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Éditorial...

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Le 4e Régiment étranger, cent ans d’histoire et creuset unique de la Légion étrangère

Le 4e Régiment étranger, créé en 1920, est le creuset et l’école de la Légion étrangère. Installé à Castelnaudary depuis maintenant 44 ans, il est à la fois “CFIM, ENSOA et écoles de spécialisation” pour tout légionnaire, soit pour y être formé ou instruit, soit pour participer à la formation des plus jeune et transmettre ainsi le flambeau.

La caractéristique première du 4e Régiment étranger tient au fait qu’il soit conçu pour s’adapter à l’intégration progressive du légionnaire au sein de la Légion, de l’armée de Terre puis de notre pays. École construite sur le modèle d’un régiment, il habitue d’emblée le futur légionnaire à la structure dans laquelle il vivra sa vie

Mais il n’a pas pour objet de maintenir l’ensemble dans un entre soi légionnaire ad vitam qui serait à rebours de ce que l’on attend des étrangers venus porter les armes de la France : au fur et à mesure de ses passages marquant l’évolution de sa carrière, le légionnaire va progressivement être confronté à ses pairs des autres régiments de l’armée de Terre voire des armées.
de soldat : la compagnie d'abord, puis la “maison régimentaire”.

C’est ainsi, la Légion assure 100 % de la formation initiale des jeunes recrues : ne parlant pas français, devant apprendre à vivre ensemble et à devenir des légionnaires avant d’être des soldats. Ces volontaires étrangers sont pris en charge par des formateurs et instructeurs de tous grades qui connaissent les ressorts de leur motivation et sur lesquels les EV projettent l’image de ce qu’ils deviendront. Puis, progressivement, alors qu’ils s’intègrent à leur nouvel environnement de vie et de travail, l’horizon des légionnaires s’élargit. La Légion n’assure plus que la moitié des formations de spécialités, laissant aux pilotes de domaine le soin de les accueillir avec leurs frères d’armes des autres régiments. Après plusieurs années de service, le 2e niveau (BSTAT) est assuré pour moitié par les organismes de formation hors Légion et au-delà (concours officiers), la Légion étrangère se repose entièrement sur le “système armée de Terre”.

Le 4e Régiment étranger dispense une formation initiale de grande qualité, sans concession sur les standards de l'infanterie exigés à l'entraînement et en opération extérieure. Il représente la clef de voûte de notre Institution, pratiquant un véritable amalgame à partir d’individualités issues de cent cinquante pays différents. Ses méthodes éprouvées, qui permettent d’assimiler au sein d’une patrie de substitution autant d’origines et de personnalités différentes parfois opposées, s’adaptent au visage changeant des légionnaires, génération après génération, tout en respectant le bloc de valeurs qui assure la cohésion de la Légion étrangère. Les cadres y sont formés à commander par l’exemple et avec le cœur, dans le respect des traditions comme dans l’utilisation des moyens les plus modernes, avec dès à présent les moyens du programme SCORPION. Les spécialistes sont pris en compte, dans l’observation des directives nationales pour y devenir de vrais professionnels, compétents et aguerris. Ces enseignements sont accompagnés d’une éducation propre au respect du code d’honneur, de la solidarité entre légionnaires et du comportement en opérations.

En 100 ans d’existence, le 4e Régiment étranger n’a pas toujours été “l’École de la Légion”, mais il est aujourd’hui fort d’une expertise acquise en plus d’un demi-siècle d’instruction légionnaire effectuée sur le territoire français. Ses permanents sont des combattants en position d’instructeurs, le temps qu’il leur est commandé de l’être, au profit de la Légion du futur, forts des égards que l’on doit à ceux qui acceptent de prendre la relève. Ils savent que servir aujourd’hui au 4e Régiment étranger, quel que soit son grade dans la hiérarchie régimentaire, c’est être l’artisan rigoureux de l'une des dernières aventures humaines de notre temps.

 

Général de brigade Denis Mistral,

commandant la Légion étrangère

(Éditorial du magazine Képi-blanc N° 829)


Fraternité d’armes : jouer collectif par-delà la Légion

"La fraternité se noue dans le don commun à plus vaste que soi

 

 

Il y a 10 ans, "frères d'armes" était le thème retenue pour Camerone. À la Maison mère, légionnaires, parachutistes d’infanterie de marine, chasseurs alpins, élèves officiers de Saint-Cyr et anciens combattants honorèrent de leur présence cette cérémonie au cours de laquelle le chef de bataillon (er) Roger Faulques remontait la voie sacrée en portant la main du capitaine Danjou. À sa manière, la Légion étrangère montrait ainsi qu’elle portait haut l’estime de ceux avec lesquels elle se bat. La fraternité d’armes unit ceux qui choisissent le métier des armes, d’abord par la libre acceptation de règles communes, puis par le partage de l’expérience et du vécu militaire. On devient frères d’armes lorsqu’on va au combat ensemble, mais aussi par l’égalité des devoirs. “La fraternité se noue dans le don commun à plus vaste que soi”, écrivait Antoine de Saint-Exupéry dans Pilote de guerre.

Les légionnaires ont très souvent combattu avec des soldats issus d’autres corps de l’armée française et aux côtés de leurs alliés.

