre

Qui les a tant perdus, et qu’ils ont tant aimée."

 

Tu as raison, c’est drôle un nom de famille.

Parfois ça ne veut rien dire mais ça dit tellement de choses sur celui qui le porte.

Un patronyme on le reçoit à la naissance, on le transmet un peu plus tard, on en est pas vraiment propriétaire.

Du coup, c’est précieux, ça s’entretient; c’est la dernière richesse de celui qui n’a rien, et tant qu’on a un nom, on est encore, quelqu’un.

Chez nous tu vois on en évoquait plein des noms tout le temps: Nom de scènes, de plume, d’emprunt, des noms à coucher dehors, de jolis noms qui rappelaient des comptoirs et des rivages lointains.

Bon faut dire qu’à la maison, y avait des noms qu’on n’avait pas le droit de prononcer en vain; et bizarrement, qu’on prononçait souvent, en vain.

Et parmi tous ces patronymes l’un d’entre eux m’étonnait par sa sonorité, c’était un nom étrange et à rallonge, qui ne m’était pas familier, il ne ressemblait pas à ceux qu’on entendait.

Et pourtant sa seule évocation, suggérait qu’il recelait des trésors.

Denoix de Saint Marc ! Un drôle de nom celui d’un chevalier, d’un corsaire ou d’un aventurier.

Quand on est grand on le sait, Denoix de Saint Marc, c’est un nom de ministre ou de commission, un nom qui fleure bon l’administration.

Bref ! Denoix de Saint Marc c’est un nom de gens sérieux un nom de gens bien…

Un nom, pour lequel on fait des éloges, pas des procès.

Et pourtant ! Ministère Public contre Denoix de Saint Marc, ce procès là j’le connais par coeur, je le connais si bien que j’en ai presque des souvenirs.

Ecoute, écoute le grésillement des transistors.

“Non rien de rien…”

21 avril 1961, depuis quelques mois on diffuse cette chanson; Edith Piaf l’a dédiée aux légionnaires engagés en Algérie depuis 7 ans déjà.

Dans les maisons bourgeoises, on entend des airs de swing et de jazz qui se mêlent aux chants traditionnels arabo-andalous que crachent les gargotes alentours.

Soudain, la musique s’arrête et la radio éructe un message incompréhensible:

 

“Le 1er REP quadrille Alger avec à sa tête le commandant Hélie Denoix de Saint Marc, le général de Gaulle ! déclare l’état d’urgence !”.

Le reste des noms et des informations se perd au milieu des ondes.

A Bordeaux un ancien résistant se souvient d’un jeune camarade idéaliste.

A Rennes, et à Paris des anciens déportés revivent avec émotion une nuit de décembre 1943.

Un jeune partisan vietnamien réchappé miraculeusement de l’enfer des Vietminh lui ! pense à ce commandant rencontré dans les vallées du Tonkin.

Ce 21 avril 61, le général Challe arrivé clandestinement à Alger avait convoqué Hélie Denoix de Saint-Marc pour lui révéler son plan et lui proposer de prendre part à un coup d’Etat.

 

“Notre action n’a rien de fasciste ou d’antidémocratique, nous souhaitons contraindre De Gaulle à revoir sa position et à négocier.”

Denoix de Saint-Marc a 39 ans, l’acte est grave quelles qu’en soient les raisons, il le sait bien. Pourtant en moins d’une heure son choix est fait, il prendra part au putsch. Ce soir-là il réunit ses hommes et leur dévoile le plan, pas un ne refuse.

Ni dans les marches ni dans le danger, ni même dans les défilés, personne ne sépare la Légion.

En une nuit le 1er REP s’est emparé des places fortes, l’aéroport, l’hôtel de ville, la radio.

Challe prend la parole:

 

Je suis à Alger pour tenir notre serment, celui de garder l’Algérie. L’Armée ne faillira pas à sa mission et les ordres que je vous donnerai n’auront jamais d’autres buts.”

En réalité, De Gaulle à Paris est serein, il sait tout du complot, il sait que Challe n’a pas d’appui et que le projet est voué à l’échec. Il laisse faire, le coup est un prétexte idéal pour s’arroger les pleins pouvoirs, et déclarer l’Etat d’urgence.

Le lendemain il prononcera pour la forme une allocution évoquant à tort “un quarteron” et non un quatuor “de généraux en retraite”.

