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COMLE

Éditorial...

                   Lettre...

                                 Dossier de presse...


La fidélité est le souffle de l’honneur

"La fidélité est le souffle de l’honneur : elle l’anime. Elle en est même un principe", "elle est un élan du cœur et de la volonté qui autorise tous les héroïsmes"... voici quelques pensées que le généal Alain Lardet, COMLE, livre à la réflexion de chacun dans son éditorial sur la Fidélité.

 

 

Il y a cent ans, nos drapeaux arboraient pour la première fois, sur décision du ministre de la Guerre, la devise “Honneur et Fidélité”. En accédant à la demande du lieutenant-colonel Rollet, la France renoue fin 1920 avec une vieille tradition, révélatrice de l’engagement des étrangers au service de la France.  Dès le XIXe siècle, les contrats d’engagement des légionnaires sont signés avec la promesse de servir avec “Honneur et Fidélité”. Cette fidélité qui “tient lieu de patrie aux heimatlos venus ici de tous les mondes chercher dans le service de la France un havre à leurs misères et donner une activité à leur fougue, du pain à leur faim, des aventures à leurs rêves(1). Les légionnaires ne sont pas des apatrides et la Légion ne leur demande en aucun cas de renier leur patrie d’origine, encore moins de la combattre. Pour autant, Émile Henriot a bien noté que cette fidélité, inscrite dans la devise du régiment de Diesbach, inspirateur de la Légion, était la marque des étrangers au service de la France.

Là où est l’honneur, là où est la fidélité, là seulement est la patrie”, (Louis d’Estouteville, gouverneur militaire du Mont-Saint-Michel pendant la guerre de Cent Ans). Comment combattre avec plusieurs patries, plusieurs fidélités au cœur ? Quelle est cette fidélité associée depuis toujours à l’honneur de combattre pour la France ? Il est un livre d’or, dans tous les sens du terme, détenu par le président des sous-officiers de la Légion étrangère qui en dit long sur l’âme légionnaire. Il recueille les mots d’adieux des sous-officiers partants, les “maréchaux de la Légion”. Il dessine peu à peu l’empreinte de l’âme légionnaire. En le parcourant, j’ai mesuré la place que la fidélité tenait pour ces étrangers, fils de France, non par le sang reçu mais par le sang versé. Derrière l’imperfection de la langue française, ces mots confiés à la postérité, écrits en regard de deux photos parfois éloignées de plus de trente ans, l’une à l’engagement, l’autre au moment du départ, en disent plus sur la place de la vertu de fidélité que toutes les réflexions philosophiques. En voici quelques traces, indélébiles :

- “Mes pensées iront éternellement vers vous ; honneur et fidélité” ;

- “Le lien de cœur avec la France et son armée et naturellement avec la Légion en particulier, sera impossible d’effacer ; avec honneur et fidélité” ;

- “La légion m’a donné cette opportunité d’une nouvelle vie et pour cela je restais toujours fidèle à ses valeurs” ;

- “C’est la vraie voie sacrée, celle que la Légion m’a fait parcourir ;  j’ai donné fidélité et notre maison m’a rendu Honneur”.

Ce dernier témoignage, d’une certaine manière, clôt mes réflexions sur l’association entre honneur et fidélité. J’y trouve le ressort de notre devise.

 

La fidélité est le souffle de l’honneur : elle l’anime. Elle en est même un principe. Elle prend de ce fait une toute autre dimension que l’aspect statique, froid ou austère qu’elle semble revêtir aujourd’hui.

Car au contraire, la fidélité est une disposition initiale qui ouvre les portes de l’aventure et de l’inattendu.

Elle est un élan du cœur et de la volonté qui autorise tous les héroïsmes.