À Tuyen Quang, en 1884 et 1885, la Légion étrangère livre un combat héroïque contre les Pavillons noirs, lutte qui constitue un de ses plus brillants fait d’armes. Une canonnière de la Marine les appuie. Elle combat avec ses frères d’armes tirailleurs tonkinois, ceux du détachement d’artillerie de Marine et du détachement du génie. Les légionnaires n’oublient pas le sergent Jules Bobillot !

À Narvik, en 1940, la 13e DBLE, aux ordres du général Bethouart, commandant la Brigade de haute montagne française, s’illustre aux côtés des chasseurs alpins de la 5e et de la 27e Demi-brigade de chasseurs alpins et d’une Brigade polonaise.

En 1950, en Indochine, légionnaires, français, marocains, algériens et vietnamiens tombaient côte à côte dans les combats de la RC4. C’est ensemble que sautèrent sur That Khé les légionnaires du 1er REP et les parachutistes coloniaux du 3e Bataillon colonial de commandos parachutistes. C’est ensemble que, devenus frères d’armes, ils affrontèrent, après la récupération des rescapés des colonnes Charton et Lepage, les violents assauts du vietminh dont peu réchappèrent.

Plus près de nous, à Loyada, en février 1976, les légionnaires du 2e REP et de la 13e DBLE donnent l’assaut pour libérer des otages détenus dans un bus par le Front de Libération de la Côte des Somalis, en travaillant étroitement avec le GIGN.


Aujourd’hui, sur les théâtres d’opérations, la Légion n’est jamais seule. Elle est accompagnée, appuyée et soutenue par ses frères d’armes des différentes unités de l’armée de Terre, des autres Armées et Services, forte de sa culture du collectif et consciente des atouts que représente la somme des compétences tendues vers un même but. Avec ses alliés, elle combat au Sahel ou sur d’autres théâtres d’opérations. Les partenariats et les binômages entre compagnies et régiments de Légion, bâtiments de la Marine nationale, escadrilles de l’armée de l’Air ou unités étrangères contribuent aussi à la connaissance mutuelle et à l’augmentation de la capacité opérationnelle. Enfin, elle rend un hommage appuyé à ceux qu’elle côtoie au combat : l’honorariat est une des plus belles marques de son estime envers celles et ceux qui, bien que ne servant pas dans ses rangs, participent, parfois au péril de leur vie, à ses succès ou ses victoires.

Et si vous cherchez encore la preuve de la force de la fraternité d’armes, si en voulez des manifestations tangibles, regardez et écoutez nos anciens : “bien au-delà des grades, quand ils évoquent leurs souvenirs, vous verrez dans leurs yeux devenus humides, dans les mots qu’ils échangent en souriant et leur joie manifeste de se retrouver, la trace de leur complicité et la marque des liens indéfectibles qui les unit jusqu’à la mort.

 

 

Général de brigade Denis Mistral,

commandant la Légion étrangère

(Éditorial du magazine Képi-blanc N° 828)


2020, grande année pour le recrutement de la Légion étrangère

La Légion étrangère bénéficie d'un dispositif particulier de recrutement au sein de l'armée de Terre. Celui-ci est centralisé et s'adapte en permanence aux besoins de la Légion et à la nature des légionnaires.

2020, grande année pour le recrutement de la Légion étrangère

En ce début 2020, mes vœux seront tout particulièrement destinés aux cadres et légionnaires du Groupement de recrutement de la Légion étrangère (GRLE), auxquels le dossier de ce mois de janvier est consacré. Avec sa portion centrale basée au Fort de Nogent et son fronton bien connu des candidats, le GRLE a pour mission de mettre en œuvre la politique de recrutement de la Légion étrangère et de gérer l’ensemble de son dispositif de recrutement.

Ce dispositif est très décentralisé et ses différents organismes permettent un parcours du candidat qui débute au Poste d’Information de la Légion étrangère (PILE), passe par un des deux Centres de Présélection (CP : à Nogent et Aubagne), et se termine à Aubagne au Centre de Sélection et d’Incorporation (CSI) où a lieu la phase finale de la sélection. C’est aussi un dispositif adapté, qui permet de faire connaître la Légion, de rayonner et de recruter partout, d’affirmer notre singularité et de témoigner de notre présence en France uniquement : en effet, la Légion étrangère n’envoie pas de recruteurs à l’étranger.

C’est pourquoi elle se doit d’adapter en permanence son dispositif au besoin du recrutement et à la nature de son recrutement. Au milieu du XIXe siècle, les candidats pouvaient directement s’engager auprès d'une mairie ou de la gendarmerie locale. Ce n’est que plus d’un siècle après sa création, en 1933, que la Légion est devenue responsable de son recrutement. Depuis, les évolutions ont été nombreuses : emménagement du dépôt dans l’emblématique Fort Saint Nicolas à Marseille en 1941, rapatriement de la Légion vers Aubagne en 1962, extension du nombre de postes d’information jusqu’à atteindre le volume de 23 postes en 1975 (contre 10 aujourd’hui), puis ouverture d’une communication du recrutement complètement internationale avec l’avènement d’Internet. Enfin, un poste a été ouvert à Tahiti en 2018 pour encourager l’engagement d’un vivier français. Sophistiqué mais surtout pas figé, ce dispositif traduit la volonté de la Légion de se tenir au rendez-vous de l’Histoire.