Retiens, le pouvoir, c’est d’abord une parole, une voix.

Le coup est un échec, les putschistes sont lâchés; les soldats doivent déposer les armes et rentrent dans leur caserne. Ils sont immédiatement mis aux arrêts, et transférés au fort de Nogent.

Le soir les gardiens les entendent chanter à tue-tête cette chanson de la môme dont ils ont amendé quelques strophes.

“Ni le bien qu’on m’a fait, ni la prise du corps d’Armée d’Alger.”

Sous le feu, quand un camarade tombe, en marchant, et même au fond d’une géole, à la Légion ! on chante !

L’officier lui, est loin des hommes.

 

5 juin 1961 Imagine, Paris, l’île de la cité:

 

Imagine, une salle comble, on est venu de partout pour voir l’homme que le Roi veut déshonorer.

Le procès passionne autant qu’il divise et la beauté du lieu elle, tranche avec l’ambiance de la salle.

Les hautes fenêtres laissent passer la lumière d’un bel après-midi; au plafond, une toile de Bonnat, la justice pourchassant le crime.

La grande salle d’audience de la 1ère Chambre de la Cour d’appel de Paris est un choix qui ne doit rien au hasard. L’endroit est si beau et si solennel qu’aujourd’hui encore Magistrats, avocats et greffiers y prêtent serment.

Cette salle c’est un symbole, 15 ans plus tôt on y avait condamné Laval et Pétain.

C’est ici qu’on juge les traitres.

Depuis un mois on s’affaire, en 30 jours à peine, tout a été refait pour l’occasion.

Là des spots de lumières au cas où les audiences viennent à s’éterniser, ici des micros pour les témoins.

Pas de place pour le doute, tout le monde doit comprendre de quel côté se trouve la justice.

Transféré depuis la prison de la santé dans un camion grillagé, Hélie Denoix de Saint-Marc est entravé, et pourtant les quelques escortes qui le croisent se mettent machinalement au garde à vous.

Ses grands yeux bleus scrutent la salle.

Il n’a pas peur.

A la Légion on ne baisse jamais la tête ni devant la mort, ni devant Dieu.

Fils d’avocat, il le sait bien, la justice a quelque chose de théâtral: il faut humilier l’accusé, le contraindre à la pénitence.

Mais l’officier refuse la mise en scène imposée.

Béret vert, uniforme d’apparat et décorations sur la poitrine, pas question de perdre la face dans cette passe d’arme, dans ce duel entre l’épée et les robes.

Tant pis pour le résultat.

A côté du décorum, le verdict non plus n’est pas négligé.

Tout a été pensé, réfléchi pour aboutir à une condamnation exemplaire.

L’institution d’abord, au lendemain de la reddition De Gaulle commande un “Haut tribunal militairesorte de juridiction “ad hoc” pour juger les fêlons.

Pas de recours possible, le Haut Tribunal militaire juge en dernier ressort.

Retiens ! La justice politique ne se déjuge jamais, elle ne supporte pas la contradiction. Seul espoir envisageable, une grâce absurde présentée à celui-là même qui avait créé cette institution.

En un mois à peine l’instruction, le déféré, l’acte d’accusation, tout est bouclé sur ordres, les rares interventions des juges ne sont que pure forme.

Retiens dans les procès politique c’est le Prince qui juge pas la justice.

Le tribunal aussi est composé sur ordre, Maurice Patin qui office habituellement à la Chambre criminelle de la cour de cassation est choisi pour présider les débats, il est flanqué d’éminents juristes des Présidents de Cour d’appel et de militaires de haut rang.

Quelques jours plus tôt on avait déjà jugé Challe et Zeller les architectes du putsch.

Le cas Denoix de Saint-Marc lui, est différent, il n’a pas le profil convenu du réprouvé; il n’est ni un idéologue ni un factieux.

Le Président Patin pose quelques questions pour la forme parce qu’il faut bien faire semblant, toujours le même rituel:

“Nom: Denoix de Saint-Marc

Prénom: Marie, Joseph, Hélie

Avez-vous déjà été condamné ?

Oui par les Allemands.”

 

Patin est furieux, cette marque d’arrogance, n’annonce rien de bon. Il reste pourtant impassible pas question d’engager un débat sur la légitimité des causes que chacun défend. Il faut absolument éviter que le putsch ait son martyr ou son héros.