Contrairement au diagnostic actuel qui affirme que la fidélité aurait tendance à disparaître d’un monde qui promeut tous les vagabondages, à en croire cette faculté de notre temps à “laisser tomber” à la moindre difficulté, à la moindre lassitude, cette vertu est l’arme de la résilience, si convoitée. De fait, elle se fait source de paix dans un contexte tourmenté. C’est la fidélité qui permet de remplir la mission jusqu’au bout : fidélité à son engagement, à ses chefs, à ses principes. Pour reprendre les mots du général Gillet dans son ouvrage déjà cité, la fidélité est la “vertu qui permet de conquérir la ligne de crête d’après ou de tenir dix minutes de plus(2).

La fidélité est assurément une valeur de l’avenir. Elle est pour nous au cœur de notre engagement : “Notre honneur, c’est de faire notre travail de notre mieux ; notre fidélité, c’est de le faire au moins aussi bien que nos anciens(3).

Legio Patria Nostra

Général de brigade Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

(1) Émile Henriot, Vers l’oasis (1935), cité dans le dictionnaire de la Légion

étrangère au chapitre Honneur et Fidélité

(2) Qui est comme Dieu ? Pierre Gillet, Editions Sainte-Madeleine, p 111

(3) Ibid


Les racines de l’honneur

Alors l’honneur a toute sa place à la Légion étrangère !

 

 

Avons-nous perdu le sens de l’honneur ? comme le suggère Jean-René Van Der Plaetsen, dans son livre La Nostalgie de l’honneur (1).

Dans une conférence sur ce thème, Érik Orsenna éclaire la question de l’éclipse de l’honneur (2) : “Ainsi va l’honneur de nos jours. Méprisé par le cynisme ambiant, il veut se défendre. Quitte à se dégrader lui-même, accepter qu’on baptise de son nom des attitudes qui sont seulement normales… Comment, face au spectacle quotidien de la chasse aux honneurs, garder du respect pour l’honneur ? Comment dans le même mot, séparer le bon grain du singulier de l’ivraie du pluriel ?
Plus loin, l'académicien nous donne cet éclairage : “L’honneur est ce bien moral conquis dans la lutte et qui permet à la fois d’acquérir la considération d’autrui et de conserver sa propre estime”.

L’honneur est donc pour un homme debout, ou redressé, dira-t-il. Il n’est pas l’oeuvre d’un instant ou d’un coup de tête mais il puise profondément dans l’être. Il est d’une certaine manière, préparé et réfléchi, bien différent de la bravade ou de la coquetterie. Il est “ce fascinant mélange de oui et de non, non à la négation de soi-même et oui aux valeurs qui méritent de risquer sa vie pour elles”.

Comment ne pourrait-il pas être réfléchi ? L’action guidée par l’honneur peut être subite mais pas l’honneur. Il n’est pas du domaine de l’instinct, il se sème, il se cultive au quotidien, il se conserve avec soin. Il est fait d’interrogations, de doutes, de choix sans vainqueur ni vaincu, comme nous l'a montré le commandant Denoix de Saint-Marc. La fidélité à la parole donnée en est souvent une pure expression. “Il se forge dans l’effort et l’adversité” (3).

Bref, l’honneur a besoin de racines pour résister aux tempêtes.

Vous conviendrez alors que l’honneur n’est pas une option pour le soldat. À quoi bon risquer sa vie sans honneur ?

Où apprend-on l’honneur ? Comment développer les racines de l’honneur ?

Auprès des hommes d’honneur ; c’est une transmission, un héritage More Majorum. Partageant la conviction de Jean-René Van Der Plaetsen, la vie des héros est le plus sûr moyen de guérir de “la nostalgie de l’honneur”.

Il me vient à l’esprit l’exemple de cet adjudant-chef, engagé dans un violent combat dans l’Adrar des Ifoghas, au Mali. Son équipier, le sergent-chef Vormezeele est mortellement touché. Son corps inanimé roule 70 m. plus bas. Toujours exposé aux feux de l’ennemi, insuffisamment localisé, l’adjudant-chef a été confronté à “ce fascinant mélange de oui et de non”. On imagine le dilemme, à froid pour nous, sous le feu pour lui. Une dépouille vaut-elle ma propre vie et celle de mes camarades ?