Quelle que soit l’époque, la tâche du recruteur a toujours revêtu un aspect sensible. Les légionnaires affectés à cette mission pendant un certain temps doivent être pleinement tournés vers leur époque et connaître parfaitement les valeurs de l’institution qu’ils servent. Ils doivent faire le “pari” de l’homme qui fait acte de candidature. Des milliers de rencontres,de vies exposées, d’aspirations exprimées mais partout l’attrait du mythe, d’un nouveau départ, d’une nouvelle chance. Parmi ces milliers d’individus motivés ou bien déçus de la vie, prêts à tout, cherchant parfois une place ou tout simplement à nourrir une famille dans un asile un tant soit peu accueillant, lequel fera un bon légionnaire ? C’est à cette question difficile que les recruteurs doivent répondre, en faisant preuve de discernement tout en passant le candidat au crible des critères de recrutement.

En 2020, la Légion étrangère, dont le recrutement est une véritable cartographie et le reflet des crises affectant notre monde, devra recruter environ 1 700 volontaires pour en faire des légionnaires. Si le parcours d’entrée du légionnaire a bien varié au cours de son histoire, la Légion étrangère honorera son quota en candidats puis en légionnaires. Chaque recruteur du Groupement de Recrutement remplira sa mission en gardant à l’esprit que, parmi les candidats qui franchissent avec humilité ou appréhension, fierté ou abandon, le seuil frappé de la grenade à sept flammes, se trouvent devant eux les personnages et les héros de la Légion de demain : futurs chefs de groupe et de section, adjudants d’unité ou officiers de cette troupe combattante aux 40 000 légionnaires tombés au Champ d’Honneur depuis sa création.

Cette année encore, le GRLE recrutera les forces vives de la Légion de demain, créant avec chaque nouveau candidat le lien ininterrompu de la relève qui fournit, depuis 189 ans, des légionnaires servant la France avec Honneur et Fidélité.

Je vous souhaite une très bonne année, ainsi qu’à tous ceux qui vous sont chers.

 

 

Général de brigade Denis Mistral,

commandant la Légion étrangère

(Editorial du magazine Képi-blanc N° 827)


Joyeux Noël à la Légion étrangère

Suivant une tradition plus que séculaire, la famille légionnaire célèbrera Noël dans quelques jours.

 

 

À tous et à chacun d’entre vous, que vous soyez légionnaire d’active ou ancien, je souhaite un très joyeux Noël, ainsi qu’à vos familles, et où que vous soyez, en Guyane, à Mayotte, en opérations extérieures ou intérieures, de service, en mission, au service des Français avec vos frères d’armes des armées françaises.

Alors que ce Noël permettra à nombre d’entre vous de “poser le sac”, nous penserons à nos blessés, blessés au combat, à l’entraînement, en service ou hors service, qui luttent pour retrouver la place que la blessure leur a momentanément ôtée. Je les assure de tout mon soutien.


Nous n’oublierons pas la mort au champ d’honneur de notre camarade Andreï Jouk, du 2e Régiment étranger de génie, tombé avec douze de ses camarades au Mali le 25 novembre dernier, et à qui la France tout entière a rendu un hommage national. Nous n’oublierons pas tous ceux qui nous ont récemment quitté après un digne et terrible combat contre la maladie, ou contre les tourments de leur âme.
Nous n’oublierons pas nos anciens, légionnaires ou première classe d’honneur, partis dans l’intimité familiale après une vie bien remplie, qui ont servi la Légion étrangère avec honneur et fidélité et dont nous devons honorer la mémoire, malgré le temps qui passe, leur grand âge et le cercle de ceux qui les ont connus devenu plus réduit.


Quand tous nous manquent, n’oublions pas qu’en servant la Légion, ils avaient puisé dans les mots de notre code d’honneur l’assurance que, lors de leur rendez-vous avec la mort, la Légion ne les oublierait jamais et qu’elle saurait prendre soin de leurs proches. À nous d’entourer leurs familles, avec chaleur et sollicitude, en cette période de fêtes qui rend toujours plus vive la douleur d’une absence et oblige ceux qui restent. Le vrai tombeau des morts est le cœur des vivants : placé au centre de la place d’armes et au cœur de la Maison mère, notre monument aux morts nous le rappelle, intangible et permanente invitation à honorer avec fierté ceux qui nous précèdent sur le chemin inconnu de la mort.

Voilà pourquoi Noël sera pour les plus jeunes légionnaires une période au cours de laquelle ils découvriront que l’attention de la famille Légion n’est pas un vain mot ou une simple déclaration d’intention. Pour les plus anciens d’entre nous, ce moment privilégié sera celui de la transmission des valeurs de fraternité, d’attention portée et d’écoute, au-delà des galons. Chacun sait que le temps est précieux et ne s’achète pas : celui que nous passons ensemble à Noël constitue un des trésors de la Légion étrangère dans lequel vient s’affermir notre esprit de Corps.
Légionnaires, soldats d’une troupe magnifique si fière de son passé et attachée à ses traditions, que cette fête de famille soit l’occasion d’exprimer votre confiance en l’avenir.
Continuons à servir la France de toute nos forces, avec Honneur et Fidélité.
Joyeux Noël

Noël au Maroc

L'arbre des légionnaires

 

Général de brigade Denis Mistral,

commandant la Légion étrangère

(Editorial du magazine Képi-blanc N° 826)


Les fondements de notre système

"La Fabrique Légion étrangère", système singulier reposant sur quatre grands piliers : former le légionnaire, instruire le soldat, employer le combattant et accompagner l'ancien. Sélection égalitaire, amalgame, promiscuité, valeurs, engagement, fraternité, don de soi... tout est passé en revue dans le dernier Képi Blanc Magazine !