C’était pourtant juste, issu d’une vieille famille du Périgord, Hélie Denoix de Saint-Marc n’a que 18 ans lorsqu’il est indigné par la défaite, il entre en résistance.

Ici même dans cette salle nombre d’anciens camarades de toutes tendances politiques confondues sont venus témoigner pour dire qui ! est Hélie Denoix de Saint-Marc. Les témoignages s’enchainent chacun raconte ce qu’il sait de l’accusé. Par petite touche, un portrait se dessine.

Monsieur le Président, nous avons rencontré Hélie Denoix de Saint-Marc une nuit de juillet 1943.

Alors que nous tentions de rejoindre la France Libre nous avons été dénoncés par notre passeur, arrêtés, livrés à la Gestapo puis déportés dans des wagons plombés, envoyés au camp de Buchewald et affectés dans un camp de travail.

Buchenwald, une longue valse avec la mort !

Dans cet enfer, on perd son nom, on n’est plus personne.

Hélie Denoix de Saint-Marc lui, a disparu: il n’est plus que le matricule 20 543.

Enfin, lorsque ce 11 avril 1945, les Américains libèrent le camp, ils découvrent des cadavres entassés de ces vivants en sursis. Saint-Marc est de ceux-là, gisant inconscient parmi les mourants dans cette baraque putride.

23 ans, 42 Kg, rongé par la dysenterie, il a perdu la mémoire et oublié jusqu’à son nom.

30 survivants sur un convoi de 1 000 déportés, renvoyés chez lui, il n’en parlera plus.

Et comme pour conjurer le sort il intègre l’école des officiers de Saint Cyr, et choisit de commander des régiments de la Légion étrangère dont le gros des troupes est composé d’anciens de la Wehrmacht de la SS.

Pas le temps pour la rancoeur ou la haine. La Légion est une patrie, où l’on pardonne presque tout !

“Monsieur le Président ! Notre génération n’a pas connu de valeur fixe nous avons appris à nous fier à notre conscience seule; cela avait conduit notre camarade en déportation en 43, cela le conduit aujourd’hui à la prison.”

A la barre on évoque également l’Indochine et ses traumatismes, des mois à sillonner un pays, à former des partisans contre les Vietminh à se battre et à mourir avec eux.

Et puis un jour fin de mission. Ordre d’évacuer la zone.

“Jamais, jamais nous n’oublierons l’incompréhension et la peur sur les visages des villageois à l’annonce de notre départ. Le cauchemar des coups de crosse sur les doigts des irréductibles incrédules s’accrochant aux rebords des camions français.

Des coups de crosses sur les doigts de nos frères d’armes, finissant par lâcher pour s’écraser dans la poussière.

C’était les ordres !”

 

Pour le général Ingols membre du jury, chancelier de l’ordre de la libération, déporté-résistant et Gaulliste de la première heure cette histoire a quelque chose de familier.

Sollicité quelques jours plus tôt par des proches de Saint-Marc, Ingold avait accepté d’intercéder en sa faveur à condition qu’il fasse pénitence et présente ses regrets.

L’accusé avait remercié ses amis mais catégoriquement refusé

“je ne regrette rien, j’ai agi en conscience, et je le dirai à l’audience.”

Dans son coin, l’Avocat Général reste silencieux, il note méthodiquement ce qui est dit en attendant son heure.

Jean Reliquet n’a pas été choisi au hasard; ancien procureur général d’Alger, il a parfaitement en tête, les enjeux historiques liés à ce procès.

L’Algérie. Une terre meurtrie, une terre qui mange ses enfants:

 

Des attentas, dans les cinémas, aux terrasses de cafés, dans les salles de concert, on tue pour trois lettres: MNA – FLN –OAS.

On tue pour venger Guelma, on tue pour venger Sétif, on tue pour la Nation, on tue pour être libre sur sa terre.

On tue au nom du tout puissant du miséricordieux; on guillotine, aussi, au nom de la France.

Imagine une guerre où l’ennemi est sans uniforme agissant parfois sous le masque d’un vieillard, d’une jeune fille ou d’un enfant.

La grande muette veut faire parler, elle torture.

Pour Reliquet, cette pratique est indigne de la République, il alerte ses supérieurs, interpelle sa hiérarchie.

Aucune réaction, l’homme est seul avec ses convictions, les impératifs sécuritaires l’avaient emporté sur ceux de la justice.