Seule une réponse d’honneur était possible : “Tu n’abandonnes jamais ni tes morts…”.

L’adjudant-chef est alors parti sous le feu, avec un binôme, récupérer la dépouille du sergent-chef. Il a prélevé au passage un peu de terre imprégnée de sang, en pensant, m’a-t-il dit, à la phrase : “Sur la terre imprégnée du sang des légionnaires, le soleil ne se couche jamais”. Il voulait rapporter cette terre, pour la famille.

Cet acte n’était pas irréfléchi, et pourtant quasi réflexe dans l’action, c’est certain. Cet acte était enraciné. C’était un acte d’honneur.

Les racines de l’adjudant-chef et de tous les légionnaires puisent dans le code d’honneur du légionnaire, thème de ce numéro. Pour beaucoup, ce seront leurs premiers mots de français et ce n'est pas un hasard.

Jean-René Van Der Plaetsen, au chapitre Le beau geste, parle de cette “conception de l’honneur que ne peuvent guère comprendre que les aristocrates et les voyous”.

Si le chant Aux légionnaires dit vrai : “...on y trouve des copains d’partout, y en a d’Vienne, y en a d’Montretout, pas ordinaires, des aristos et des marlous qui se sont donnés rendez-vous...”

Alors l’honneur a toute sa place à la Légion étrangère.

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(1) “L’honneur n’est pas à la mode. Il n’y a là rien de très étonnant : dans une époque où le cynisme ou le scepticisme commettent des ravages, nous en avons perdu le sens”. La Nostalgie de l’honneur, Jean-René Van Der Plaetsen, édition Grasset 2017, p. 11.
(2) “L’honneur n’est pas seulement le mérite”.
(3) “Qui est comme Dieu ?” Pierre Gillet, éditions Sainte-Madeleine, p 148.

Général Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

Editorial Képi Blanc Magazine - février 2021


2021 : cent ans d'Honneur et fidélité

Bonne et heureuse année 2021 ! La nouvelle année est l’occasion des résolutions ou des nouveaux départs.

Poussé par la mise sous presse anticipée, il est bien normal que l’imprimeur puisse goûter au repos de fin d’année, je serai bref dans cet éditorial qui ouvre l’année 2021. Bref pour ne pas quitter l’ambiance de Noël en pleine apogée et bref pour me concentrer sur les vœux pour cette nouvelle année.

Il s’annonce un grand Noël ! Je viens de boucler le tour des régiments, émerveillé par leurs ressources. Probablement stimulés par l’ennemi Covid-19, les chefs de corps et leur équipe de commandement ont rivalisé d’imagination pour adapter les activités de Noël. Je n’avais jamais encore réalisé de repas de corps sans vraiment distinguer le popotier, situé à l’autre bout d’un immense hangar. Même avec une sonorisation, cela simplifie les pots et du coup favorise les chants. De nouvelles disciplines sportives ont été inventées pour empêcher les interactions entre joueurs, occasionnant de franches rigolades et les traditionnelles réclamations à la proclamation des résultats. Les crèches, toujours aussi émouvantes resteront dans l’intimité de la famille Légion et c’est bien là la seule particularité de cette année. Bref tout va bien, c’est Noël.

C’était Noël, puisque ce numéro nous invite à aborder l’année nouvelle et à présenter nos vœux. Nous n’en manquons pas, pour vous, lecteurs de Képi Blanc.

Au-delà des souhaits de santé et de bonheur, à quoi sert le premier si le second s’est évaporé, j’aimerais vous associer au thème de notre année, cent ans d’Honneur et fidélité. En 1921, cette devise était inscrite sur nos drapeaux, remplaçant Valeur et discipline.

2021 sera donc l’occasion de développer ces deux vertus. À la réflexion, par-dessus la santé et le bonheur, je vous souhaite une année pleine d’Honneur et de fidélité.