La France a fait le choix, il y a cent quatre-vingt huit ans, de se doter d’une Légion étrangère en vertu d’une ordonnance autorisant des étrangers venant des cinq continents à porter ses armes dès le temps de paix. Ni les fondements ni les grandes lignes n’ont été remis en question depuis. C’est une “exception française” et une disposition unique au monde, intégrée à l'armée de Terre et qui lui est intimement attachée.

Ce qui caractérise par-dessus tout la Légion étrangère, c’est sa cohésion qu’elle affiche devant le chef des Armées et le peuple français, quand, chaque 14 juillet, elle tourne d’un bloc sans se scinder devant la tribune présidentielle. Le sens de cette cohésion n’est pas à prendre comme l’expression insolente de la qualité de la troupe ou de l’autosatisfaction de ses savoir-faire, mais bien comme la garantie que les étrangers qui la composent feront passer leur fidélité au fanion de la Légion et donc, au drapeau français, avant leurs propres intérêts nationaux qui sont aussi variés que les cent quarante sept nationalités présentes aujourd’hui.

Le dossier du mois du Magazine Képi Blanc est consacré aux fondements de cette cohésion, obtenue grâce à un “système” Légion qui repose sur quatre grands piliers : former le légionnaire, instruire le soldat, employer le combattant et accompagner l'ancien.

 

Former le légionnaire.

Troupe combattante, la Légion étrangère sélectionne sans exception ses candidats au recrutement sur les critères sévères de l’infanterie française au plan physique, médical ou psychologique. Une fois sélectionnés, les candidats sont envoyés au 4e Régiment étranger, à Castelnaudary, école et creuset de l'Institution. C’est là qu’ils sauront véritablement s’ils sont vraiment faits pour être légionnaire. La discipline est sévère, les temps libres inexistants, la promiscuité est de mise : il s’agit d’amalgamer ces hommes tellement différents et que parfois tout oppose et de transformer les antagonismes en fraternité d’armes. Regroupés pendant cinq semaines dans une ferme isolée, les futurs légionnaires sont à nu : ils doivent pendant cette période, oublier pays, famille, amis, effets personnels, téléphone mobile et n’ont d’autre choix que de se tourner les uns vers les autres pour surmonter ensemble les efforts individuels et collectifs que l’on attend d’eux et auxquels ils ne sont pas habitués. C’est dans les difficultés et la dureté des premiers pas que prend naissance l’estime de l’autre, quelle que soit sa nationalité ou sa religion, l’amitié et la fraternité d’armes. C’est au terme de cette période en ferme,sous la pression et l’oeil exigeant des instructeurs et après l’épreuve de la marche “képi blanc”, que l’engagé volontaire coiffe le fameux képi, devenant ainsi un légionnaire.

 

Instruire le soldat

Instruire le soldat, c’est à cela que sont consacrés les trois autres mois d’instruction initiale accomplis par les jeunes légionnaires à Castelnaudary. Cette instruction repose sur trois grands principes : l’égalité des chances, le travail et le mérite. Concentrés sur l’apprentissage du français, les savoirfaire du combattant et les savoir-être du soldat français, ils savent que de leurs résultats dépendra leur affectation dans le régiment de leur choix. C’est là aussi qu’ils apprennent que nulle spécificité nationale dans le style de commandement, la vie quotidienne ou au combat ne viendra prendre le pas sur un enseignement de ces fondamentaux “à la française”.

Concentrés sur l’acquisition des cinq cents premiers mots de français indispensables à leur intégration et à l’exécution des ordres, ils n’ont d’autres choix que l’inlassable répétition des gestes du combattant, les relations désintéressées et l’entraide réciproque pour réaliser et prouver que la force du collectif est supérieure à la somme des individualités. À l’issue de leur instruction et forts de leurs résultats à l’examen final, ils sont aptes à rejoindre une unité de combat dans l’un des huit régiments opérationnels de la Légion.

 

Employer le combattant

Ces régiments emploient les légionnaires en tant que combattants au sein d'unités où les plus jeunes sont accueillis par les plus aguerris. À l’amalgame des nationalités succède l’amalgame des générations. Le légionnaire expérimenté guide le novice. Certains d’entre eux, après ce temps incontournable en unité de combat, pourront acquérir une spécialité qui orientera leur carrière mais qui n’en fera jamais définitivement des spécialistes car ils resteront avant tout des combattants : le service de la Légion les amènera à faire de fréquents aller-retour entre les régiments dits du “socle” (1er RE, 4e RE, GRLE), les postes spécialisés et les unités de combat. Au cours de leurs opérations, ils côtoieront leurs frères d’armes de l’armée de Terre et combattront à leurs côtés. En devenant plus anciens et experts, ils effectueront leurs stages aux côtés de leurs camarades français des armées. Durant ce parcours, en fonction de leurs capacités, ils pourront postuler pour les spécialités de combat en milieu extrême : commandos parachutistes ou de montagne, plongeurs, spécialistes d’aide à l’engagement, etc. Toujours disponibles, les légionnaires savent que la France peut avoir besoin d’eux maintenant et tout de suite. L’opération Bonite, à Kolwezi en 1978, est bien ancrée dans la mémoire collective et les départs dans l’urgence n’ont pas manqué depuis.