L’épée l’avait emporté sur la robe.

Retiens bien ! l’histoire finit toujours par condamner les peuples, qui sacrifient leur droit pour la sécurité.

Appelé pour rétablir l’ordre et la souveraineté nationale. De Gaulle avait fait volteface, pour lui l’égalité risquait d’entrainer un exode massif des algériens en métropole.

“La France est un pays de clocher, hors de question de rebaptise Colombey.”

Seule solution rationnelle: l’indépendance !

La métropole le soutiendra, elle a les yeux rivés vers l’Amérique et la consommation elle se désespère de voir sa jeunesse périr dans une guerre qui ne dit pas son nom.

L’Armée ne comprend pas.

Depuis sa cellule, l’accusé lui, a préparé une déclaration:

“Monsieur le Président. Ce que j’ai à dire sera simple et court. Depuis mon âge d’homme, j’ai vécu pas mal d’épreuves:

Résistance, Gestapo, Buchenwald, l’Indochine, Suez et l’Algérie.”

Saint-Marc explique comment on en arrive là, comment on passe d’officier exemplaire à celui de soldat perdu.

“Un jour, on nous a dit qu’il fallait envisager l’abandon de l’Algérie. L’angoisse a fait place au désespoir et nous avons pleuré en nous souvenant de l’évacuation de la Haute-Région, Diên Biên Phû, l’entrée du Vietminh à Hanoï, des villages abandonnés et des habitants massacrés.

Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites sur cette terre d’Afrique, à tous ceux qui avaient choisi la France à cause de nous et qui, à cause de nous, risquaient une mort affreuse.

Nous pensions à notre honneur perdu.

On peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier, pas de se dédire, de tricher ou de se parjurer. Oh ! je sais, Monsieur le Président, il y a l’obéïssance, il y a la discipline.

Depuis quinze ans, je suis Officier de Légion. J’ai vu mourir pour la France des légionnaires, étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé. C’est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes légionnaires tombés au champ d’honneur, que le 21 avril, j’ai fais mon choix.

Terminé, Monsieur le président.”

Patin reste impassible pas question d’accorder à cet instant une quelconque solennité.

Ironie de la scène la justice est aux ordres, le militaire lui, est libre.

Les consignes sont presque dictées pas d’acquittement.

L’Avocat Général Reliquet, l’homme qui s’est opposé à la torture et dressé contre l’armée tient peut-être sa revanche.

Depuis des jours il est encouragé par sa hiérarchie, et par les plus hautes personnalités pour requérir une peine exemplaire.

Dans cette pièce commandée par De Gaulle il joue le dernier acte.

Messmer alors Garde des sceaux le convoque; lui parle des intérêts de la Nation et du danger que représentent les fanatiques.

Retiens ! On invoque toujours les intérêts de la Nation pour insulter la justice.

On lui enjoint de requérir une peine de 20 ans.

20 ans pour punir, pour venger un affront.

20 ans pour effacer une cause et un nom.

Problème: Reliquet, croit au droit pour tous et en tout temps, en Algérie contre le FLN et les communistes, en métropole contre les putschistes, il pense que le Code pénal est suffisant et qu’on n’a pas besoin de loi d’exception pour satisfaire les puissants ou l’opinion publique.

La peine envisagée contre Denoix de Saint-Marc n’est ni juste, ni adaptée.

Puisque Reliquet s’entête, Michelet, ministre des armée et Messmer lui ordonnent par courrier de requérir la peine évoquée. Pas d’objection possible les ordres sont les ordres et il faut obéir.

Tant pis, l’Avocat Général se lève prend un bloc de feuilles et s’approche du Président:

“ Article 13 du Code de procédure pénale le Ministère Public est tenu de prendre des réquisitions écrites conformes aux instructions qui lui sont données, voici mes conclusions.”

Posant le tas de feuilles sous le nez du Président, il poursuit immédiatement:

“Elles sont fidèles aux consignes qui m’ont été données vous y trouverez la peine exigée... J’entends pourtant, au terme du même article conserver ma liberté de parole…et requérir autrement. La plume est serve certes, mais la parole est libre.”

L’instant est rare et surprenant on n’a presque jamais vu ça.

Les murmures de réprobation dans la salle laissent à présent place à un brouhaha.

“Silence ! Silence dans la salle !”