La nouvelle année est enfin l’occasion des résolutions ou des nouveaux départs. Alors commençons par le commencement et parlons recrutement.

Je vous souhaite une bonne lecture et “sans peur, en route pour la Légion !”

 

Général Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

Editorial Képi Blanc Magazine - janvier 2021


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Humilité et chaleur d’un Noël : il n’y a pas de “petits” Noël

Prenez le temps alors de casser la routine et entrez dans la joie et la chaleur de Noël. Ne négligez rien, ni la préparation des crèches, ni la décoration, ni les tournois, ni la veillée. Chantez, riez, parlez, partagez, écoutez et à votre façon, priez !

 

J’écris cela en réaction à cette crainte d’un sous-officier mi désorienté, mi amère : “avec ce foutu COVID, cela va être un petit Noël”.

Que serait un petit Noël ? Une question de volume, d’ambiance autour d’une veillée ratée ? Serait-il déterminé par un trop petit nombre de crèches, une rupture en bières, ou parce qu’il n’y aurait pas de foie gras en plus des crevettes, que sais-je encore ?

Ces critères n’en sont pas. Les plus anciens gardent tous le souvenir d’un Noël atypique, en détachement isolé, en opérations ou encore en préparant un colisage après une alerte en pleine veillée. “Déplacement de Baïdoa à Haddour, arrêt à 17h30 à 30 kms au sud-ouest de la ville, préparation du bivouac pour Noël. Messe à 20h30, remise des cadeaux, pot, sketches et dîner. La compagnie est rassemblée autour d’une petite crèche et d’un sapin de fortune… Humilité et chaleur d’un Noël sur la piste !
Coucher tardif”. Cet extrait du journal de marche et d’opérations de la 3e compagnie du 2e REP en Somalie, le 24 décembre 1992 est écrit dans le style très caractéristique d’un JMO : factuel, descriptif, sobre et froid.

Pourtant ces quelques lignes suffiraient à mon éditorial. Elles décrivent le rite qui fait entrer dans cette fête majeure de la Légion étrangère. Leur lecture ouvre un imaginaire magique bien loin de la pièce historique, administrative et juridique : Humilité et chaleur d’un Noël sur la piste ! Coucher tardif. Ces mots nous transportent et l’on se prendrait, par une étrange association de souvenirs, à partager leurs confidences dans la nuit étoilée de la Corne de l’Afrique.

Peu importe les circonstances, donc, déployé dans le cadre de l’opération Sentinelle ou au poste de garde de toutes les
latitudes, en période de crise sanitaire ou en guerre, nous fêtons Noël pour nous réchauffer. Il semble d’ailleurs que la Légion l’ait toujours fêté. Le premier témoignage date de 1912, au 3e bataillon du 2e Étranger, à Fez, et décrit la veillée autour d’une crèche vivante et d’un quart de vin chaud. Depuis le rite s’est étoffé, au fil du temps, d’un challenge sportif ou d’un concours de crèches.

La fête de Noël est ainsi devenue l’autre face de Camerone, un peu comme la lune répond au Soleil. Si Camerone par son cérémonial martial sous un soleil brûlant nous apprend le culte de la mission et du sacrifice, Noël, par un cérémonial familial,
répond dans la nuit profondément aux besoins de tous, déracinés ou nostalgiques d’un passé lointain, émerveillés par la chaleur de cette nuit ou reconnaissants de sentir l’accueil sans condition dans une famille. Noël nous apprend l’espérance.

Dans le numéro de KB de décembre 1947, le père Jean Hirlemann, compagnon de la Libération, aumônier de la Légion étrangère, écrivait : “on vient à la Légion parce qu’on espère... aussi, dans la monotonie des jours qui passent, Noël a sa place, sa grande place… Courage, Noël donne un sens à notre vie de légionnaire”.

Existe-t-il en effet quelque chose de mieux à Noël, que la crèche représentant une famille “mise à la porte” et accueillie par des bergers, pour symboliser le parcours du légionnaire ?