 

Accompagner l'ancien

Enfin, la France reconnaissante du service des légionnaires, leur permet de bénéficier de l’ensemble de la structure du Foyer d’entraide de la Légion étrangère. Ce dernier exerce au quotidien une solidarité active au profit de tous les militaires, jeunes ou anciens, servant ou ayant servi sous le statut à titre étranger. L’Institution des invalides de la Légion étrangère, à Puyloubier, en est la pierre angulaire.

 

 

Général de brigade Denis Mistral,

commandant la Légion étrangère

(Editorial du magazine Képi-blanc N° 825)


Le courage, clé de voûte des vertus militaires ? Intervention du chef de Corps du 1REC

 

La matinée du 10 octobre 2019, à l’hôtel de la région Provence Alpes Côte d’Azur, à Marseille, s’est tenue la deuxième édition de la fête du management. Avec pour thématique « Le Courage », cette conférence réunissait un auditoire de professionnels de la gestion autour d’une table ronde faisant intervenir des experts de différents domaines tels que M. Philippe Moro, président de l’AGEFOS-PME, spécialiste de l’aide à la reconversion professionnel ; Mme. Carole Errante, comédienne et metteur en scène ; M. Henri Manticello, dirigeant et fondateur de Energem France, entreprise leader du génie climatique en région Sud ; et le colonel Nicolas Meunier, chef de corps du 1er Régiment étranger de cavalerie.

 

Après un discours introductif de Mme. Isabelle Campagnola-Savon, élue des Bouches du Rhône à la commission régionale de l’économie, de l’industrie, de l’innovation et des nouvelles technologies, la table ronde s’est articulée entre les différents intervenants grâce à une modération et des questions du public cadrant le thème du courage managérial1.

Animateur : Les modes de communication, d’échange, de gestion connaissent des évolutions rapides. La notion et la définition même du courage changent à chaque génération. Comment une institution comme la vôtre y fait-elle face ?

COL Meunier : Je sers dans une institution, le service que nous délivrons est celui de la Défense de nos concitoyens. La Défense, un ministère du temps long, qui évolue par rapport à la menace, par rapport à l’évolution de la situation géopolitique et par rapport aux objectifs que nous fixe la sphère politique. Sommes-nous des représentants du courage ? Il est évident qu’il est attendu du militaire, du pompier, du gardien de la paix qu’il se montre courageux aussitôt qu’il lui est demandé d’agir. C’est un courage multiforme car notre institution compte des soldats, dont des étrangers, issus d’une société moderne et complexe, à laquelle nous nous adaptons pour répondre à leurs aspirations et ainsi leur permettre d’exprimer leur courage. Depuis deux ans, au niveau de l’armée de Terre, nous recrutons désormais les premiers représentants d’une génération dont les parents n’ont pas fait leur service militaire. Je cite cet exemple pour vous montrer à quel point le lien entre les pays et son institution Défense est crucial et menacé par un phénomène de distanciation, donc charge à nous de nous faire connaître et comprendre.

 

Animateur : Mon colonel, quelle est votre définition du courage ?

COL Meunier : Pour moi le courage est un ensemble de dispositions : physiques, intellectuelles et morales. Celles-ci sont propres à la personne, permettent le dépassement et donc la réalisation d’une action. J’ajoute à cette définition une nuance : il est nécessaire de mêler au courage la réflexion sur la notion de prise de risque. Si le courage devient témérité, les conséquences peuvent être négatives.

 

Animateur : Mon colonel, pouvez-vous nous donner un exemple d’action de courage ?

COL Meunier : Je vais vous emmener en opération extérieure, à Bangui en République Centrafricaine dans le cadre de l’opération SANGARIS en 2015. Je vais vous parler de mon prédécesseur (le colonel Seiler), à l’époque où j’étais son chef des opérations et son second. Pour comprendre, il est nécessaire de rappeler ce qu’est la singularité militaire, par rapport à tous les autres métiers, notamment ceux de la sécurité. Il est inscrit dans la loi, que nous acceptons de mourir et de donner la mort. Cette notion d’acception du sacrifice suprême et d’application de la violence est inscrite dans le code de la Défense. Si je vous précise cela, c’est bien pour vous décrire une action de courage au combat : la base dans laquelle nous nous situons est attaquée par un certain nombre de belligérants, alors qu’un de nos éléments se trouve à l’extérieur et est pris en embuscade. La nécessité de les tirer de là ne fait aucun doute. Mon chef décide alors d’y envoyer une unité de secours et d’en prendre lui-même la tête. J’assiste donc à cette prise de décision fulgurante de mon chef qui prend l’ascendant, décide de descendre lui-même dans l’arène, me laissant aux manettes de ce qui reste en arrière. J’y ai vu une action de pur courage. Une décision qui fût la bonne puisque qu’aucun de nos hommes n’est mort lors de cette embuscade grâce à cette opération de sauvetage.