Patin réprouve manifestement la démarche de Reliquet qui enchaine:

“La faute si lourde soit elle, ne saurait effacer 20 ans d’héroïsme.”

Il faut une peine juste et adaptée, juste et adaptée.

“4 à 8 ans de réclusion criminelle.”

Et Reliquet de conclure:

“Beaucoup plus que cette peine l’abandon du métier des armes sera une sanction bien plus terrible pour ce soldat héroïque.”

A ce moment précis l’espoir est permis, Reliquet semble avoir entrouvert la porte et la défense tient quelque chose.

Le mot acquittement se murmure dans la salle.

L’instant est incroyable !

Au tour de la Défense de prendre la parole, les chances sont minces, mais il faut s’engager dans chaque interstices tout exploiter, ne rien laisser au camp d’en face.

Cette plaidoirie je la connais par coeur !

La procédure d’abord ! Un tribunal spécial, c’est une marque de défiance envers le peuple.

L’accusé comparait devant un tribunal fantoche créé par l’article 16 spécialement pour punir et jeter l’anathème.

Quelle différence avec Riom, ou les sections spéciales ?

Par sa forme et par son but il est discrédité.

De plus comment considérer ce jury comme impartial et ce procès comme équitable alors qu’on a déjà condamné Challe et Zeller quelques jours plus tôt pour les mêmes faits.

Les faits ! la Vème République est un coup d’Etat née d’un coup d’Etat; le pouvoir a sciemment laissé faire pour asseoir une légitimité qui lui faisait défaut et engager des réformes institutionnelles.

Le putsch avorté a été instrumentalisé pour servir les intérêts du pouvoir en place.

Les faits encore ! l’homme a agi par fidélité à un serment, redoutant nous dit-il un massacre à venir.

L’histoire dira comment, la France aura traité les pieds noirs et les harkis.

Un mot pour les juges enfin, leur rappeler que 20 ans plus tôt ces militaires, avaient eux-mêmes désobéis.

Un mot pour l’homme peut-être aussi enfin, la vie de Hélie Denoix de Saint-Marc est une tragicomédie qui veut qu’au gré des caprices des puissants, on porte pour les mêmes faits, tantôt un uniforme d’officier et tantôt celui de bagnard.

Mais rien de tout cela n’a été dit.

Cette plaidoirie c’est la mienne.

On avait laissé à l’accusé deux jours seulement pour choisir son conseil, deux jours pas plus.

Jacques Martin-Sané un fidèle du Maréchal s’était proposé spontanément; les proches de Saint-Marc l’avaient pourtant mis en garde sur le profil de son avocat.

Qu’importe, il avait donné sa parole d’officier.

Maitre Martin-Sané n’a pas saisi la main tendue par le parquet, et s’est contenté d’une plaidoirie grandiloquente et un peu surannée pour réclamer l’absolution.

Peut-être n’avait-il pas vraiment compris qui, était Hélie Denoix de Saint-Marc.

Oui je sais le soleil se couche, mais écoute encore un peu, imagine la Cour des Invalides, des hommes en képi blanc au garde à vous, réunis autour d’un vieil homme.

Ses grands yeux bleus, scrutent l’horizon.

Déporté à 20 ans, dégradé et emprisonné à 40, Hélie Denoix de Saint-Marc a été successivement gracié, amnistié, puis réintégré dans son grade de commandant.

Non par décision de justice, mais par décrets successifs; des caprices de Prince.

Aujourd’hui, 28 novembre 2011, il est fait Grand-croix de la Légion d’honneur: “A titre militaire et au titre de l’Algérie”.

Soudain tout le monde se fige.

“Aux morts”.

A quoi pense-t-il ?

Quelques vers de Péguy que je t’ai récité sur les fils et sur la terre.

Une pensée de 10 ans prononcée à la hâte ce 5 juin 1961, A tous ces hommes morts pour la France, par la France.

Ministère Public contre Denoix de Saint Marc, c’est l’histoire d’un procès qui n’aura duré qu’un après-midi et le procès d’une histoire, une histoire d’homme aussi.

Tu as raison c’est drôle un patronyme mais ça dit tellement de choses sur celui qui le porte.

Je ne comprenais pas vraiment pourquoi mon père me contait ce récit, peut-être qu’avocat lui-même, il me donnait tout simplement une leçon d’homme et de justice.


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