Par-delà toutes les croyances, laissons faire le temps de Noël. Laissons Noël s’immiscer dans le calendrier de nos obligations. Il s’agit par-dessus tout, de se poser, ensemble, et d’ouvrir nos cœurs.

Vivons ces moments où les différences de grades s’estompent, où s’établissent des contacts moins formels en s’amusant de nos travers lors de sketches bien sentis, où les quelques confidences de peines ou d’aspirations resserrent les liens. On échange des cadeaux, on découvre des camarades inconnus au cours de la nuit…on se relâche, on se déleste de l’exigence nécessaire mais pesante d’une troupe de combat.

Prenez le temps alors de casser la routine et entrez dans la joie et la chaleur de Noël. Ne négligez rien, ni la préparation des crèches, ni la décoration, ni les tournois, ni la veillée. Chantez, riez, parlez, partagez, écoutez et à votre façon, priez !

Joyeux Noël à vous légionnaires, plus spécialement à vous les plus jeunes qui allez fêter votre premier Noël car, s’il n’y a pas de petits Noël, Noël comble les petits, quel que soit leur âge.

 

Général Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

Éditorial Képi Blanc Magazine - décembre 2020


Forger les hommes pour les chocs futurs

Le dernier Képi Blanc Magazine est consacré aux sections de chocs dont les légionnaires sont sélectionnés avec rigueur. Leur engagement nécessite travail, entraînement dans l’humilité, persévérance et endurance ... l'ADN de la Légion étrangère.

 

 

« Mais la légion s’en va, oui s’en va, part au baroud, baroud »

 

Début octobre, l’armée de Terre a présenté ses capacités à la nation, sur le plateau de Satory. Le chef d’état-major a développé à cette occasion son plan stratégique, déclinaison d’une ambition pour les dix prochaines années. L’enjeu est la supériorité opérationnelle de nos armées, à l’horizon 2030, face à des menaces plus dures, multiformes, sur tous les champs de la conflictualité et tous les milieux matériel ou cybernétique.

Quatre chemins, balisés de 12 projets, permettront à l’armée de Terre de « changer d’échelle » afin de rejoindre cette ambition : forger des hommes à la hauteur des chocs futurs, développer des capacités pour affronter une nouvelle génération de menaces, durcir l’entrainement et enfin fonctionner de façon simplifiée pour plus d’efficacité et de résilience.

Et la légion ? Elle a toujours eu à cœur cette exigence d’être au rendez-vous des combats. Nous le chantons avec gravité : « la légion marche vers le front » ou encore dans le chant la lune est claire, « Mais la légion s’en va, oui s’en va, part au Baroud, Baroud ».

La légion cultive en effet, avec application, son niveau de préparation opérationnelle. « Vers l’excellence opérationnelle » était d’ailleurs le thème du dossier képi blanc de juin dernier. Cela nécessite travail, entraînement dans l’humilité et la persévérance, endurance et récupération [1].

Les 40 000 légionnaires tombés au combat constitue d’ailleurs l’ADN de la Légion, force combattante.  Chaque jeune légionnaire débute son premier contrat dans la crypte du musée. Il y reçoit ce déterminant qui le destine au combat.

« Vous autres, légionnaires, vous êtes soldats pour mourir et je vous envoie où l’on meurt ». L’apostrophe lancée par le général de Négrier au Tonkin en 1884 était destinée à des hommes forgés pour combattre les pavillons noirs soutenus par la Chine. Ces soldats avaient été formés 3 ans plus tôt par ce même chef, alors colonel, nommé à la tête de la Légion étrangère pour la sortir de l’engourdissement de 1870. Sa méthode n’est pas sans rappeler l’ambition d’aujourd’hui : restauration de la rigueur dans l’exécution du service, dynamisme dans l’action, esprit d’initiative[2] . On lui doit ainsi la création des compagnies montées. La dotation d’un mulet pour deux légionnaires pris de vitesse l’ennemi et permis la victoire dans le sud oranais. Cette supériorité opérationnelle des années 1880 a été obtenue grâce à des hommes forgés à résister au pays de la soif, grâce à une nouvelle capacité, le couple mulet-légionnaires, grâce à un entraînement durci permettant d’améliorer l’emploi de cette capacité et enfin probablement grâce à une boucle simple et très courte de prise en compte du RETEX et des bonnes pratiques.