Il faut bien vous rendre compte que l’engagement au combat revêt une forme d’aboutissement. Pour vous donner une image : nous nous entraînons 364 jours par an pour l’éventualité où le dernier jour de l’année ait lieu cet engagement. Donc cette situation, nous y étions préparés. Cela a permis à chacun d’entre nous de prendre les bonnes décisions, chacun à son niveau, sans subir aucun effet de sidération, ni de torpeur. Cela nous a également permis a posteriori de mettre les choses à plat et de débriefer les points positifs et points à améliorer dans la façon dont nous avons réagi.

 

Public : Quelle furent vos bénéfices personnels tirés de cette expérience ? Les bénéfices que les hommes sous vos ordres en ont tiré ?

Col Meunier : De l’humilité que l’on peut ressentir face à une telle situation, on en ressort rassuré sur sa propre capacité à supporter, à faire face à ce type d’évènements. Dans la vie d’un soldat, l’épreuve du feu est une « consécration ». Je retire de la satisfaction personnelle de cet épisode : avoir rempli la mission.

Je crois que le bénéfice des hommes qui étaient avec moi est avant tout celui du sentiment du devoir accompli. C’est-à-dire celui d’avoir fait quelque chose d’utile dans des conditions ponctuellement difficiles. Dans cette mise en application, un peu extrême de l’engagement au combat, notre équipe de commandement a été rassurée sur sa capacité à faire face, sur la manière dont nous nous entraînons, nous comportons, sommes solidaires au quotidien et de la justesse de notre action.

 

Public : Le courage dépend-il de l’honnêteté dans le quotidien ?

COL Meunier : Je pense que l’honnêteté est un prérequis au courage. La malhonnêteté biaiserait toute construction morale. L’honnêteté fait partie des conditions à remplir pour accéder au courage, au même titre que la confiance et la bienveillance qui consistent avant à s’occuper des hommes et des femmes avec lesquels nous travaillons. Il est nécessaire de construire un système humain, de lui donner du sens afin de créer un ensemble permettant de poser les conditions de l’exercice du courage.

 

Animateur : L’importance du groupe et de l’intégration personnelle dans un corps social n’est plus à démontrer pour permettre l’expression du courage. Comment la Légion étrangère s’y prend-elle pour développer cela ?

Col Meunier : La légion étrangère est un objet insolite, unique au monde. Elle a été créée en 1831 pour permettre à des étrangers de porter les armes de la France, afin de pallier le manque d’effectif au sein de l’Armée française, après que les guerres napoléoniennes l’aient laissé exsangue. Elle a perduré depuis quasiment deux siècles en permettant à des étrangers de servir les armes de la France et ainsi d’acquérir la nationalité française par la manière la plus active, la plus rapide et la plus honorable qui soit. Une disposition récente du droit français permet également à ceux d’entre eux qui ont été blessés de devenir « Français par le sang versé ».

 

Public : Le courage se puise dans des ressources extrêmement personnelles. Comment vous situez-vous par rapport à la distinction à apporter entre vie professionnelle et privée ?

Col Meunier : J’ai pour règle, que j’ordonne à mes officiers d’appliquer, quatre mots simples : Bonjour, Bravo, Merci et Pardon. Dans un monde digitalisé et désincarné où l’on reçoit des dizaines de mails, SMS, appels par jour, il est nécessaire de remettre l’homme au cœur du projet. Donc le simple fait de dire « bonjour », de remercier quand le travail est bien fait, le cas échéant de sanctionner lorsqu’il est mal fait, ou encore d’avoir l’honnêteté d’admettre ses éventuelles erreurs, sont des éléments simples à mettre en place mais essentiels à l’établissement d’un tissu social sain.

Dans des cas extrêmes, je peux être amené à aller annoncer à une épouse que son mari est mort. Cela n’est possible que si j’ai une bonne connaissance de mes hommes et de leurs familles. Un homme est un ensemble, le légionnaire n’est pas dissocié de l’époux et du père de famille. Il est donc nécessaire que je connaisse mes légionnaires dans leur complexité. Je ne peux pas concevoir qu’un chef puisse se désintéresser de la sphère privée. Mon épouse et moi-même œuvrons donc au quotidien pour recevoir toute l’information que les familles, qui constituent la communauté humaine de mon régiment, veulent bien nous délivrer. Cette possibilité d’expression et cette écoute permanente apportent énormément de solidité au vivre ensemble.

 

 

1 Cette retranscription de la table ronde ne prend en compte que les interventions du Colonel Meunier


Gérer et administrer les légionnaires : une place pour chacun, chacun à sa place

Chaque légionnaire s’engage à servir la Légion étrangère et non pas un régiment ou une spécialité, chaque légionnaire est géré selon son mérite : voilà les règles de base auxquelles il faut ajouter que la Légion doit continuellement pourvoir à ses besoins en fonction des obligations opérationnelles. Le détail des actes de gestion peut, lui, connaitre des évolutions qui sont un signe d'adaptation du système Légion.