 

Forger les hommes pour les chocs futurs

 

C’est donc, me semble-t-il, l’histoire rebattue de « monsieur légionnaire » qui n’a qu’un nom mais des milliers de visage. Ce numéro est dans cet esprit, consacré aux sections de chocs. Elles sont d’une certaine manière nos compagnies montées d’aujourd’hui et se construisent pour gagner la supériorité opérationnelle. Plus exigeantes en terme de résilience de technicité et d’engagement, elles sont des laboratoires et des locomotives pour les autres unités de combats.

L’actualité de ce mois nous propose trois autres visages de ce monsieur légionnaire tourné vers la haute intensité.

A tout seigneur, tout honneur, le premier visage est celui du LCL Zlatko SABLJIC. La famille légionnaire a rendu un vibrant hommage à ce combattant infatigable. Cet homme était forgé pour les combats les plus rudes.

Le second visage est une mosaïque de neuf visages racontant la dernière décennie de combat de la Légion étrangère. Neuf récits regroupés dans un ouvrage intitulé « la lune est claire ».  Neuf officiers de légion témoignent de l’engagement total des képis blancs, attirés par le « baroud ».

Le dernier visage est encore différent, même atypique. Il s’agit du LCL de la réserve citoyenne Rudy Ricciotti. Lui aussi aime le baroud et la Légion étrangère, sa deuxième famille. Il ouvre une nouvelle rubrique dans ce magasine : « sans filtre ». Des amis et fins connaisseurs de notre institution nous ouvriront d’autres horizons de pensée. Le regard de ces patriotes, venus d’un autre univers, participe à l’édifice national et à sa résilience.

Alors est-ce à dire que la Légion n’a plus rien à faire?

Ce serait nier nos gènes. Notre grandeur et notre servitude est de sans cesse renouveler, c’est à dire, faire à nouveau. La légion doit travailler à mieux recruter, à améliorer ses parcours professionnels, à durcir la formation, à améliorer le quotidien du légionnaire et des familles, à mieux soutenir ses blessés.

La tâche est immense comme elle le fut pour nos Anciens. En avant, au baroud !

 

Général de brigade Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

(Éditorial Képi Blanc Magazine – octobre N° 836)

 

[1] Editorial de Képi Blanc Magazine - juin 2020

[2] Histoire et dictionnaire de la légion étrangère p. 650


Coûte que coûte !

Prenons garde à combler notre dette de cohésion. Nous gardons l’espérance, coûte que coûte.

Le mois de septembre est traditionnellement celui de la rentrée. Avec la fin des permissions et des mutations estivales, les régiments se recomposent.

Par le biais des journées des familles, des cocktails de rentrée ou des prises d’armes chaque arrivant prend sa place, gagne le temps précieux de la connaissance de son nouvel environnement. Les familles mutées lèvent une partie de leurs inquiétudes et se rassurent : le dernier pourra reprendre le judo grâce au club régimentaire, les solutions de transport pour l’école de la plus grande s’éclaircissent au hasard d’une conversation autour d’un rafraichissement. Et puis l’ambiance ne semble pas si mal dans cette nouvelle unité. Elena, ne parlant que très peu le français, vient de rencontrer une compatriote qui va beaucoup l’aider.

Bref c’est le mois de septembre, où les sourires effacent les appréhensions. Il est le mois de la solidarité dans toutes les garnisons de la Légion étrangère. La Maison-mère comme toujours fait sa rentrée en grand en rassemblant les familles auprès de nos anciens à l’IILE pour partager le raisin nouveau…de quoi briser les plus grandes timidités.

Pour les plus réservés, si le cocktail régimentaire, le thé de “madame la colonelle”, la journée compagnie ou le repas des chefs de groupe n’ont pas fini de briser la glace, l’agenda du mois regorge de fêtes régimentaires : El Moungar, la percée de la ligne Hindenburg, les 80 ans de la 13, les 100 ans du 4, la Saint Michel.

Les légionnaires gonflent la poitrine lors d’un défilé impeccable, les associations d’Anciens marquent leur fidélité par leur présence massive, les enfants, fiers, débutent l’entraînement à l’ordre serré, de quoi ravir les épouses,  contentes de déjà se revoir. Que de monde ! On rencontre monsieur le maire ou la voisine dont manifestement le mari est aussi au régiment et l’information de rentrée circule : l’exposition Invictvs au grand musée promet, il ne faut pas la louper!

Vous l’avez constaté, tout ne s’est pas passé ainsi. La Covid 19 s’est imposée en unique invité, excluant violemment nos familles et nos anciens. Elle tue nos aînés, nos entrepreneurs et attaque “la solidarité qui doit unir les membres d’une même famille”.

“C’est au cafard qu’on fait la guerre quand on est de la Légion”. Je remercie les régiments et la musique d’avoir conservé ce qui pouvait l’être, d’avoir fait vivre la tradition, résolument.

Les fêtes étaient belles, émouvantes par leur intimité, soulignant en creux la place essentielle de nos Anciens et de nos familles.

Quelle allure cette cérémonie d’El Moungar ! L’idée lumineuse d’avoir étendu la place d’armes aux fenêtres des casernements en y plaçant un légionnaire, ne manquait pas de panache pour contourner la distanciation.

Quelle émotion aux 80 ans de la 13e DBLE, présidée par le CEMAT. L’appel des 97 compagnons de la Libération résonnait tout particulièrement.

Quelle majesté ce défilé du REP, quasi au complet pour fêter leur saint patron Saint Michel.

Cette fête clôt le mois de septembre, mais notre rentrée n’est pas achevée. Prenons garde à combler notre dette de cohésion.

Saint Michel terrasse le dragon, nous garderons l’espérance, coûte que coûte.

 

Général de brigade Alain Lardet

Commandant la Légion étrangère

(Editorial Képi Blanc Magazine – octobre N° 835)


Décès du LCL (er) SABLJIC

 

Engagé en 1974 dans les rangs de la Légion étrangère, le lieutenant-colonel Zlatko Sabljic, d'origine croate, a servi comme légionnaire et sous-officier le 2ème Régiment étranger de parachutistes (Calvi), avant d’y commander sa compagnie. Il aura également servi le 5ème régiment étranger en Polynésie, le 1er régiment étranger et la 13ème Demi brigade de Légion étrangère à Djibouti. Il avait terminé son service en 2012 au commandement de la Légion étrangère. Dès le lendemain, il prenait la fonction de directeur de la Maison du Légionnaire à Auriol (13 339) où il avait choisi, avec humilité, de servir les anciens, « dans ce poste qui me permet de rendre à la Légion étrangère et aux légionnaires, un peu de tout ce que j’ai reçu ». Officier de la Légion d'honneur, figure emblématique de la Légion étrangère, il avait été choisi en 2014 par le général commandant la Légion étrangère pour porter la main du capitaine Danjou à l’occasion de la commémoration du combat de Camerone à Aubagne. Zlatko Sabljic nous a quittés ce 29 septembre 2020, jour de la Saint-Michel, saint patron des parachutistes. Le général de brigade Alain Lardet, commandant la Légion étrangère, présente ses condoléances à sa famille et ses proches amis, au nom de toute la Légion, profondément meurtrie par cette disparition brutale.