 

D'abord au service de la Légion

Parce que chaque légionnaire s’engage à servir la Légion étrangère et non pas spécifiquement un de ses régiments, la Maison-mère, à Aubagne, en coordination étroite avec les chefs de corps des régiments étrangers, fait face à un défi permanent pour gérer et administrer le personnel servant à titre étranger : faire coïncider les capacités et les aspirations de chaque légionnaire avec les besoins de l’institution. Ce principe était déjà celui qui guidait l’action du général Rollet lorsqu’il fit proposer à la direction de l’infanterie les bases de la nouvelle organisation du 1er REI en 1925. L’idée de “dépôt commun”, intégrant en outre la partie instruction initiale des recrues envoyées à Sidi-Bel-Abbès, était née.

Du côté des aspirations des individus, il y a la durée du contrat, le choix d’un régiment, celui d’une spécialité ; une fois devenu plus ancien, le légionnaire qui a fondé une famille fait souvent entrer celle-ci dans l’équation. Et du côté du besoin de l’institution, on trouve des référentiels en organisation à remplir, la durée des formations, la sélection demandée par certaines expertises et bien sûr, l’impératif pour notre institution que chaque régiment de la force opérationnelle terrestre ou d’outre-mer soit au rendez-vous de l’excellence opérationnelle.

À l’horizon 2025, les enjeux à venir sont nombreux. La Légion s’adaptera et accompagnera les évolutions.

Une adaptation permanente

 

Nous devons avant tout veiller à ce chaque légionnaire soit traité de la même manière en termes de droits, quel que soit le régiment d’affectation ou l’organisme d’administration. La mise en place du groupe administration, droits individuels et pensions de la Légion étrangère (GADIPLE) qui verra le jour en 2020, permettra d’accompagner la transformation du Service du Commissariat des Armées tout en apportant l’assurance d’homogénéité de traitement de la solde des militaires servant à titre étranger et le supplément de contrôle nécessaire. Tandis que l’armée de Terre se prépare à passer à son nouveau logiciel de traitement de la solde “Source Solde” et qu’une réforme des retraites se prépare, la Légion tient à être prête à appuyer les services compétents et les évolutions dans ces domaines.

Ensuite, nous devons nous assurer que tous connaissent les possibilités que peut offrir l’institution. Sur ce sujet, le dialogue entre l’intéressé, le commandement et la DRHLE doit être franc et honnête : il doit permettre à chacun de se voir offrir des perspectives claires, des ouvertures réalistes auxquelles il n’aurait pas forcément pensé, des opportunités concrètes à saisir lui permettant, s’il le faut, de rebondir dans nos rangs. Et puis aujourd’hui, un contexte économique favorable pourrait inciter certains à vouloir quitter la Légion pour tenter leur chance ailleurs. Que ceux-là sachent aussi que la porte peut rester ouverte et que la Légion examinera soigneusement toute demande de rengagement après interruption de service.

Enfin, la préparation du plan annuel de mutation (PAM) est un des points forts de l’année et nous devons avoir à coeur de progresser dans son élaboration. La Légion étrangère implique chaque légionnaire concerné, le commandement, le RRH et les gestionnaires de la DRHLE dans la recherche de la meilleure solution possible. La mobilité n’est généralement pas une contrainte pour le légionnaire et dans certains cas, c’est même un outil de fidélisation. Pour les chargés de famille, lorsque cela s’avère nécessaire et possible, les problématiques familiales font l’objet d’une attention particulière. Cette année d’ailleurs, le tempo du plan annuel de mutation sera avancé de manière notoire afi n de permettre aux familles d’avoir le temps de mieux s’organiser. Autre nouveauté : les missions de longue durée outre-mer passeront de trois à deux ans pour la plupart des postes au 3e REI et au DLEM. Grâce à cette mesure, ce sont 950 cadres et légionnaires supplémentaires qui pourront bénéficier d’un tour de service hors métropole dans les dix années à venir. Mais la Légion étrangère ne peut satisfaire chacun sur son premier choix : la vie d’un soldat est ainsi faite qu’il ne peut toujours servir dans la garnison de ses rêves et qu’à défaut d’obtenir celle qu’il aime, il aimera celle qu’il aura obtenue.

 

Le dossier de ce mois est consacré à la DRHLE et à ses experts : voilà un métier de passionnés, exercé pour la Légion et par la solidarité qui unit chaque légionnaire entre eux. N’oublions pas, derrière chaque légionnaire combattant, il y a un légionnaire dans un RRH ou à la DRHLE, qui veille sur lui dans l’ombre. Un jour sans doute, ils échangeront leur place pour que les aspirations du premier soient connues et défendues par le deuxième. C’est aussi cela la fraternité d’armes.

 

Général de brigade Denis Mistral,

commandant la Légion étrangère

(Éditorial Képi-blanc Magazine N° 824)


Quand survient la blessure

 

Le 22 juin dernier s’est déroulée la journée annuelle des blessés de la Légion étrangère.

Arrivés la veille, nos camarades blessés, accompagnés d’une délégation de chaque régiment de Légion, ont pu bénéficier d’informations, participer à des activités communes et partager leur douloureuse expérience avec ceux qui les entouraient. Et puis le quotidien souvent pénible de nos blessés a repris ses droits.

À la reconnaissance offerte lors de ce moment exceptionnel a succédé la poursuite du combat pour se reconstruire, retrouver son aptitude, reprendre sa place au régiment ou dans l’intimité d’une famille parfois meurtrie. La Légion n’abandonne pas ses blessés.