Obsèques prévues Lundi 05 octobre à Auriol. (à confirmer)


ORDRE DU JOUR N°01

Officiers, sous-officiers, caporaux-chefs, clairons et légionnaires, je prends aujourd’hui le commandement de Légion étrangère avec émotion et fierté. Je mesure l’honneur qui m’est fait, d’être le commandant d’une institution forte et admirée.

La Légion est aujourd’hui forte de son passé glorieux.

Nos drapeaux et étendards, devant lesquels je m’incline avec respect, nous ouvrent la voie, sur les champs de bataille comme à la parade.
Nous y puisons notre devise inscrite en lettre d’or : Honneur et Fidelité. L’honneur et son code qui nous dicte notre devoir ; la fidélité, inséparable de l’esprit de discipline, qui exige le respect de la parole donnée.
Nous y trouvons la manière, faite de gloire et de sacrifice. Derrière les décorations et les noms de bataille, à commencer par celui de Camerone 1863, inscrit sur tous nos emblèmes, se dresse la multitude de nos anciens qui ont exécuté la mission jusqu’au bout, au péril de leur vie. Par l’héritage légué, ils ont bâti la Légion d’aujourd’hui. Ils nous donnent l’élan, l’envie de rejoindre les rangs et d’aller plus loin. C’est l’exemple du colonel Gabriel Chauvet, dit “big boy”, honoré le mois dernier aux Invalides. Ce combattant infatigable, sept fois cité, sept fois blessé est en définitive victorieux d’avoir été “jusqu’au bout”. Ses obsèques furent l’occasion de ma première représentation en tant qu’officier général et j’y vois un symbole chargé de sens. À travers lui, ma pensée va à tous ceux qui ont versé leur sang avec honneur et fidélité au service de la France, à tous nos blessés qui luttent pour retrouver la santé et la paix et enfin, à tous les légionnaires engagés en opérations qui vivent plus intensément ce pour quoi la Légion existe.
À votre tête, avec vous, légionnaires de tous les pays, nous saurons poursuivre la route ouverte il y a presque 190 ans, par nos anciens. More Majorum.


La Légion est belle et admirée pour son identité unique.

Elle nous dépasse, elle est ce mystère permanent que l’on sert, du légionnaire dernier engagé au général dernier nommé, avec humilité, sans retenue et avec une profonde affection. Nouveau père Légion, à la suite de tous ceux qui m’ont précédé et à qui je rends hommage pour leurs actions, en particulier mon prédécesseur, le général de division Denis Mistral, il me revient de veiller sur l’âme légionnaire. Elle se distingue, selon Georges d’Esparbès, par le regard et l’allure. Cette âme est singulière, faite de cohésion, d’attention aux autres, de générosité, d’élégance, de justice, d’exigence, d’excellence et de bien vivre, de facultés d’adaptation et d’innovation aussi… bref d’esprit de corps. Cette richesse d’âme, sans laquelle rien de grand n’est possible, n’a qu’un seul but :l’efficacité au combat et, au-delà, la victoire.

Avec vous, hommes de toutes les patries et d’une seule patrie, la Légion, avec la confiance de nos chefs qui nous connaissent bien, mais aussi avec tous nos amis qui ont si bien compris l’âme légionnaire, nous relèverons les défis qui nous attendent. La Légion de demain devra rester ce roc, sur lequel les autorités de notre pays savent pouvoir compter. Elle devra s’adapter pour répondre, à sa place, à l’extension des champs de conflictualité. Constamment fidèle à l’esprit du culte de la mission, elle s’intégrera avec ses atouts et son imagination, dans le plan stratégique du chef d’état-major de l’armée de Terre. J’aurai l’occasion de développer ce point prochainement.

Conscient de mes responsabilités, je suis fier d’être votre chef.
Avec détermination et enthousiasme, car je sais pouvoir compter sur chacun, je vous dis :
En avant, toujours en avant !
Vive la Légion, au service de la France.

 

Général Alain LARDET,
commandant la Légion étrangère
(Editorial du magazine Képi-blanc N° 834)


La Musique de la Légion étrangère à Moscou


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