Mettre à l’abri son camarade, son caporal, son chef de groupe qui vient d’être blessé par l’ennemi et lui prodiguer les premiers soins procèdent des actes du combattant comme de la fraternité d’armes. S’assurer que chaque légionnaire blessé soit suivi et aligné sur ses droits administratifs résulte tout autant de l’article 7 de notre code d’honneur.

Un légionnaire blessé, au combat comme à l’entraînement, est un soldat qui reçoit subitement une nouvelle mission, imprévue, difficile, douloureuse : se soigner et reprendre sa place parmi ses frères d’armes. Mais ce peut être aussi un moment où la vie bascule, où elle sera changée à tout jamais. Et parce qu’une blessure peut toucher n’importe qui et survenir n’importe quand, la Légion étrangère a mis en place un dispositif pour l’aider à accomplir cette mission, quelles que soient les étapes de sa carrière.

À Castelnaudary d’abord, car tout se joue dans les commencements. Le jeune engagé volontaire qui se blesse au point d’avoir besoin de soins longs rejoindra la section d’instruction adaptée (SIA). Là, dans cette section, il pourra se reconstruire : priorité aux soins le matin et cours l’après-midi.

Dès que le médecin estimera qu’il peut suivre à nouveau sa formation, l’ex-blessé rejoindra celui des neuf groupements du régiment dont l’avancée dans l’instruction correspond à son niveau atteint. Ce niveau n’est pas celui obtenu au moment de la blessure, mais celui atteint à la fin du séjour à la SIA, afin d’optimiser le temps passé à l’instruction initiale.

La SIA est composée de légionnaires très motivés car leur blessure ne signifie pas la fin de leur parcours : leurs cadres, dont certains sont eux-mêmes d’anciens blessés, les encouragent et les guident. Dans les régiments opérationnels, si la blessure est grave, le dispositif actuel permet d’optimiser les soins mais surtout, d’envisager le retour à une vie professionnelle compatible avec d’éventuelles séquelles. Ainsi, le blessé est placé en position administrative dite Section administrative des isolés (SAI).

Il n’en perd pas pour autant ses repères : tous les isolés sont commandés par le capitaine commandant la compagnie d’administration du personnel de la Légion étrangère (CAPLE) du 1er Régiment étranger, qui est chargé de leur suivi et du respect des délais règlementaires administratifs, aspect fondamental pour les droits à reconnaissance de la blessure.

Le blessé pris en charge rencontrera ainsi tous les acteurs de la chaine : médecins, direction des ressources humaines, agence de reconversion, assistante sociale. L’objectif est de se reconstruire pour reprendre une place au sein de la “famille légion” en fonction de ses capacités ou pour envisager de quitter correctement le milieu militaire si une réforme est prononcée. Au 1er Régiment étranger, on trouve les mêmes principes qu’à la SIA du 4e Régiment étranger : le sas thérapeutique permet à ceux dont l’état le permet d’effectuer leurs soins tout en occupant un poste et accomplir des missions quotidiennes.

Cet aménagement du temps de travail proposé en totale concertation entre le commandement et le médecin permet de retrouver progressivement son aptitude en évitant la bascule en congé de longue maladie. Enfin, une instance de suivi, la commission de suivi des blessés de la Légion étrangère (CSBLE), existant depuis 2011, est spécifiquement consacrée au suivi global des légionnaires blessés.

Elle fait le point plusieurs fois par an des nombreux cas médico-administratifs afin que soient coordonnées l’ensemble des actions : ressources humaines, action sociale, soins médicaux, intérêt des familles, Foyer d’entraide de la Légion, CABAT, associations. Tout est fait pour que le dialogue soit permanent et que le blessé ne s’enferme pas, avec pour seul compagnon, la douleur. Pour la Légion étrangère, chaque légionnaire compte : le blessé d’aujourd’hui est peut-être le héros de demain.

Elle s’est battue pour que soit votée la loi de décembre 1999 dite d’acquisition de la nationalité française “par le sang versé”, permettant à nos blessés en opérations, qui en font la demande, ou aux orphelins de légionnaires tués au combat, de devenir Français. Elle met tout en œuvre pour qu’au bout du sentier sinueux de la guérison, entre règlementation et accompagnement, le légionnaire blessé puisse trouver ou retrouver sa place.

L’adjudant-chef Kamencei, ancien du 1er BEP et du 2e BEP, figure de la Légion, n’était pas en reste sur le sujet : la maladie lui fit attendre un an et demi son départ pour l’Indochine, il fut plusieurs fois blessé au combat, alla se reposer à La Ciotat et fut même affecté un temps comme gérant de mess car déclaré momentanément inapte au service en campagne.

Moqué par certains camarades, il eut la main droite paralysée de manière inexplicable, et un jeune médecin de l’hôpital Lanessan diagnostiqua un blocage simplement dû au fait que l’adjudant-chef faisait un métier qu’il n’aimait pas. Tout rentra dans l’ordre quand ce grand soldat retourna se battre au sein de son unité.

En 2008, lors de la commémoration du combat de Camerone, l’adjudant-chef Kamencei remontait la voix sacrée en portant la main du capitaine Danjou.

par le général de brigade Denis Mistral, commandant la Légion étrangère
Éditorial Képi-blanc Magazine 823


Dossier de presse musique de la Légion étrangère Moscou Festival international de musique militaire du 29/08 au 02/09/2019


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